En 1998, alors étudiant au Cégep de Matane en Gestion et exploitation des entreprises agricoles, Frédéric Saint-Laurent présente son plan de transfert à ses confrères de classe. Les commentaires reçus sont unanimes : le projet a peu de chance de réussir, compte tenu des investissements à faire. Désireux d’avoir un autre son de cloche, il rencontre un conseiller du MAPAQ pour évaluer le potentiel de transfert de la ferme de ses parents. Le diagnostic est le même : non transférable. Frédéric fait cheminer son projet malgré tout. Sept ans plus tard, la Ferme Baslo inc., située à Mont-Joli dans le Bas-Saint-Laurent, a décroché le prix La Coop fédérée au transfert de ferme.



Même si mon projet était considéré comme trop risqué, je tenais à le faire valoir à plusieurs personnes avant d’y renoncer, explique Frédéric. C’est là qu’on m’a parlé du Centre régional d’établissement en agriculture (CRÉA). Avec mes parents, nous avons fait appel à cet organisme spécialisé dans les transferts de ferme. » Antonine Rodrigue, conseillère au CRÉA, a d’abord voulu savoir si Frédéric et ses parents, Raymond et Carmen, tenaient vraiment à ce que la Ferme Baslo inc. passe à la 4e génération. « Je voulais tellement que mon projet fonctionne, se rappelle le jeune laitier, alors âgé de 24 ans. J’étais prêt à faire tous les efforts nécessaires. » Silencieux depuis le début de l’entretien, Raymond et Carmen écoutent attentivement leur fils. Et vous, étiez-vous prêt à tous les efforts ? « Nous étions inquiets pour notre fils, pas pour nous, lance simplement Raymond. » Carmen poursuit : « C’est un métier très exigeant. Nous y avons élevé nos trois enfants et je ne regrette rien. Mais on ne gère plus les entreprises agricoles comme avant. Nous voulions que notre fils prenne sa décision en ayant l’heure juste. Notre premier réflexe a été de lui confier la comptabilité de la ferme. » Ce fut l’élément déclencheur de tout le processus. « Antonine avait besoin d’avoir des chiffres à jour, poursuit Frédéric. J’ai donc tout informatisé et ensuite structuré le troupeau pour faire de l’amélioration génétique. »

La Ferme Baslo inc. est passée à la 4e génération malgré tous les mauvais pronostics. Frédéric et Mélanie : « C’est l’amour du métier et de ses défis qui fait qu’on ne lâche pas. »

Le renversement des rôles
Fin 1999, l’équipe Saint-Laurent amorce le transfert. « Tout s’est mis en place rapidement, souligne Frédéric. Antonine savait exactement où nous devions aller. Nous sommes devenus membres d’un syndicat de gestion, puis on a analysé le projet et fixé des objectifs d’amélioration des rendements à l’étable. » Des objectifs qui sont rapidement atteints, compte tenu du côté méticuleux de Frédéric. Fraîchement diplômé du Cégep de Matane, le futur propriétaire, aidé de ses parents, entreprend les démarches avec le comptable pour concrétiser le transfert des parts. Les actions votantes (celles qui confèrent à l’acquéreur le pouvoir de décider) seront transférées en bloc et les autres, progressivement sur 10 ans. Pour faciliter cette transaction et minimiser l’endettement extérieur de Frédéric, Raymond et Carmen financent eux-mêmes ce processus. Au printemps 2000, Frédéric devient l’actionnaire majoritaire et Raymond, le salarié. « Pour des raisons fiscales, précise le père, c’était préférable de tout transférer avant que j’atteigne 65 ans. Il aurait fallu commencer le processus lorsque j’avais 55 ans, mais je vis très bien avec mon nouveau statut. »

Frédéric : « Même si les deux premières années ont été difficiles, je sentais que mes parents étaient toujours aussi enthousiastes. »

Entre 2000 et 2005, la famille Saint-Laurent renouvellera son adhésion au CRÉA, pour s’assurer de l’aide d’Antonine. « Antonine connaît tous les programmes d’aide financière disponibles pour les jeunes entrepreneurs. J’ai bénéficié d’un an de salaire grâce au programme de soutien au travailleur autonome ainsi que d’une subvention de 10 000 $ du fond des jeunes promoteurs. Ces deux programmes sont administrés par le Centre local de développement (CLD) », précise Frédéric. Ajoutons à cela la prime à l’établissement, permettant d’investir 30 000 $ dans la ferme, ainsi qu’un taux d’intérêt préférentiel accordé par la Financière agricole pour le financement des opérations de construction de la vacherie et d’achat de quota.

