Des plantes contenant des molécules médicamenteuses capables de guérir le sida, contrer une attaque bactériologique ou neutraliser une possible pandémie aviaire! Cette seconde génération d’OGM est sur le point de s’échapper des laboratoires. Pousseront-ils en serres ou à ciel ouvert sous la vigilance et la compétence des agriculteurs? La Terre a muté en un immense champ de controverse.



Les frères Bill et Joe Horan, de Rockwell en Iowa, ne sont pas des producteurs ordinaires. Ce sont des pionniers. Ils sont les premiers agriculteurs au monde à avoir cultivé à ciel ouvert, en 2000, 25 acres de maïs transgénique contenant une molécule capable de guérir la mucoviscidose (fibrose kystique). Cette maladie génétique affecte des milliers de personnes, surtout des enfants, en Amérique du Nord et en Europe. Mais, plus étonnant encore, ils ont cultivé leur pharmaplante en plein cœur du Corn Belt américain! Ce qui, pour certains, est un scénario cauchemardesque de pollution génétique potentielle et un risque incalculable pour la santé humaine. On préférerait voir ces nouveaux OGM confinés dans des serres scellées ou au centre de la Terre, blotties au sein d’anciennes mines désaffectées.


Loin de José Bové
Les frères Horan ont fait pousser leur première récolte de pharmamaïs en plein Midwest américain pour le compte d’un laboratoire français, Meristem, filiale de la coopérative agricole française Limagrain, « loin de la ligue des Faucheurs volontaires de José Bové », explique le Dr Guy de Martynoff, chargé du développement des affaires.

Le Dr Guy de Martynoff, de Meristem Therapeutics, a contracté des producteurs américains pour faire pousser son pharmamaïs. Selon lui, la France et l’Europe accusent du retard dans la course technologique aux pharma-OGM.

Les OGM n’ont pas la cote auprès de l’opinion publique européenne dont le Parlement, au nom du principe de précaution, ne laisse filtrer les importations et les cultures sur son territoire qu’au compte-gouttes. Sur quelque 3 millions d’hectares de maïs cultivés en France, par exemple, le maïs transgénique n’occupe qu’une vingtaine d’hectares à titre expérimental. Et ceux-ci sont régulièrement la cible de vandalisme. En choisissant de mener des essais au cœur des États-Unis, Meristem pose aussi le pied dans le marché des médicaments le plus lucratif au monde. Le junkie américain consomme 40 % de tous les médicaments produits sur la planète! Autre motif et non le moindre de la présence du labo français chez l’Oncle Sam, « 85 % des investissements en biotechnologie sont réalisés aux States », souligne le Dr de Martynoff.

Les frères Horan et le Dr Guy de Martynoff étaient invités à la Conférence de Moléculture Pharmaceutique 2005 qui se déroulait à l’hôtel Reine Élizabeth à Montréal en février dernier. Inexistantes il y a à peine 10 ans, une cinquantaine de compagnies biotechs, souvent fondées par des chercheurs universitaires, rivalisent aujourd’hui dans la quête de capital pour financer la recherche de pharmaplantes. Ces chercheurs trafiquent dans leurs labos des plants de tabac, de maïs, de soya, d’orge, de pommes de terre ou autres, pour les convertir en mini-usines de médicaments, d’anticorps ou de vaccins. Leurs travaux sont épiés par quatre multinationales dédiées aux « sciences de la vie » et principales commanditaires de la Conférence de Montréal. Elles sont : Bayer CropScience, NexGen (Corée), Syngenta et Dow AgroSciences.

D’où vient l’intérêt pour la culture de pharmaplantes? D'abord, produire des médicaments à moindre coût en capitalisant sur la biomasse. Drogues, vaccins, anticorps sont traditionnellement produits à partir de cultures de cellules de hamster de Chine (CHO), de bactéries, de levure, d’œufs ou de sang. Mais le principal handicap de ces modes de production est leur petit volume. En plus, ils nécessitent des investissements massifs dans des réacteurs en acier inoxydable où l’on ne peut produire qu’une seule dose de produit à la fois.

Porte-parole mondial de la lutte anti-OGM, José Bové a fait plusieurs razzias dans les parcelles expérimentales de la compagnie Meristem Therapeutics au cours de l’été dernier en France. Cette seconde génération d’OGM, non alimentaires mais médicamenteux, fera-t-elle basculer l’opinion publique européenne en faveur de cette nouvelle technologie?

« Il faudrait investir 1 milliard $ pour produire notre molécule-médicament selon les méthodes traditionnelles. C’est trop onéreux pour un si petit marché. Le maïs est beaucoup plus performant et plus économique! », poursuit le Dr de Martynoff. Meristem a mené des essais aux champs de son pharmamaïs également au Chili et en France (avec une permission spéciale du ministre français de l’Agriculture et aujourd’hui sous haute surveillance policière). Ni la quantité de soleil, ni le type de sol n’ont affecté la qualité de la mérispase, « La molécule médicamenteuse contenue dans le maïs transgénique est la même sur les deux continents ». Et les premiers essais cliniques ont déjà eu lieu sur une vingtaine de patients volontaires en Europe.

