Une belle occasion s’offre aux producteurs laitiers qui sont las de se lever tôt
pour la traite du matin, mais ne sont pas prêts pour la retraite en Floride. Pour une rare fois, du quota de poulet est disponible… L’occasion de prendre une préretraite en agriculture est là et tout indiquée pour les producteurs laitiers qui sont familiers avec le système de la gestion de l’offre et possèdent de bons capitaux.




Alain Lévesque, nouveau producteur avicole de Saint-Valère, en banlieue de Victoriaville, n’est pas seul à avoir troqué son quota laitier contre un quota de poulet. Depuis la dernière année, le Centre-du-Québec compte six nouveaux poulaillers. Voulant continuer de travailler en agriculture et trouver une production moins exigeante, Alain a choisi de se lancer en aviculture après 30 années passées en production laitière.

« Un représentant m’a dit que c’était à peu près la plus belle semi-retraite que tu peux avoir en agriculture », confie-t-il. « C’est pas d’ouvrage et c’est rentable. »


Historique
L’entreprise familiale des frères Marcel, Denis et Alain Lévesque possédait un quota laitier de 115 kilos/jour. « C’était moi le plus jeune des trois alors, en 1978, quand j’ai eu 18 ans, on a racheté la ferme et mon père a pris sa retraite », explique Alain, le cadet d’une famille de 15 enfants. « Au début, j’aimais les vaches mais, à la fin, j’avais le goût d’essayer autre chose. Un représentant qui faisait du poulet et de la vache laitière m’avait déjà parlé de production avicole huit ans plus tôt. Lorsque mon frère Marcel s’est mis à parler de sa retraite, j’avais déjà commencé à mûrir l’idée. J’ai appelé notre représentant et, ensemble, nous sommes allés rencontrer des producteurs de Warwick qui s’étaient lancés dans l’aviculture mais qui avaient gardé des vaches laitières. C’était la plus belle place parce qu’ils pouvaient me parler de la différence entre les deux. J’ai eu la piqûre tout de suite quand j’ai vu les petits poussins. »

Le bâtiment de deux étages représente une capacité de production de 2250 mètres carrés.

La décision prise en 2004 n’a mis que quelques mois pour se concrétiser. « Je ne savais pas grand chose avant de me lancer », explique-t-il.

« Je savais que ça partait des poussins et ça devenait des poulets. Le prix du quota montait vite. Quand j’ai commencé à regarder ça au mois de juillet 2004, il était à 750 $/m2 et quand on m’en a trouvé deux mois plus tard, le prix avait déjà grimpé à 811 $/m2. J’étais déçu parce que cet argent-là, c’était ça en moins que j’aurais à mettre sur la bâtisse. De plus, j’étais sans savoir combien je retirerais de ma part de la ferme laitière. J’ai pris un gros risque parce que j’ai acheté le maximum de quota auquel j’avais droit. Je me suis dit “bonne chance”.»

La décision d’Alain aura précipité celle de Marcel qui a également vendu sa part de l’entreprise. Encore trop jeune pour la retraite, Marcel, qui est également le maire de la municipalité de Saint-Valère, continue l’exploitation des grandes cultures. Quant à Denis, l’impact aura été grand. Il a conservé 50 kilos/jour en production laitière, aidé de ses fils pour en faire l’exploitation.


Ferme Coqlico (2005) inc.
Il ne s’est écoulé que neuf mois entre la confirmation du quota et la mise en activité du nouveau poulailler, construit au printemps 2005. « Nous avions une date limite, la livraison des poussins était prévue pour le 7 juin », précise Alain. « Je n’étais pas vraiment prêt à les recevoir, l’eau n’était pas ajustée. C’était très énervant. Tu veux qu’ils soient bien, qu’ils ne meurent pas tous! »

Alain Lévesque : « Puisque les besoins en main-d’œuvre et les dépenses sont moindres, l’élevage de poulets est plus payant que les vaches. »

Comme pour l’ensemble des élevages de poulets de cette taille, toutes les opérations sont automatisées, de l’alimentation au réglage de la température et du degré d’humidité. Le bâtiment, d’une surface de 70,1 x 12,2 mètres (230 x 40 pieds) sur deux étages, représente une capacité de production de 2250 m2 de poulets, soit 27 000 poulettes ou 21 500 coqs, selon le choix. Les deux silos à moulée ont une capacité de 13,4 tonnes métriques. Viennent s’y ajouter une aire de service de 23,8 x 6,1 mètres (78 x 20 pieds) et un garage chauffé. Le propriétaire a pensé aux moindres détails. Le déchargement des petits poussins pourrait donc s’effectuer dans le plus grand confort, même par temps froid.