Carmen et Raymond sont heureux que les activités de la ferme se poursuivent grâce à l’établissement de leur fils. Un sentiment partagé par le frère et la sœur de Frédéric. « C’était important pour nous de le laisser aller dans son projet et de ne pas trop s’en mêler, précise Carmen. Nous voulions être certains qu’il voit la réalité quotidienne d’une ferme en tant que décideur. »

Les deux premières années sont difficiles et plutôt chargées en responsabilités. « Je travaillais sans arrêt, se rappelle Frédéric. Je devais superviser la construction de la vacherie, coordonner les rencontres avec les différentes personnes-ressources et mettre en place un nouveau système d’alimentation tout en poursuivant le travail quotidien que requiert un troupeau en progression. Je mettais beaucoup d’effort et je sentais que mes parents étaient toujours aussi enthousiastes. En fait, j’avais besoin de prendre le temps d’analyser la ferme dans son ensemble avec ses nouveaux actifs. Avec Antonine, nous avons réalisé que l’entreprise nécessitait un nouvel employé. » Depuis 2002, l’exploitation bénéficie de l’aide d’un employé, environ 25 heures par mois, grâce à l’adhésion à une coopérative d’utilisation de main-d’œuvre (CUMO). « J’aimerais éventuellement avoir un employé six mois par année. Cela me permettrait entre autres de consacrer plus de temps aux expositions de mes sujets d’élevage.»

Ferme Proulade, de Baie-du-Febvre
Finaliste au prix La Coop fédérée
au transfert de ferme. Yvon Proulx, Lise Houle-Proulx, Jean Philippe Proulx et Nathalie Dionne.

La famille Saint-Laurent aura déboursé environ 1250 $ pour s’assurer d’un meilleur encadrement et d’une aide au dialogue durant les cinq premières années de la nouvelle entreprise.

« Antonine nous a dirigés là où nous devions aller et nous a aidés à parler et à écouter, explique Frédéric. Pour Raymond et Carmen, le plus difficile a été d’échanger leur maison avec celle de leur fils. « Ça va mieux maintenant, sourit Carmen. Notre nouvelle demeure est plus petite, mais à notre goût. »


L’amour du métier
La Ferme Baslo inc. compte 70 têtes, dont 28 vaches en lactation. Elle détient un quota de 28 kilos par jour et prévoit bientôt l’augmenter à 30 kilos. Depuis quelques années, ce troupeau évolue vers l’élevage de deux races laitières, soit la Holstein et la Jersey. Plus petits, les sujets Jersey sont logés dans l’ancienne étable, où les Holsteins étaient à l’étroit. Les terres s’étalent sur 116 hectares, dont 25 sont cultivés pour les céréales et 75 pour tout ce qui se rapporte aux prairies. Un boisé et 5 hectares en pâturage complètent le tableau bien visible du village de Mont-Joli. Frédéric et sa conjointe Mélanie sont heureux de pouvoir vivre et gagner leur vie dans leur région natale. Lorsqu’il se retrouve avec ses amis laitiers, Frédéric jase bien sûr de tous les défis qui les attendent. « On se trouve un peu fous d’avoir repris la ferme de nos parents. C’est l’amour du métier et de ses défis qui fait qu’on ne lâche pas. » La Ferme Baslo inc. est passée à la 4e génération malgré tous les mauvais pronostics. La part des parents aura été de léguer une ferme peu endettée en assurant un soutien financier. Celle de Frédéric, de repenser, entre autres, toute la gestion du troupeau pour en augmenter rapidement les rendements et les revenus. Belle leçon qui montre jusqu’où peut mener une volonté partagée de réussir un projet.




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