Il n’y a encore aucun médicament, vaccin ou anticorps disponible sur le marché issu des pharmaplantes dans le monde. Meristem sera l’une des premières à mettre ses petites bouteilles de pilules sur les tablettes de pharmacies. La compagnie compte déposer son dossier pour l’approbation commerciale de son médicament auprès des instances européennes et américaines, l’Agence européenne pour l’évaluation des médicaments (EMEA) et la Food and Drug Administration (FDA), en 2008-2009. « Nous aurons besoin de centaines de kilos de mérispase pour guérir les quelque 100 000 patients atteints de mucoviscidose des deux côtés de l’Atlantique », ajoute le Dr Guy de Martynoff.

C’est là que la compétence et les champs des agriculteurs peuvent devenir intéressants.


Un nouveau Klondike?
Le marché mondial des médicaments pour la santé humaine et animale est faramineux : plus de 700 milliards $US d’ici 2008. Tous les joueurs ont intérêt à abaisser les coûts de production des médicaments. Les gouvernements des pays « riches », d’abord, dont le seul secteur de la santé d’une population vieillissante fauche les budgets. Et les grandes compagnies pharmaceutiques, ensuite, dont un grand nombre de brevets sur leurs produits vedettes expirent bientôt. Pour rester dans la course, elles doivent faire face à la concurrence des produits génériques. Et évidemment, il y a les patients.

Bill Horan croit que le Canada, en raison de son isolement et de ses vastes espaces, pourrait devenir un important fournisseur de semences d’OGM pharmaceutiques.

Grâce à une traque tenace de l’information liée aux services de santé des pays nantis, on arrive à estimer le volume précis de molécules médicamenteuses nécessaires pour traiter les dizaines de formes de cancer, le sida, la sclérose en plaques, en passant par le diabète et le cholestérol. La biopharmacie soulève aussi de grands espoirs dans les pays en voie de développement. Un vaccin oral développé à partir de pommes de terre pourrait enrayer le virus de l’hépatite B qui affecte plus de deux milliards de personnes. Chez les animaux, on parle plutôt de vaccins contre la grippe aviaire, la fièvre aphteuse ou encore d’hormones de croissance. Les drogues prescrites pour guérir les plaies de ce siècle se vendent entre 3000 et 7000 $US… le gramme! « Comme producteurs, on ne touche malheureusement pas ces montants », précise Bill Horan, sourire en coin.


Comment les Horan gardent-ils le génie dans la bouteille?
Bill Horan spécifie que la culture de pharmaplantes exige une discipline de fer et une rigueur implacable. En effet, une petite brise soufflant sur une parcelle de pharmamaïs pourrait contaminer les champs de maïs voisins puisque cette plante se reproduit par fécondation croisée. Conséquences : le pharmamaïs pourrait contaminer la chaîne alimentaire, humaine ou animale, ou encore se reproduire dans la nature et muter en plante monstrueuse avec on ne sait quel effet sur la biodiversité. Résistance aux herbicides, aux insecticides, flux de gènes indésirables, pro et anti-OGM mènent à ce sujet une bataille épique sur le terrain médiatique.

Si le risque zéro de pollution génétique est impossible, les Horan mettent tout en œuvre pour s’en approcher. « J’ai quatre mesures de prévention pour enrayer une possible pollution génétique. Tandis que les pilotes d’avion disposent seulement de trois mesures pour prévenir un écrasement », explique l’ex-marine.

Les moléculteurs Bill et Joe Horan ont fait fabriquer semoir et instruments aratoires destinés à la culture d’OGM pharmaceutiques à partir de pièces de machinerie d’occasion. Tout l’équipement est soigneusement nettoyé et les récoltes sont triées à la loupe dans un bâtiment dédié entièrement à ces nouvelles cultures
(à l’arrière-plan).

Première mesure : tout l’équipement servant à la culture de pharmaplantes est strictement réservé à cet usage. Les Horan ont d’ailleurs fait fabriquer un semoir spécial avec des pièces de machinerie usagée. Et un bâtiment entier sert à l’entreposage tant de la machinerie que pour mener les opérations d’après récolte : nettoyage et ensachage des précieux grains. Tout l’équipement aratoire est scrupuleusement nettoyé après chaque usage. Les grains abîmés et les matières résiduelles, comme la paille ou les insectes, sont brûlés et enterrés sous 20 cm de terre.

Seconde mesure : une séparation géographique du maïs thérapeutique du maïs commercial. Le département américain de l’Agriculture (USDA), responsable de légiférer ces toutes nouvelles productions que constituent les pharmaplantes, vient d’ailleurs d’augmenter cette distance séparatrice d’un demi-mille à un mille (environ 1 à 1,5 km).

Troisième mesure : une séparation temporelle minimum de 28 jours entre les semis de maïs pharmaceutique et ceux du maïs commercial. Toutefois, pour plus de sécurité, les Horan sèment leur pharmamaïs deux mois après les semis de maïs OGM conventionnels. « Lorsque nous semons notre maïs-médicament, tout le maïs commercial a déjà été pollinisé. Ce dernier ne peut être fécondé une seconde fois par le pollen du pharmamaïs. C’est comme une femme déjà enceinte, elle ne peut être fécondée une deuxième fois. »



Quatrième mesure : le pollen du pharmamaïs est stérile. Dans le cahier des charges liant les producteurs américains au labo français, les Horan ont semé quatre rangées de maïs Meristem en l’alternant avec deux rangées de maïs conventionnel, pour permettre la pollinisation. Mais, pour ajouter un élément de sécurité supplémentaire, les Horan décapitent les panicules (fleurs mâles) du pharmamaïs à la main. « En plus d’être stérile, le pharmamaïs est castré ».