Également dans le but d’améliorer le confort des animaux, le poulailler a été doté d’un chauffage radiant à l’eau alimenté au propane. Des panneaux solaires fournissent l’énergie nécessaire aux prises d’air thermiques. Le choix des entrées d’air thermiques, fait par souci d’économie énergétique, a été bonifié par un programme de subventions gouvernementales.

Seul le grand nettoyage entre les productions exige plusieurs heures de travail. La finition intérieure à 100 % en vinyle réduit la possibilité que des microbes s’y incrustent. L’enlèvement du fumier se fait à l’aide d’un petit tracteur muni d’une gratte, qui accède au deuxième étage via un monte-charge. L’opération est grandement simplifiée, car les murs extérieurs sont porteurs. Il n’y a donc aucun poteau à contourner.


Payante, la production avicole
« C’est un gros investissement », dit Guy Massé, expert-conseil en production avicole à la SCA des Bois-Francs. « On parle d’environ 1,5 million $ pour le maximum de quota de départ, plus la bâtisse. Par contre, les gens n’auront pas seulement de la production avicole, ils auront aussi des grandes cultures par exemple, ou un travail à l’extérieur. Une installation comme celle d’Alain représente entre une heure et demie et deux heures de travail par jour. »

Toutes les opérations sont automatisées, de l’alimentation au réglage de la température et du degré d’humidité.

Bien qu’il soit trop tôt pour Alain Lévesque de chiffrer la rentabilité de son exploitation, il demeure confiant quant à son choix. « Les producteurs de Warwick m’ont confirmé que c’était plus payant que les vaches si tu calcules la main-d’œuvre que tu as en moins et le fait que tu as moins de dépenses. »

La gestion du risque est à une tout autre échelle pour la production avicole. La production est moins compliquée et les problèmes sont plus faciles à régler. « Les oiseaux restent entre 34 et 39 jours dans le poulailler », explique Guy Massé.

« Si un problème survient, 39 jours après l’arrivée du lot, le poulailler sera lavé et désinfecté, un vide sanitaire sera fait puis, c’est fini. On ne traîne pas les problèmes pendant un an, comparativement à la production porcine ou laitière. Sacrifier une vache de plusieurs milliers de dollars est bien différent que de sacrifier un poussin à 0,55 $ (prix moyen). Il y a six périodes et demie de production dans l’année. Après chacune d’entre elles, c’est fini, c’est terminé. On recommence une nouvelle production. »


Liberté… 45
Alain n’a pas de main-d’œuvre à gérer ni à s’ajuster avec l’horaire de ses frères pour prendre quelques jours de vacances. Les abattoirs, responsables des horaires de production, travaillent de pair avec les producteurs et tentent de respecter leurs choix de vacances dans la mesure du possible. « J’ai environ deux semaines entre les élevages. Quand le poulailler est vide, je peux partir comme je veux. Comme je n’ai jamais eu trois semaines de congé, j’ai demandé pour commencer de ne pas avoir de poulets aux Fêtes », dit Alain avec un grand sourire.

D’un système de quota à un autre…
Le quota avicole est certes plus accessible aux producteurs laitiers qu’il ne l’est pour les producteurs des autres secteurs. Pour ceux qui désirent conserver la stabilité des prix que procure la gestion de l’offre et ne pas se lancer dans des productions non réglementées telles le boeuf ou le porc, la production avicole est un choix intéressant. Celle-ci offre un rendement similaire à celui du secteur laitier, sans la lourde tâche qui l’accompagne.

Les prix des quotas, bien entendu, demeurent une question d’offre et de demande. « En 1992, nous parlions du 200 $/m2 », explique Claude Lafleur, agronome et chef de la direction de La Coop fédérée. « En 2000, celui-ci est passé à 500 $/m2 pour atteindre 835 $/m2 en septembre 2005. »

« Le phénomène est très récent », poursuit M. Lafleur. « En général, il s’agit de gens qui ont une très bonne équité après avoir été en production laitière pendant plus de 20 ans et qui veulent diminuer les heures de travail sans arrêter pour autant d’être agriculteurs. Bien sûr, tout le monde se pose la question : est-ce que les négociations actuelles de l’OMC peuvent mettre à risque le système de contingentement du poulet? Difficile à dire. Chose certaine, aucune production sous gestion de l’offre – le lait, la volaille, les œufs – n’est à l’abri d’une baisse de tarifs (donc d’une baisse de prix) ou d’une hausse des importations étrangères (donc d’une coupure de quotas). L’important est de ne pas s’endetter jusqu’au cou, pour minimiser les risques au cas où le pire surviendrait. »



Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés