Sous une personnalité de joyeux luron, Gaston Blais camoufle un homme de grands défis. Pour preuve, en 1972, il acquiert une ferme laitière presque à l’abandon. Il en fait une entreprise prospère. Quelques années plus tard, il accepte de se porter candidat à la fonction d’administrateur à Agrodor alors que l’élu sortant lui confie son désespoir face à la situation financière de l’entreprise! Puis, la cinquantaine bien assumée, il brave une de ses plus grandes peurs, celle des chevaux.

En relatant son expérience en coopération, l’administrateur lance : « J’suis pas un politicien ». De la sorte, il justifie son élection tardive à la présidence d’Agrodor en 1995, alors qu’il était vice-président depuis douze ans. « Une personne est passée par-dessus moi pour occuper cette fonction », raconte-t-il un peu troublé. Toutefois, quand un siège à La Coop fédérée se libère en 1994, et que plusieurs collègues lui manifestent leur appui, il fait sa campagne comme un vrai politicien.

Sa venue à la fédération des coopératives lui a été salutaire. « C’est là que j’ai vraiment compris l’importance du rôle d’un conseil d’administration », raconte-t-il en soulignant quelques éléments qui lui ont permis d’apprendre : les échanges avec les administrateurs d’autres coopératives, les contacts avec des gestionnaires qui ont une vision élargie du réseau et la formation aux élus qui s’est considérablement développée durant ces dernières années.

Ces compétences qu’il acquiert en siégeant à La Coop fédérée, il sait les partager avec ses
collègues d’Agrodor, particulièrement avec les jeunes. De plus, « il nous arrive toujours avec des nouvelles idées », lance Harry Reber, actuel président de cette coopérative située à Thurso en Outaouais. « Il est du genre tenace quand il croit en quelque chose, poursuit-il, il faut que nos arguments soient solides pour le faire changer d’idée. »

« Il est certainement un des élus qui pose le plus de questions pour bien comprendre un sujet, fait remarquer Denis Richard, président de La Coop fédérée. Mais il est aussi celui qui n’hésite jamais à exprimer sa divergence et à discuter longuement son point de vue. Par contre, il sait se rallier quand ses arguments ne convainquent pas. »

Francine Ferland, sa voisine à la table ronde du conseil d’administration, souligne qu’il se fait le défenseur des régions périphériques. Après tout, tient-il à préciser, l’apport de ces régions fait partie du succès de la coopération agricole.

Membre de sa coop dès qu’il acquiert sa ferme, sa conviction envers la formule coopérative n’a fait que grandir depuis. En tant que producteur laitier, il n’est pas membre d’Agropur parce qu’il a cru en Groupe Lactel jusqu’à sa fin. À l’instar des commentaires de Roger Béliveau dans l’article paru dans Le Coopérateur de septembre dernier, il déplore le fait que certaines personnes encaissent de grosses ristournes d’Agropur tout en s’approvisionnant chez un concurrent. Toutefois, il trouve tout aussi regrettable, bien qu’il comprenne la situation, de ne pouvoir faire partie du membership de cette coopérative laitière, alors qu’il a toujours été fidèle à sa coopérative d’approvisionnement.

S’il y a un trait de sa personnalité que tout le monde lui reconnaît, c’est bien son côté sociable et aimant la fête. « Si tu l’invites à prendre un verre en fin de soirée, il faut t’attendre à te coucher tard », ont rapporté plusieurs de ses collègues. Il aime rire, taquiner et, par-dessus tout, il apprécie la présence des femmes. Sachons que, pour lui, la gent féminine n’a rien de mystérieux. Il a grandi avec cinq sœurs et un frère, puis il a engendré
quatre filles : Marie-Chantal, Johanne, Isabel et Valérie. Après avoir côtoyé toutes ces femmes, il apprécie les activités de gars qu’il peut maintenant partager avec ses trois petits-fils, sans négliger bien sûr ses deux petites-filles.

Il se réjouit aussi de voir sa fille aînée, Marie-Chantal, prendre la relève de l’entreprise. « Il a toujours cru que l’une d’elles reprendrait la ferme, raconte Solange Leduc, sa conjointe, parce que Gaston faisait constamment l’éloge de l’agriculture à ses filles. » En plus, dès leur jeune âge, il impliquait les enfants dans les décisions en les consultant pour l’achat de machinerie ou pour une transaction importante.