Lors de ce premier contrat avec Meristem, les frères Horan ont récolté 140 boisseaux de pharmamaïs. La précieuse marchandise a ensuite été acheminée à Montréal par camion, embarquée à bord d’un bateau qui a mis le cap sur Le Havre, en France, avant de gagner le laboratoire de Meristem. À chaque frontière, le conteneur a été inspecté comme s’il s’agissait de matériel radioactif.



Montréal est le siège social du Protocole sur la biodiversité adopté en 2000 par 135 pays. Mais ce protocole, qui régit tous les mouvements transfrontaliers de plantes transgéniques destinées à la recherche ou à des fins commerciales, n’est pas encore ratifié par le Canada; pour deux raisons. La première, c’est que le protocole exige l’identification obligatoire des cultures et des produits fabriqués avec des OGM. En ratifiant cet accord, le Canada, lui même producteur et exportateur d’OGM, pourrait perdre son avantage compétitif par rapport aux États-Unis, le plus gros producteur et exportateur de denrées transgéniques (c’est pour cette raison que le gouvernement Charest ne donne pas suite à sa promesse électorale d’étiquetage des produits fabriqués à partir d’OGM). La seconde raison est que ce protocole n’a pas encore défini clairement les responsabilités et les dommages imputables aux différents acteurs en cas « d’accident ».


Une production sous haute surveillance
Aux États-Unis, comme au Canada et dans le reste du monde, lois et règlements ont tous été pensés en fonction des récoltes traditionnelles, sources de nourriture, de moulées ou de fibres textiles. La production de pharmaplantes des frères Horan se fait donc sous très haute surveillance de la part du USDA, responsable de légiférer ces nouvelles cultures aussi appelées végétaux à caractères nouveaux (VCN). Ces nouveaux OGM englobent les molécules thérapeutiques à usage humain et animal, mais aussi à usage industriel. Le maïs, par exemple, est aussi pressenti pour fabriquer du plastique biodégradable.

Les Horan voient les inspecteurs du USDA (souvent accompagnés de leurs homologues du département de l’Agriculture de l’Iowa) débarquer dans leurs parcelles sans avertissement préalable au moins cinq fois du semis à la récolte. Et ces derniers visitent deux fois le champ cultivé l’année suivant la récolte de pharmaplantes. Car deux scandales ont alimenté les campagnes anti-pharma OGM aux États-Unis, propulsant les questions de traçabilité et d’étiquetage sous les feux de l’actualité.



Le premier implique la compagnie texane ProdiGene. En 2003, les inspecteurs de l’USDA ont trouvé d’infimes traces de pharmamaïs Prodigene dans un lot de soya. Ce pharmamaïs avait été planté et récolté l’année précédente sur les mêmes parcelles nouvellement ensemencées en soya. Mais des repousses de pharmamaïs ont contaminé la nouvelle culture. Résultat : la compagnie a été condamnée à une amende de 250 000 $US et à rembourser 3 millions $US au gouvernement américain pour détruire 500 000 boisseaux de soya.

Le Dr Julius Kristinsson, président de la compagnie islandaise ORF Genetics

« Aujourd’hui, il est interdit de récolter des plants la deuxième année suivant une récolte de pharmaplantes. Le cas de ProdiGen a prouvé que notre réglementation fonctionne », dit Bill Horan. Le 14 juin dernier, les frères Horan ont donc repris la culture de pharmamaïs en Iowa, après trois ans d’absence. Cette fois, la culture se fait sur des parcelles plus petites au milieu de la forêt, à plus de 3 km des champs de maïs ordinaire, sur un terrain de l’usine de munitions de l’armée de l’Iowa. Leur pharmamaïs contient un médicament pour prévenir la diarrhée des cochons et possiblement celle des humains.

Ironiquement, le principal veto à la culture de pharmaplantes aux États-Unis provient de l’industrie américaine de fabricants de produits alimentaires, pourtant insatiable gourmande d’OGM. « La vraie raison de leur opposition, c’est que cette industrie a une peur bleue des poursuites judiciaires », poursuit Bill Horan.

Car l’autre scandale, celui du maïs StarLink, qui a éclaté en 2000, a coûté des dizaines de millions de dollars à l’industrie alimentaire à la suite du rappel de quelque 300 produits alimentaires. Destiné à l’alimentation animale, le maïs StarLink, contenant une protéine insecticide potentiellement allergène pour les humains, s’était retrouvé dans des tacos et des céréales.

