De plus en plus prisé pour ses qualités nutraceutiques hors du commun, le bleuet fait l’objet d’une demande qui croît d’environ 15 % année après année, et ce, depuis plus d’une décennie. Et on prévoit que la demande ne dérougira pas de sitôt. « Elle continuera de s’accroître à ce rythme encore une quinzaine d’années », fait savoir Gérard Baril, l’enthousiaste président du Syndicat des producteurs de bleuets du Québec. C’est particulièrement sur les marchés d’exportation que la demande se fait le plus sentir, notamment en Europe, au Japon et en Chine, où on commence tout juste à découvrir les fabuleuses propriétés de ce petit fruit. « La demande est si élevée que les bleuetières québécoises ne suffisent pas à la demande », assure M. Baril.



Riche en fibres, en vitamines A et C, en potassium et en acide folique (une vitamine du groupe B), le bleuet est l’une des meilleures sources d’antioxydants actuellement connus. Ces substances, comme le mentionne un nombre croissant d’études, sont une barrière qui s’érige contre le cancer et le vieillissement des cellules. Le contenu en antioxydants du bleuet est supérieur à celui de l’épinard, du brocoli, de l’orange et de la tomate. De façon générale, plus un fruit est foncé, plus il contient d’antioxydants. Mais ce n’est pas tout, la perle bleue du Québec aurait aussi, semble-t-il, des propriétés antibactériennes, antivirales et antiallergiques. Des études ont même démontré que, grâce à son contenu élevé en anthocyane, un pigment que l’on retrouve largement dans les plantes et qui donne à certains fruits une couleur rouge pourpre ou bleue, il améliorerait la vue. On croit également qu’il retarderait les pertes de mémoire et la progression de la maladie d’Alzheimer et qu’il contribuerait à limiter l’accumulation, dans l’organisme, du mauvais cholestérol.

Le bleuet permet de produire à ce jour environ 175 produits différents : pâtisseries, confiseries, bières, vins, tisanes, fruits séchés et même des crèmes cosmétiques à 1400 $ l’once. Pour profiter de cette manne bleue, plusieurs pays d’Europe ont aussi fortement accru leur production au cours des dernières années.

Deuxième production agricole au Lac-Saint-Jean, après le lait, « et en voie d’être la première », prévoit le président du syndicat, le bleuet y pousse naturellement. Le grand incendie de forêt de 1870 a ravagé une superficie effarante et mis en valeur cette culture qui, après un brûlis, prolifère (http://royaume.com/~morphee/grand-feu.htm). La récolte de 2005, en bleuetières et en forêts, s’est chiffrée à environ 21 millions de kilos, soit à peu près au même niveau qu’en 2004, alors qu’on enregistrait 20,4 millions de kilos. La valeur à la ferme s’élève à environ 50 millions $.

Selon l’agronome André Gagnon, conseiller en horticulture à la direction régionale Saguenay–Lac-Saint-Jean–Côte-Nord du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), la province recèle environ 23 000 hectares de bleuetières aménagées. « La superficie en forêts est difficile à évaluer en raison de la multitude de talles qu’on y retrouve », fait savoir le conseiller.

« En 1988, on ne récoltait que 3,6 millions de kilos en bleuetières aménagées et 4 millions de kilos en forêts, poursuit le conseiller du MAPAQ. Aujourd’hui, c’est plus de 15 millions de kilos que l’on récolte en bleuetières alors que la production en forêts se maintient aux alentours de 4 millions de kilos. »

À partir de la fin des années 90, on assiste à une explosion des rendements en bleuetières. En l’espace d’une décennie, les rendements, d’abord à moins de 1000 livres à l’acre, atteignent des niveaux records de 4000 livres à l’acre. La moyenne est actuellement de 2000 livres à l’acre.

Une fertilisation mieux équilibrée ainsi qu’un contrôle plus efficace des mauvaises herbes ont contribué à la hausse des rendements. Mais c’est l’utilisation de pollinisateurs qui a littéralement fait bondir la production. Autrefois, la pollinisation des plants reposait entièrement sur les frêles ailes des bourdons aborigènes, qui faisaient de leur mieux, sans doute, mais dont le nombre était nettement insuffisant. L’utilisation de services de pollinisation et la location de ruches appartenant à des apiculteurs pendant les trois semaines que dure la floraison en juin, ont tôt fait de changer la situation.