« Je n’étais pas partie pour vivre de l’agriculture, explique Marie-Chantal. J’avais fait un cours de coiffeuse, j’ai aussi travaillé dans une usine laitière. Puis, un jour, quand j’ai offert à mon père de l’aider pendant quelque temps, j’ai constaté que j’aimais ce travail. »


Le jeune Blais
Le jeune Blais a grandi sur une ferme laitière à Plaisance. Ses parents, Jean-Marc Blais et Hélène Chartrand, ont élevé leurs enfants sévèrement, tout en leur transmettant de bonnes valeurs comme le travail et la persévérance. Les loisirs n’étaient pas prioritaires, bien que Gaston n’en ait jamais souffert.

« Son père lui donnait plusieurs responsabilités et il les assumait avec enthousiasme », raconte Hélène Chartrand. Déjà, vers l’âge de 5 ou 6 ans, il nettoyait les porcs et conduisait le tracteur avec la faucheuse à grains (binder). Lorsque son grand-père rendait visite à la famille, Gaston était fier de lui montrer son travail.

Bien que ses parents n’avaient pas beaucoup d’instruction, ils prônaient la formation. « Il était impensable de vouloir lâcher l’école. » C’est ainsi que Gaston fera l’école d’agriculture de Sainte-Martine.

Diplôme en main, son plus grand souhait est de s’établir sur une ferme. L’entreprise familiale étant déjà expropriée pour faire place au parc de Plaisance, le rêve devient plus difficile à réaliser.

« Ayant crainte de trop m’endetter, je décide de travailler à l’usine laitière de la coop, puis chez un producteur d’élite, gardant toujours en tête l’objectif de devenir propriétaire. En 1972, alors que Solange est enceinte de notre premier enfant, je décide de me lancer coûte que coûte. »

Après avoir obtenu un prêt de l’Office du crédit agricole, et aidé de ses parents et de ses beaux-parents, il fait l’acquisition d’une ferme assez mal en point – sans écureur, aucun registre de vêlage et une laiterie maladroitement aménagée dans une ancienne porcherie – mais pourvue d’un bon potentiel. L’entreprise compte une vingtaine de vaches, cinq taures, cinq génis-ses et un taureau. « Mon premier revenu a été de vendre le taureau. » Ensuite, son père lui prête cinq ou six bonnes taures pour démarrer la production de lait.

Au cours des six années suivantes, le couple Blais-Leduc est pris par le travail : Solange met au monde leurs quatre filles en même temps que « nous faisons construire une vacherie, une laiterie et un silo; nous procédons au drainage des terres, achetons des sujets de race pure, rénovons la maison. Bref, les dettes sont triplées », raconte le producteur laitier.

Parallèlement, il s’implique auprès de plusieurs organisations, notamment la Société d’Agriculture du comté de Papineau, la Caisse populaire de Plaisance, le Club Holstein Papineau, le Syndicat des producteurs de lait Outaouais-Laurentides, etc.

Jusqu’au milieu des années 80, les temps sont difficiles : réduction de quota de 20 % en 1976 et flambée des taux d’intérêt de 1982. Toutefois, en 1981, le Syndicat de gestion est mis sur pied dans la région. Solange s’y engage activement. « À l’aide des conseillers, nous établissons une comptabilité de gestion qui nous permet de voir plus clair dans nos finances et de faire de meilleurs choix d’investissements », raconte Gaston Blais.

En 1995, il acquiert la ferme voisine : 65 hectares de terre, des bâtiments de ferme et une maison que Marie-Chantal occupe. La Ferme Pop Holstein, qui dénombre 90 sujets de race pure dont 40 sont en lactation, a maintenant le vent dans les voiles. Grâce à ses 110 hectares cultivés en luzerne, graminées, maïs-grain et maïs à ensilage ainsi qu’en orge et en soya pour la rotation, l’entreprise est plus qu’autosuffisante. L’orge, le soya et le maïs en surplus sont vendus.

« Chez nous, raconte Marie-Chantal, la réduction des coûts a toujours été un principe de gestion à suivre. Ainsi, l’entreprise n’a jamais obtenu des scores fracassants, mais il y a toujours eu un profit en bout de ligne. »

La relève étant assurée, Gaston peut maintenant diminuer la cadence. Pour s’accorder un peu de bon temps, il décide de relever un autre défi, plus personnel et plus fantaisiste, soit celui de dompter sa propre pouliche pour la mettre en selle et l’atteler. « J’ai toujours craint les chevaux parce que j’ai eu plusieurs mauvaises expériences. Alors j’ai voulu vaincre cette peur. » Il a d’ailleurs réussi, et c’est avec fierté qu’il pose, accompagné de sa petite-fille Élaudie, en selle sur sa jument.

« Ça n’en a pas l’air, mais faire de l’équitation, c’est comme tout autre sport, c’est exigeant physiquement et stimulant à tout point de vue. »




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