Toutefois, Bill Horan balaie du revers de la main la crainte semée dans le grand public d’une possible overdose de « maïs-médicament », à l’heure où l’on détecte des traces de produits à l’échelle d’une partie par trillion. « Les molécules que nous produisons ne sont pas dangereuses. Notre corps en produit la plupart. Nos 140 boisseaux de maïs Meristem contenaient un kilo de drogue en tout. Je ne connais personne capable de bouffer une telle quantité de maïs pharmaceutique! » De plus, selon le moléculteur, l’industrie américaine de fabricants de produits alimentaires passe sous silence le fait que la loi lui permet d’avoir d’infimes traces de pesticides, d’insecticides, de résidus de récoltes, d’insectes ou de déchets de rongeurs dans ses produits.


Les frères Horan à Ottawa
En mars dernier, les frères Horan étaient invités à Ottawa pour partager leur expérience de moléculteur avec les autorités canadiennes. Si, aux États-Unis, une centaine d’hectares sont destinés à cette fin, aucune culture commerciale moléculaire en champ, ni à usage vétérinaire ni à usage humain, n’a été encore approuvée au pays. « Nous devons trouver un équilibre réglementaire bénéfique au développement de ces végétaux à caractères nouveaux tout en sauvegardant l’environnement et la filière alimentaire », explique Phil Macdonald, du Bureau de la biosécurité végétale de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).

Selon Kristinsson, les agriculteurs islandais sont prêts à cultiver le « Dimma ».

Cette prudence ne fait pas l’affaire de tous. « L’absence d’une politique permettant la moléculture végétale commerciale confère un avantage industriel à d’autres pays », renchérit Rick Keon, de SymBioSys Genetics, basée à Toronto et dont l’intérêt est la production d’insuline à partir de carthame. En Amérique du Nord, plus de 2 millions de diabétiques s’injectent quotidiennement de l’insuline à l’aide d’une petite aiguille. L’insuline développée à partir de carthame transgénique faciliterait la vie des patients, car « elle serait inhalée par aérosol au lieu d’être injectée à l’aide d’une seringue. Toutefois, ce procédé provoque plus de pertes de médicament, donc nous aurons besoin d’un plus grand volume », souligne Keon, qui évalue à 1000 acres les besoins d’une culture exprimant de l’insuline d’ici 2010 et à 20 000 acres d’ici 2014. « L’industrie biopharmaceutique canadienne aura besoin de dizaines de milliers d’acres pour répondre aux besoins », ajoute celui qui est aussi président du Comité BioteCanada sur la culture de molécules.


La course a débuté
La course aux médicaments produits par des pharmaplantes est déjà lancée autour de la planète. Quelles plantes utiliser? Où doit-on stocker les précieuses molécules pour obtenir le plus de rendements : dans le feuillage, les racines ou les graines? Planter en serres? Dans des champs à ciel ouvert? Chaque compagnie se rue aux portes du Bureau américain des brevets et marques de commerce et de l’Organisation Mondiale de la propriété Intellectuelle pour faire breveter ses plates-formes. Ces plates-formes sont le procédé de fabrication d’une plante transgénique jusqu’à l’extraction et la purification des molécules médicamenteuses. Et chaque pays adopte aussi en ce moment sa propre stratégie pour ne pas manquer le bateau.


« Nous avons un conclu un pacte entre les producteurs, notre labo et la société en général pour nous lancer dans le biopharmaceutique. 600 000 hectares sont disponibles pour la culture de molécules médicamenteuses », soutient le Dr Julius Kristinsson, d’ORF Genetics. La compagnie islandaise a développé le « Dimma », un cultivar d’orge noir, pour faciliter la traçabilité et ainsi éviter une possible contamination de la filière agroalimentaire. En plus, diverses mesures fiscales sont prévues pour attirer les investissements étrangers sur l’île de glace qui jointe le cercle polaire. Aux antipodes, Cuba, la perle des Caraïbes, mise de son côté sur le tabac pour diversifier sa production des fameux cigares et surtout produire une ou deux molécules qui lui permettraient de sortir du marasme économique.

Spécialement développé pour fabriquer des médicaments, le cultivar d’orge « Dimma » est noir pour faciliter sa traçabilité.

Alors qu’aux États-Unis, plus de 70 % des essais expérimentaux de pharmaplantes ont été réalisés depuis 10 ans avec du maïs, les essais au Canada ont plutôt porté sur le canola. Les deux plantes sont fortement utilisées par l’industrie agroalimentaire des deux côtés de la frontière. « Nous tentons de décourager le développement d’OGM pharmaceutiques à partir de cultures de plantes commerciales destinées à l’alimentation humaine et animale », explique une porte-parole du Bureau canadien de la biosécurité végétale.

« L’ACIA fait tout pour que le ministre fédéral de l’Agriculture, Andy Mitchell, n’ait pas à répondre à des questions embarrassantes », dit le Dr Paul Arnison de Saponin Inc., qui a participé à l’atelier de l’agence au printemps dernier. « Si la compagnie québécoise Medicago produit des molécules médicamenteuses à partir de la luzerne transgénique cultivée en serre, c’est parce qu’elle s’est fait verrouiller par le fédéral. Qu’arrive-t-il si le prix des molécules médicamenteuses ne justifie pas un investissement dans des serres? », renchérit Arnison. Ce dernier compte se lancer un jour dans la moléculture de saponaire transgénique, une plante cousine de l’oeillet, pour fabriquer des anticorps avec le concours d’agriculteurs et de leurs champs.



