Marcel Mailhot et Martine Bourgeois, des Productions maraîchères Mailhot inc. à Saint-Alexis-de-Montcalm, exploitent une entreprise qui compte deux secteurs d’activité : la culture de 60 hectares de brocolis et la préparation en usine de 12 millions de livres de brocolis et choux-fleurs pour Aliments Carrière inc. « Un secteur rentable qui pourrait être développé davantage au Québec, souligne l’entrepreneur maraîcher, mais qui demeure fragile en raison de l’ouverture des marchés. »

Les Productions maraîchères Mailhot emploient des Guatémaltèques, depuis 2003, pour les travaux au champ.

« Présentement, il y a près de 75 employés qui s’activent à cueillir ou à préparer le brocoli, déclare le couple au moment de l’entrevue, en août dernier. La préparation consiste à réfrigérer, séparer les fleurettes de la tige et les préparer pour l’envoi en vrac à Aliments Carrière. Après, nous attaquerons la préparation du chou-fleur, une production moins importante : seulement 2 millions de livres par année, par rapport à 10 millions en brocolis. Nos activités durent jusqu’à la mi-novembre car, lorsqu’il n’y a plus de production dans nos champs, nous recevons quelques chargements du sud de l’Ontario pour compléter la saison. »

Le couple, parent de quatre enfants, cultive cette crucifère depuis 1984 : « Nous avons commencé avec quatre hectares de superficie. » En 1986, ils se sont équipés d’un hydrocooler – un appareil permettant la réfrigération par immersion en eau glacée – pour mieux conserver leurs légumes en attente d’être expédiés à l’usine d’Aliments Carrière à Bedford. Déjà, ils servent de lieu de réception pour plusieurs producteurs des environs.

La préparation aux Productions maraîchères Mailhot consiste à séparer les fleurettes de la tige du brocoli et du chou-fleur. Le produit déjà surgelé est ensuite acheminéchez Aliments Carrière, à Bedford.

Chaque année, ils agrandissent leurs installations de sorte qu’en 1990, Aliments Carrière leur demande de faire la préparation de tous ses brocolis et choux-fleurs. « Pour être plus efficaces, nous investissons plusieurs millions de dollars dans l’usine pour automatiser nos activités », commente le maraîcher. Il y a quelques années, il embauchait 75 personnes pour préparer manuellement environ 6 millions de livres de légumes. Avec des équipements de haute technologie, le même nombre d’employés réussit à préparer les 12 millions de livres de crucifères.

Au champ, pas moins d’une trentaine de travailleurs s’activent à la coupe de brocolis. « Comme tout le monde, nous avons connu la pénurie de main-d’œuvre, raconte le producteur âgé de 45 ans. C’est ainsi que, depuis 2003, nous employons des travailleurs du Guatemala. » La première année, ils ont embauché 12 personnes. Depuis, le nombre a grimpé à 30. « Ils sont incroyablement vaillants, ajoute Martine Bourgeois, responsable des ressources humaines. Si on leur demandait de commencer à 4 h du matin, ils en seraient heureux. Évidemment, nous n’exigeons pas cela. »

En avant de gauche à droite : Félix, Florence, Raphaëlle, Jérôme, Martine Bourgeois et Marcel Mailhot.

Ils logent tous dans une ancienne grange réaménagée en maison. « Ce n’est plus une grange, mais un lieu adéquat et confortable pour vivre », tiennent à préciser les propriétaires qui n’auraient aucune gêne à recevoir les journalistes des grands médias pour montrer comment leur personnel étranger est bien traité.


L’activité au champ
Malgré que l’acheteur donne toutes ses consignes : date d’ensemencement, type de cultivar, date de récolte, etc., le maraîcher tient à aller plus loin. D’abord, il fait partie d’un club d’encadrement pour le dépistage des parasites, l’élément de régie le plus important en production de brocolis. De plus, « il n’hésite pas à s’entourer d’experts de toute sorte pour expérimenter de nouvelles méthodes ou produits », commente Stéphane Galarneau, expert-conseil à Profid’Or. Il n’est d’ailleurs pas très bavard sur ses recettes au champ, ajoute-t-il, il préfère garder ses secrets.


Une industrie fragile
Malgré le succès et la prospérité que l’on perçoit quand on visite cette entreprise, Marcel Mailhot avoue qu’il risque gros. « Si Aliments Carrière devait cesser ses opérations en raison d’une compétition trop féroce, je suis dans la dèche, raconte-t-il. Il n’y a pas d’autres acheteurs québécois ou canadiens pour mes légumes à surgeler. » Claude Ostiguy, vice-président, agriculture à Aliments Carrière, reconnaît que malgré le fait que l’entreprise occupe 90 % du marché, « il y a de plus en plus de produits qui viennent de l’extérieur. »
Ce qui chicote le plus le maraîcher, c’est que « les légumes en provenance notamment de la Chine ne sont pas produits selon nos normes de salubrité, et leurs coûts de production sont plus bas que les nôtres. »

Isabelle Woolgar, agent régional à l’Agence canadienne d’inspection des aliments, affirme que tous les légumes importés doivent répondre à nos normes de sécurité alimentaire. Toutefois, la surveillance ne se fait pas dans les champs où ils sont produits, elle se fait à l’entrée au pays, et de façon aléatoire. « Par contre, ajoute l’agent, les produits ou entreprises qui ont déjà connu des problèmes sont surveillés de près. »

Martine et Marcel ont appris l’espagnol pour bien communiquer avec leur personnel du Guatemala.

À la Fédération québécoise des producteurs de fruits et légumes de transformation, Gilles McDuff, directeur général, parle d’un projet pour s’assurer que les producteurs et entreprises de transformation du Québec ne soient pas délogés de leur marché par des produits qui ne respectent pas les normes du pays. « Avec la Table filière légumes de transformation, nous allons, pendant un an, inspecter systématiquement tout ce qui entre au pays dans une catégorie de produits ciblés. »

Ce projet ne vise pas le brocoli puisque ce légume n’est pas été intégré au plan conjoint. Marcel Mailhot déplore justement le fait qu’aucune fédération de l’UPA ou autre organisation ne représente le brocoli. Gilles McDuff répond : « En effet, au moment où le plan conjoint a été mis sur pied, en 1978, il y avait très peu de production de brocolis au Québec. Toutefois, il n’est pas exclu qu’ils y soient un jour intégrés. Il y a d’ailleurs des discussions à ce sujet. »

Du côté d’Aliments Carrière, Yves Duquette, directeur de la production agricole à l’usine de Bedford, estime que pour réussir à contrer la menace des produits importés, il faut savoir innover, ce qu’Aliments Carrière a réussi à faire jusqu’à maintenant. « Par exemple, la décision de faire préparer les légumes chez Marcel Mailhot a sauvé notre usine, relate M. Duquette, parce que dans la région de Bedford, la main-d’œuvre était difficile à obtenir. » En déplaçant une partie de ses activités dans Lanaudière, là où se fait la plus grande production de brocolis, Aliments Carrière augmentait son efficacité en usine et réduisait ses coûts de transport.

Malgré tous les aléas de cette industrie, Martine Bourgeois et Marcel Mailhot poursuivent leurs activités. Leur ouverture à essayer de nouvelles techniques au champ, leur partenariat et la qualité de leurs échanges avec les gens d’Aliments Carrière leur permettent d’être au rang des producteurs les plus performants de leur région et d’être au fait des enjeux de la commercialisation de leur produit. « Notre seule visée, pour l’instant, est de maintenir cette industrie en vie », conclut le jeune couple déterminé à y investir toute son énergie.




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