« Avec 95 % de la récolte de bleuets sauvages, aussi appelés bleuets nains, et près de 90 % des superficies aménagées, soit 20 000 hectares, la région du Saguenay–Lac-Saint-Jean domine la production québécoise, indique Sylvain Brassard, expert-conseil à La Coop fédérée et responsable du développement de cette culture. Le reste de la production du petit fruit, soit quelque 3000 hectares, est partagé entre l’Abitibi, Charlevoix, la Côte-Nord et la haute Mauricie. » Ces régions recèlent un excellent potentiel de développement, assure Gérard Baril. Sur la Côte-Nord seulement, on pourrait y aménager quelque 10 000 hectares. L’Abitibi offre aussi de bonnes possibilités malgré le gel hâtif qui y sévit. Et le Saguenay–Lac-Saint-Jean n’est pas en reste, car le potentiel s’y chiffre encore à 20 000 hectares. La production au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et à l’Île-du-Prince-Édouard est à pleine capacité. On enregistre même certaines baisses dans cette région du Canada.

Le bleuet cultivé, ou de corymbe, plus gros, plus dodu, plus résistant, mais contenant moins d’antioxydants que son cousin sauvage, gruge une part grandissante du marché de ce dernier, et ce, à l’échelle mondiale. Des entreprises de Colombie-Britannique et du Maine sont de plus en plus présentes sur le marché québécois avec ce produit. Des producteurs du Chili, pour leur part, ont développé un bleuet dont la grosseur se situe entre celles du bleuet nain et du bleuet de corymbe. Ce bleuet est disponible sur nos étals en janvier et février.

Au Québec, en 2003, la consommation de bleuets était inférieure à 400 grammes par personne par année alors que celle de la fraise dépassait les deux kilos. « Il reste du travail à faire », indique M. Baril.

Pour les trois producteurs que nous avons rencontrés, qui s’acharnent à faire connaître leur petite perle bleue, les défis sont grands. Par tradition, les deuxième et troisième transformations n’ont pas été développées comme elles auraient pu l’être. Tout est à faire. De cueilleurs, par tradition, à transformateurs, la transition n’est pas si simple. « C’est un monde de différences », estime Gérard Baril.



Gérard Baril habite Saint-Félicien. Sa confortable propriété borde les rives du lac Saint-Jean. En plus d’être président du Syndicat des producteurs de bleuets du Québec, qui rassemble 212 producteurs, l’homme de 64 ans, vigoureux, volubile et au regard d’acier, est aussi président d’une coopérative de cueilleurs de bleuets, la Bleuetière coopérative Ticouapé, et propriétaire d’un vaste boisé où prolifèrent, à l’état sauvage, les petits fruits bleus.

95 % des bleuets sauvages récoltés au Québec poussent au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

32 membres, qui représentent une quarantaine de familles, composent la coopérative Ticouapé. La bleuetière de 750 hectares qu’elle exploite est aménagée sur des terres publiques, louées par la MRC de Saint-Félicien, et seuls les membres de la coopérative sont autorisés à y cueillir les fruits.

Au Lac-Saint-Jean, sur les 23 000 hectares en bleuetières que recense le MAPAQ, 7500 hectares sont exploités par des coopératives. « La région du Lac-Saint-Jean compte 10 coopératives de cueilleurs, indique Gérard Baril. Les familles qui les composent en tirent un bon revenu d’appoint pendant la récolte qui se déroule en août. »

La Bleuetière coopérative Ticouapé procure, annuellement, des revenus de quelque 300 000 $ à ses membres, ce qui représente, en moyenne, 8000 $ par famille, et ce, en un mois. « Il s’agit, bien sûr, d’un revenu intéressant, mais il ne faut pas oublier que pendant cette période, les cueilleurs travaillent sept jours par semaine, de cinq heures du matin à cinq heures du soir. »

« De nombreux professionnels établis en région ont payé leurs études grâce aux revenus qu’ils ont amassés en cueillant des bleuets, fait remarquer le président de la bleuetière. De
même, aujourd’hui, grâce à la cueillette, plusieurs familles membres des coopératives s’assurent que leurs enfants ne manquent de rien pour la rentrée scolaire. »

Au début des années 60, la région du Lac-Saint-Jean comptait 23 coopératives de cueilleurs qui représentaient, chacune, une soixantaine de familles. En fait, elles étaient, et le sont aujourd’hui encore, des coopératives de travailleurs. Au fil des ans, 13 d’entre elles ont été démantelées et absorbées par des industriels de la région, c’est-à-dire par les entreprises qui congèlent le bleuet. Huit coopératives sur dix vendent leur récolte à ces entreprises. Les deux autres acheminent leur production à une variété d’acheteurs.