Troisième exportateur d’OGM après les États-Unis et l’Argentine, le Canada craint une réaction négative des consommateurs européens face aux produits canadiens advenant une culture dans les champs de ces nouveaux OGM au pays. Et il y a toute la question de la réceptivité sociale porteuse de ses propres contradictions : « L’insuline est produite en ce moment à partir de bactéries transgéniques dans lesquelles on a inséré un gène humain. Aucune voix ne s’élève contre cet OGM. Pourquoi alors ne pas la produire cette même insuline à moins cher à partir d’une plante dans laquelle on n’a introduit aucun gène humain? », s’insurge Rick Keon.


Pour combattre le terrorisme
Outre le volume de médicaments pouvant être produits à moindre coût qu’avec les méthodes traditionnelles, le moléculteur Bill Horan voit un avantage stratégique à cultiver des pharmaplantes. « On peut stocker un vaccin contre l’Ebola indéfiniment dans un grain de maïs, d’orge ou de lin. Et on peut le produire bien plus rapidement qu’avec des cultures de cellules de hamster. Sachant que l’on possède l’antidote, cela peut décourager des terroristes », dit le vétéran de la guerre du Vietnam.

Vandalisme anti-OGM, une première au Québec? Dans la nuit du 22 au 23 août dernier, le site de l’exposition agricole Expo-Champs à Saint-Liboire a été victime de vandalisme. L’organisateur de l’exposition, Donald Côté, estime les dommages à environ 10 000 $. Le dossier est clos, selon le sergent Pierre Morin (sur la photo), car la police n’a pas pu retrouver les coupables et l’acte n’a pas été revendiqué.

Après son bouclier antimissile, l’administration américaine met aussi l’accent sur le déploiement d’un bouclier biologique, le BioShield Project. Lancé par le président Bush en février 2003 et doté de 6 milliards $US, ce projet vise le développement de médicaments et de vaccins contre d’éventuelles attaques biochimiques. Deux compagnies américaines présentes à la Conférence de Montréal tentent de concocter un vaccin contre le bacille du charbon et le Butrox à partir de pharmaplantes après avoir obtenu des fonds de recherche d’environ 15 millions $US.

Toutefois, la nature n’a pas besoin de terroristes pour fabriquer ses propres armes de destruction massive. La menace d’une possible pandémie de grippe aviaire plane dans l’air à la suite de la récente apparition d’une virulente souche mutante en Asie (H5N1). Cette maladie a frappé trois fois au XXe siècle. La pire, en 1918, a fait entre 25 et 30 millions de morts, rayant le quart de la population mondiale. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) négocie en ce moment avec la multinationale Roche la possibilité d’entreposer entre 100 000 et 3 millions de doses de drogue antivirale pour constituer « une force de frappe » sur le foyer de la maladie et juguler ainsi une possible pandémie.

Albert von der Zeijden

De son côté, l’Agence de santé publique du Canada a conclu dans son plan endémique contre la fièvre aviaire un arrangement avec son fournisseur officiel, ID Biomedical; la production d’un vaccin contre le mutant asiatique : un contrat de 34 millions $CAN. Les vaccins sont produits à partir d’œufs fécondés et inoculés avec un virus H5N1 modifié. Le pays a-t-il suffisamment de poules pondeuses au travail? « On accroît la production. Nous pourrions fournir 32 millions de doses, l’équivalent de la population canadienne, dans un délai de six à sept mois. En 2007, ce délai sera réduit à quatre mois », explique une porte-parole de la compagnie, Michèle Roy. Ce vaccin pourrait-il être produit plus rapidement par des pharmaplantes? « En théorie oui », répond Dr Elwyn Griffiths, à la Direction des produits biologiques et des thérapies génétiques de Santé Canada. « Mais, advenant qu’on réussisse un jour à entreposer un vaccin contre la grippe aviaire dans une semence, il faut d’abord le récupérer, le purifier, puis voir si l’entreposage à long terme influence sa qualité. Tout ça est une question de coût et d’efficacité. »


Les médicaments du futur?
Selon les experts, la moléculture végétale ne permettra pas de produire toutes les molécules médicamenteuses, certaines ne pouvant pas être fabriquées adéquatement par les plantes. Mais, chose certaine, elles constitueront un nouvel élément dans l’arsenal thérapeutique.

« On s’intéresse aux pharmaplantes pour produire des vaccins et des facteurs de croissance à moindre coût et en faire bénéficier les producteurs », explique Butch L. Mercer, chargé du développement des affaires mondiales chez Dow AgroSciences.

Bill Horan attribue toutefois un autre avantage aux médicaments produits à partir de pharmaplantes. Celui, justement, de l’acceptabilité sociale : « Avec le prion associé à la maladie de la vache folle, le public aura plus confiance dans les vaccins ou médicaments produits par des plantes que dans ceux produits par des animaux transgéniques. Car il est possible de transférer un virus animal à une personne tandis qu’il est impossible de transférer un virus d’une plante à un être humain », soutient ce moléculteur.

