Qui n’a jamais entendu parler des épandages d’automne et du 1er octobre? Pourquoi tant de confusion autour de cette pratique? La réglementation interdit les épandages après cette date. Or, dans certaines situations, ils sont permis. Pour mieux comprendre, regardons de plus près les différents aspects : réglementaire, agronomique et environnemental.



Le Règlement sur les exploitations agricoles (REA) est assez clair. Les épandages de matières fertilisantes ne sont permis qu’entre le 1er avril et le 1er octobre de chaque année, sur un sol non gelé et non enneigé (article 31). Toutefois, ce même règlement mentionne également que l’agronome qui conçoit le PAEF peut permettre un épandage en dehors de ces dates s’il y précise une nouvelle période d’interdiction. Les exploitants qui ne sont pas soumis à l’obligation d’établir un PAEF devraient donc planifier la totalité de leurs épandages entre les mois d’avril et de septembre. De leur côté, les exploitants qui doivent posséder un PAEF, et donc obtenir une recommandation pour épandre une matière fertilisante, pourraient procéder à l’épandage après le 1er octobre, s’ils obtiennent de leur conseiller une recommandation en ce sens. Cette recommandation devrait idéalement être prévue dans le PAEF dès le début de la saison pour éviter d’attendre une nouvelle recommandation à l’automne. Voilà pour l’aspect réglementaire.

Ensuite, pour bien planifier les applications de matières fertilisantes, comme les engrais organiques, un conseiller doit considérer plusieurs facteurs et périodes d’épandage. D’un point de vue agronomique ou environnemental, ces facteurs passent par les besoins de la culture, le type d’engrais, la dose, la période d’application, le mode d’épandage, la vitesse de minéralisation de l’engrais organique ainsi que son rapport C/N (carbone/azote), la texture et les conditions du sol. Une chose est certaine, il n’y a pas de recette toute faite.

Dans pratiquement chacune des possibilités, il y a des avantages et des inconvénients. Le défi consiste donc à user de son jugement agronomique, tout en minimisant les risques environnementaux. Actuellement, les normes de pratiques reconnues pour la fertilisation organique sont principalement issues du document intitulé Période d’épandage des engrais organiques et risque environnemental, élaboré par l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA). Ce document détermine pour différentes périodes d’application et types d’engrais organiques un degré d’importance du risque environnemental (faible, modéré, élevé ou très élevé), principalement associé à l’azote. Les degrés de risque faible et modéré correspondent à des pratiques d’épandage optimales ou acceptables. Le degré de risque élevé correspond à des pratiques d’épandage tolérables à faibles doses alors que le degré de risque très élevé ne devrait pas être recommandé.

Pour établir ces niveaux de risque, les engrais organiques ont été répartis en deux catégories, soit les engrais organiques avec un rapport C/N plus petit que 15 et plus grand que 15, alors que les cultures ont été séparées selon qu’elles sont annuelles ou pérennes (prairies). Le tableau 1 indique, à titre d’exemple, différents types d’engrais organiques et leur rapport C/N (théorique). Évidemment, il reste que la valeur du rapport C/N d’un engrais organique sera beaucoup plus précise après l’analyse prise à la ferme.

Pour un meilleur aperçu des risques environnementaux associés aux différents types d’épandage, consultez le tableau 2 adapté du document élaboré par l’IRDA.

Ces critères de risque sont des éléments à considérer, des balises à suivre pour la planification des épandages d’engrais organiques lors de l’élaboration d’un PAEF. Ils doivent cependant être jumelés à d’autres facteurs comme le type de sol, la pente, l’humidité, etc.

Puisqu’il n’existe pas de réponse unique à la problématique des épandages d’automne, la solution réside en une bonne communication entre le producteur agricole et son conseiller en agroenvironnement. Selon la situation de l’entreprise, ses attentes, ses objectifs et des contraintes applicables, le conseiller et le producteur pourront élaborer dès le début de la saison de culture un PAEF qui répond aux aspects tant réglementaire, agronomique qu’environnemental, que ce soit avant ou après le 1er octobre.



Références :
Ligne directrice de l’Ordre des agronomes du Québec sur la gestion des matières fertilisantes, OAQ, octobre 2004.

Côté, D., Giroux, M. Ndayegamiye, A. et Guertin, S.P. Période d’épandage des engrais organiques et risque environnemental, IRDA, 2004.
Guide de référence en fertilisation, 1re édition, CRAAQ, 2003.



* L’auteure est experte-conseil en agroenvironnement à La Coop fédérée.




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