À 87 ans, Josaphat Boutin, beau-père de Gérard Baril, est toujours producteur de bleuets. Il possède 100 acres en auto-cueillette à Saint-Félicien.

Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, la récolte de bleuets sauvages est partagée en deux groupes.
L’Association des cueilleurs compte quelque 1400 membres qui récoltent à la main, hors bleuetières – donc en forêts publiques – 35 % de la production de bleuets sauvages du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le reste, 65 % de la production, est assuré par un peu plus de 200 producteurs indépendants et membres du syndicat – parmi lesquels on retrouve producteurs agricoles, avocats, infirmiers, ouvriers et autres professionnels –, deux entreprises de congélation et une dizaine de coopératives de cueilleurs. Les terres appartiennent aux producteurs et aux entreprises ou encore, elles sont louées de l’État. La récolte est généralement mécanisée. Ceux qui approvisionnent le marché frais cueillent toutefois les fruits à la main. Le marché de la congélation avale 95 % de la production, et le reste, 5 %, se retrouve dans les marchés à l’état frais.

Gérard Baril prévient les consommateurs. « Les bleuets frais du “Lac-Saint-Jean” qu’on retrouve dans les marchés au cœur du mois de juillet, c’est de la frime, car la récolte, c’est en août que ça se passe... Certains vendeurs exploitent l’appellation “Lac-Saint-Jean”. »

« La productivité des bleuetières est en hausse, souligne Sylvain Brassard. Le rendement est passé de 300 livres à l’acre à environ 2000 livres de moyenne. Il faut de 8 à 10 ans pour qu’une bleuetière produise à son plein rendement. »

« Notre objectif, enchaîne Gérard Baril, c’est d’agrandir à l’extérieur comme à l’intérieur des clôtures. En d’autres mots, cela veut dire d’exploiter les terres qui ne le sont pas encore et de maximiser le rendement à l’acre des bleuetières. »

En effet, les projets ne manquent pas. Déjà, des rangées d’arbres plantés à intervalle de 400 pieds dans les bleuetières permettent, en hiver, d’accumuler la neige qui crée un isolant protecteur pour les plants et, en été, de conserver de multiples insectes utiles.

Le président songe notamment à des recherches qui permettraient d’identifier les variétés ou les plants les plus productifs, d’améliorer la fertilisation des bleuetières par la voie du fractionnement de l’azote afin de hausser le rendement à l’acre ou encore, d’exploiter la forêt à son plein potentiel. « On y retrouve, dit-il, une incroyable variété de champignons très prisés, qui n’attendent qu’à être cueillis et pour lesquels les consommateurs sont prêts à payer le prix fort. En agriculture, ce n’est pas la semaine de 35 heures qu’il nous faut, mais la journée de 35 heures », déclare Gérard Baril.

La population vieillit, les cueilleurs sont de moins en moins nombreux. Gérard Baril se questionne d’ailleurs sur l’avenir du réseau des coopératives de cueilleurs. « La relève sera-t-elle au rendez-vous? Il faut aussi former de véritables coopérateurs, qui assumeront la direction des coopératives et qui feront preuve d’une vision d’avenir. »



Daniel Fortin est l’un des propriétaires de deux entreprises familiales : Bleuets Fortin et Fils, qui se consacre à la production de bleuets, et Les Bleuets Mistassini ltée, spécialisée dans la congélation et la mise en marché du petit fruit bleu. Les deux entreprises sont situées à Dolbeau-Mistassini. Les autres propriétaires sont ses frères Claude et Daniel, ses sœurs Chantal et Marlène et le père de tout ce beau monde, Jean-Marie, le fondateur des deux entreprises.