Les pharmaplantes pourraient-elles faire basculer l’opinion publique européenne en faveur des OGM? Rejointe à Paris, Sabine Coulon, porte-parole de l’organisation « Vaincre la mucoviscidose », n’a pas voulu jeter de l’huile sur le feu en commentant les arrachages de pharmamaïs de Meristem par la ligue des Faucheurs volontaires de José Bové au cours de l’été dernier. « Nous n’avons pas de position officielle. Nous sommes contre les arrachages de maïs pharmaceutique. Mais cela ne veut pas dire que nous sommes contre les idées défendues par les groupes anti-OGM », dit-elle. Pour le moment, le médicament « au goût infect » pour vaincre la mucoviscidose est fabriqué à partir d’une purée de pancréas de porc. Celui développé par Meristem permettrait de réduire les effets secondaires dont de douloureux maux de ventre et ainsi améliorer la qualité de vie des patients.

Pour plusieurs raisons, les consommateurs américains, contrairement aux européens, ne font en général pas tout un plat des OGM qui composent les aliments dans leur assiette. Question de culture et de rapport à la nourriture. José Bové n’a pas retourné l’appel du Coopérateur avant de mettre sous presse. Mais les pharmaplantes sont perçues par la Confédération paysanne comme un cheval de Troie pour promouvoir la malbouffe générée par l’agriculture industrielle, encourager la brevetabilité du vivant, accélérer la mainmise et la concentration des compagnies semencières et l’hégémonie d’une poignée de multinationales sur l’agriculture mondiale, tout en reléguant les producteurs agricoles au rang de « serfs ».

Joe Horan indique ce qu’il reste d’un jardin hyperspécialisé cultivé l’année précédente.
En plus d’être situé à plus de 1,5 km de distance de toute autre culture, les autorités américaines exigent qu’une bande de terre nue encercle la parcelle de pharmaplantes pour diminuer les risques de pollution génétique. Les parcelles sont aussi entourées de deux clôtures électriques pour décourager ratons laveurs ou tout autre intrus de s’alimenter à même la précieuse récolte.

« En sus des questions environnementales et sociales, le grand défi des médicaments produits à partir de pharmaplantes sera de prouver leur efficacité », dit de son côté Albert von der Zeijden, président de l’Alliance internationale des organisations de patients, basée à Londres. Le débat sur les pharmaplantes, suggère-t-il, doit englober tous les OGM, incluant les animaux transgéniques. Ces derniers logent, selon leurs opposants, dans la « ferme de Frankenstein ».

À l’heure où le triple mariage de la biotechnologie, de l’informatique et du capital permet à l’homme de jouer à « Dieu », ses créatures transgéniques ont en effet besoin de balises éthiques pour évoluer hors du champ de la controverse. Dans cette veine, Albert von der Zeijden souligne que le prix de tout médicament doit refléter un mélange de bénéfices corporatifs et de questions humanitaires « en fournissant ces nouvelles générations de médicaments à bas prix au plus grand nombre de personnes possible ».


La ferme de l’avenir?
Pour les frères Horan, toutefois, les médicaments du futur issus des pharmaplantes se conjuguent avec la ferme de l’avenir. « Pour nous, ces nouveaux OGM sont une occasion en or de faire une production à haute valeur ajoutée », expliquent-ils. Du même souffle, ils ajoutent que si les fermes grossissent démesurément aux États-Unis, c’est que la marge de profit rapetisse d’année en année. Pour garder le même train de vie, les producteurs n’ont pas d’autre choix que de produire des volumes de plus en plus grands. Selon les Horan, la course effrénée à la production de grands volumes de commodités – céréales, oléagineux, bacon et ailes de poulet – est perdue d’avance aux mains de concurrents internationaux comme les Brésiliens.

La biotechnologie, au contraire, ne récompensera pas le volume de production, mais plutôt une gestion serrée d’un jardin hyperspécialisé. La future ferme familiale, telle que les Horan la conçoivent, sera composée de deux professionnels, mari et femme, établis sur des fermes à dimension humaine. « C’est comme ça que l’on va repeupler la campagne du Midwest », croient-ils. De ce côté-ci de la frontière, la réflexion sur le potentiel des pharmaplantes et leur impact sur l’avenir de l’agriculture n’a pas encore germé dans l’esprit des agriculteurs.




Cousine de l’œillet, la saponaire habille d’un joli tapis mauve toute l’Amérique du Nord. Les extraits de la plante sont utilisés en cosmétologie. Les crèmes et les savons fabriqués à base de saponine, un des extraits, permettent aux belles de se démaquiller ou encore de flâner dans un bain moussant, d’où l’origine du nom de la compagnie Saponin Inc. créée en 2003. Un de ses deux fondateurs, le Dr Paul Arnison, compte bien produire des molécules médicamenteuses à partir de cette plante. Ce généticien compte aussi faire pousser ses saponaires transgéniques avec le concours de producteurs agricoles.

Les pharmasaponaires du Dr Arnison visent à produire de nouveaux antibiotiques. « La demande de nouveaux produits pour contrôler les infections tant chez les humains que les animaux est énorme. On n’a qu’à songer au développement de bactéries résistantes aux antibiotiques dans le milieu hospitalier », dit celui qui évalue le marché mondial anti-infectieux à 45 milliards $CAN.

Le Dr Paul Arnisson, président, Saponin Inc.

Pour le moment, des essais de saponaires non transgéniques ont lieu sur plusieurs parcelles, six acres en tout, en Alberta, en Saskatchewan, en Nouvelle-Écosse et sur l’Île-du-Prince-Édouard, histoire de tester les besoins agronomiques et de constater les rendements de la plante. Le Dr Arnison a jeté son dévolu sur la jolie fleur pour plusieurs raisons. Contrairement au maïs ou au canola, la saponaire n’est pas utilisée dans la fabrication de produits alimentaires ou de moulée. Et son code génétique est éloigné de ceux du maïs et du canola, ce qui élimine le risque de pollinisation croisée avec ces deux plantes. Toutefois, la saponaire peut être semée et récoltée avec la même machinerie que celle utilisée dans la culture du canola, donc : « pas besoin de nouveaux investissements si un producteur céréalier décide de se lancer dans l’aventure ».

La saponaire s’inscrit dans une stratégie d’affaires. Dr Arnison travaille en étroite collaboration avec le Conseil national de recherches du Canada (CNRC) basé à Saskatoon. Le labo fédéral a pour mandat de développer de nouvelles plantes économiquement rentables pour les producteurs, soit en accentuant leurs propriétés naturelles, soit en les croisant pour fabriquer des mutants, soit en introduisant de nouveaux gènes, d’où l’appellation « végétaux à caractères nouveaux » (VCN), destinés à la production de médicaments ou de produits industriels.

Les chercheurs du CNRC ont sous l’œil de leurs microscopes six plantes transgéniques dont la saponaire. Toutefois, la technologie pour isoler et purifier le maximum de molécules désirées, appelée plate-forme, n’est pas encore au point. « Nous croyons l’obtenir d’ici un an », souligne le Dr Arnison. En attendant, ce dernier prévoit capitaliser sur la production de saponaires bien ordinaires et générer des revenus de deux façons. La première, en utilisant l’amidon des graines pour les produits cosmétiques. La seconde, en utilisant la saponine comme adjuvant aux vaccins existants. Des pourparlers pour tester la saponine sont actuellement en cours avec un professeur de l’Université de Cape Town, en Afrique du Sud, qui développe un vaccin contre le sida à partir d’une pharmaplante.

Pour les environnementalistes, la culture de saponaire transgénique en plein champ pourrait poser un problème : le possible développement d’une super mauvaise herbe par contamination génétique. Pour contrecarrer une possible pollinisation croisée de la saponaire transgénique avec ses sœurs sauvages, Arnison travaille avec le concours de technologies génétiques restrictives (GURT). Ces technologies permettent d’activer ou de désactiver des gènes qui contrôlent la fertilité ou la formation de semences. La plus tristement célèbre de ces technologies, développée par Monsanto, a été baptisée « Terminator » par ses détracteurs.

Mais contrairement à la technologie « Terminator » qui ne permet pas à la semence d’une plante de se reproduire, celle développée par le Dr Arnison permettrait au contraire aux producteurs de garder leurs semences et de les replanter pour obtenir de nouvelles récoltes. « Notre technologie de contrôle de reproduction ne permet simplement pas à notre pharmaplante de propager ses gènes dans des espèces sauvages apparentées à la saponaire », dit-il. Toutefois, la croissance de Saponin Inc. risque de s’étioler tant qu’Ottawa ne permettra pas la culture de VCN à l’air libre.




Deux drogues font des ravages dans la rue des cités. La meth, ou méthamphétamine, mieux connue dans les années 1970 sous le nom de « speed », et la phencyclidine ou PCP, un puissant hallucinogène. Toutes deux transforment les jeunes usagers en légumes. « Nos anticorps éliminent ces deux drogues du corps », explique Andy Sheldon, pdg de Medicago. « Des essais précliniques de notre médicament fabriqué par de la luzerne transgénique auront lieu sur des animaux en 2006-2007. Nous espérons être les premiers sur le marché, car il n’y a rien pour traiter le PCP. »

On produit des clones identiques de pharmaluzerne à partir d’une seule plante.

Assis à la petite cafétéria d’un complexe de serres ultramodernes de 1000 m2 situé dans le Parc techno de Québec, l’agronome explique les réalisations et les ambitions de la première compagnie biopharmaceutique du genre à pousser au Québec. Sheldon est arrivé à la barre de Medicago en 2003, six ans après sa fondation en 1997. Juste à temps pour influer un plan d’affaires de 34 millions $ dont la construction de ce complexe de serres futuristes au coût de 3,5 millions $, qualifié biosécurité niveau 2 selon des normes américaines et européennes.

Inauguré en grande pompe en mars 2004, notamment en présence du ministre québécois de l’Environnement, ce plant pilote pourra produire entre 1 et 5 kg de protéines médicamenteuses pures fabriquées par de la luzerne transgénique et destinées aux essais précliniques. De la production de quatre molécules médicamenteuses, Medicago passera à sept molécules d’ici la fin de l’année en vertu, entre autres, d’une entente conclue avec le géant Bayer pour produire de l’aprotinin, une drogue normalement extraite de poumons de vache et qui minimise l’impact des chirurgies à cœur ouvert.

Plusieurs équipements ne sont pas encore installés dans le nouveau complexe de verre de Medicago, notamment dans une pièce à atmosphère contrôlée où l’on recueillera « le jus » de luzerne hachée et pressée qu’il faudra purifier pour en recueillir les précieuses molécules médicamenteuses. Le processus de fabrication d’une molécule par de la luzerne transgénique, ou toute autre plante, jusqu’à sa purification, s’appelle une plate-forme. La plate-forme développée par Medicago, baptisée Protificia™, est le bébé du Dr Louis Vézina, un ancien chercheur d’Agriculture et Agroalimentaire Canada et cofondateur de la compagnie. Cette dernière possède 130 brevets de fabrication de molécules médicamenteuse à partir de ce procédé.

Pourquoi de la luzerne? « Pour diversifier l’utilisation de la luzerne de l’alimentation animale ou humaine. » Pourquoi produire de la luzerne transgénique en serres plutôt qu’en plein champ? « Parce que l’on peut faire une dizaine de coupes par année. Mais aussi parce qu’il est plus facile de monter un dossier réglementaire solide », explique Sheldon.

Les serres de Medicago sont scellées par plusieurs systèmes de sécurité. L’accès au cœur des serres se fait par un étroit corridor muni de deux portes qui ne s’ouvrent que lorsque l’autre est fermée. Un jet de vent décoiffe légèrement les visiteurs vêtus de sarraus blancs dès que la première porte s’ouvre, afin de chasser pollen, insectes, paille vers l’extérieur. Ces visiteurs sont prisonniers quelques instants dans ce corridor sous le regard d’une lampe ultraviolette qui grille tout intrus ailé. Aucune abeille susceptible de polliniser la luzerne ne peut donc y entrer. Et si un insecte se faufile, il ne peut s’échapper, recueilli plus tard par des filtres qui obstruent les conduits d’aération du complexe. Pour pallier au risque d’un possible flux de gènes à l’extérieur, les récoltes de luzerne transgénique se font avant la floraison. De plus, tous les déchets végétaux produits par les opérations sont stérilisés dans un incinérateur à une température de 121 ºC pendant 30 minutes. Toutes ces mesures ont permis aux installations de Medicago de se qualifier biosécurité niveau 2.

Medicago nécessitera-t-elle les compétences et les champs des agriculteurs lorsque ses besoins passeront de quelques kilos à plusieurs centaines de kilos de molécules thérapeutiques? « De luzernières aux champs, non, réplique Sheldon. Nous pensons calquer le modèle de production sous serres hollandais. » Medicago a déjà dans le collimateur deux producteurs en serres dont un de tomates dans la région de Québec. Toutefois, Sheldon envisage la production d’une molécule médicamenteuse pour soigner une maladie cardiaque. « Nous aurons sans doute besoin du concours d’agriculteurs à ce moment-là. Mais notre luzerne ne sera pas transgénique car la molécule est propre à la plante », dit-il.




Les rizières du Missouri pourraient se transformer en champs de bataille. La compagnie californienne Ventria tente d’y faire pousser un riz-médicament avec le concours de producteurs agricoles. Le riz a été modifié génétiquement pour produire des protéines que l’on retrouve dans le lait humain, la salive et les larmes. Une fois le riz OGM moulu, la poudre peut être utilisée dans la fabrication de barres granola ou de boissons destinées à enrayer la mort provoquée par la diarrhée chez les enfants du Tiers-Monde.

Toutefois, les rizières OGM envisagées pour la nouvelle culture se trouvent près d’un centre de recherche et de criblage de semences de riz ainsi que de deux parcs naturels abritant des populations importantes d’oiseaux migrateurs. Et les environnementalistes craignent que les oiseaux disséminent les grains dans la nature, sans compter le risque provoqué par les éléments. « Pour le moment les quantités envisagées de riz OGM sont minimes, mais à une échelle commerciale, à la suite de l’ouragan Katrina, ce serait catastrophique! », dit Margaret Mellon, directrice du programme alimentaire et environnemental de l’Union of Concerned Scientists, basée à Washington. « À cela s’ajoute le risque de contamination de la chaîne alimentaire », ajoute-t-elle.

Les scientifiques de Ventria avancent de leur côté que le riz se prête parfaitement à la biogénétique. Les plants de riz sont autofécondants. Ainsi, les gènes altérés, qui sont des versions synthétiques des gènes humains, peuvent difficilement se transférer dans les plants des rizières voisines.

Pour l’économie agricole du Missouri, le risque de faire pousser ce riz pharmaceutique est élevé. Plus de la moitié du riz de l’État est exportée dans les Caraïbes et en Europe, où les consommateurs n’ont pas beaucoup d’appétit pour les OGM. Ventria a aussi conclu une entente avec Anheuser-Busch qui utilise du riz dans la fabrication de la bière. Le brasseur craint la réaction des consommateurs face à un riz-médicament qui pourrait se retrouver dans une bouteille de Bud. Le riz OGM ne pourra pousser qu’à une distance de 200 km d’une rizière régulière. La nouvelle culture est perçue comme « un champ de l’espoir » par certains agriculteurs pour se sevrer de l’aide de l’État. Le riz est une des denrées les plus fortement subventionnées aux États-Unis.


Source : Fields of Bio-Engineered Dreams;
Can Gene-Altered Rice Help Rescue the Farm Belt?
Alexei Barrionuevo, The New York Times, 16 août 2005.




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