« L’entreprise récolte, achète et commercialise environ 15 millions de livres de bleuets par année », indique Daniel Fortin. La famille s’approvisionne de plusieurs sources. Bleuets Fortin et Fils, qui a vu le jour en 1978, exploite 8000 acres de bleuets sauvages. Le rendement moyen est de près de 2000 livres à l’acre. Une dizaine de superviseurs gèrent chacun une quarantaine de cueilleurs en bleuetières durant les trois semaines que dure la récolte, en août. Des producteurs de la région de même que du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse acheminent aussi une partie de leur récolte à l’usine. En plus, Bleuets Fortin a mis en place un réseau d’une cinquantaine d’acheteurs en forêts. Les bleuets qui y sont cueillis, certifiés biologiques et représentant environ 30 % du total récolté par l’entreprise, sont commercialisés en divers formats.

L’entreprise récolte, achète, conditionne et commercialise 15 millions de livres de bleuets par année.

En période de pointe, l’usine de congélation emploie 175 personnes, contre une centaine le reste de l’année. L’usine fonctionne alors 7 jours par semaine, 24 heures par jour. On y traite quotidiennement entre 400 000 et 600 000 livres de bleuets.

En bleuetières, les fruits sont amassés dans des contenants de plastique de 30 livres. Une fois à l’usine, les petites perles bleues sont nettoyées en les débarrassant rapidement du feuillage, des branches et de la terre qui les souillent. Elles sont ensuite passées au bassin de flottaison, traitées dans deux tunnels de congélation rapide au rythme de 6000 ou 9000 livres à l’heure, triées selon leur grosseur puis entreposées en boîtes de 1200 livres dans l’espace de 40 000 pieds carrés que l’entreprise réserve à cet effet. Avant de les acheminer à la clientèle, une dernière vérification est effectuée dans la salle d’emballage pour assurer un très haut niveau de qualité. Les bleuets sont expédiés dans quelque 17 pays.

« La récolte en bleuetières est de plus en plus mécanisée, car il y a de moins en moins de cueilleurs, fait remarquer Daniel Fortin. La population vieillit et les jeunes quittent la région. La main-d’œuvre est difficile à trouver. »

Les bleuets congelés servent notamment à fabriquer des tartes, des muffins et des confitures. Mais pourquoi, selon vous, les deuxième et troisième transformations de ce petit fruit n’ont-elles jamais été développées? « En ce qui nous concerne, c’est tout simplement parce qu’on ne souhaite pas concurrencer les usines qu’on approvisionne. » Les Fortin ont quand même récemment mis sur pied, à Normandin, une petite usine de déshydratation du bleuet; un marché qui ne touche pas leur clientèle actuelle. Les petits fruits séchés sont vendus en formats de une livre et de quatre livres.

Puisque l’aménagement d’une bleuetière coûte très cher, on vise l’amélioration de celles déjà en production. Des chercheurs d’Agriculture et Agroalimentaire Canada se penchent justement sur l’amélioration du rendement. « Des rendements plus élevés à l’acre abaisseraient les coûts de production de l’usine et permettraient de combler un peu plus une demande en forte croissance qui n’est pas prête de ralentir, souligne Daniel Fortin. Des essais de fertilisation sont actuellement effectués avec des organo-minéraux tels que l’Hyper P, une source de phosphore protégée développée par La Coop fédérée. Réalisés en collaboration avec La Coop des deux rives de Normandin, ces essais ont pour but d’accroître la production à l’hectare tout en respectant l’environnement. » Le plan d’affaires des Fortin prévoit aussi l’achat de bleuetières si des occasions intéressantes se présentent.



La ferme de Michel Rivard, de Saint-Ambroise, au Saguenay, repose sur un sol sablonneux à haute teneur en top soil qui se prête bien à la culture des pommes de terre et des bleuets sauvages.

Le parcours de ce bon vivant est peu banal. Il quitte Alcan dans les années 70 pour s’en aller cultiver des patates. Ses collègues, à l’époque, le pensent littéralement cinglé et tentent de le décourager de se lancer dans cette aventure qu’ils jugent pour le moins incongrue. « Comment peut-on vouloir laisser tomber un emploi bien payé, la caisse de retraite et tout le reste pour se lancer en agriculture, voilà ce que me disaient mes confrères de travail. Mais je n’étais pas à ma place », fait savoir Michel Rivard qui insiste, en rigolant, que puisqu’il est né avant, le « vrai Michel Rivard » c’est lui, et non pas le chanteur bien connu.

Inutile de mentionner qu’il ne regrette pas son geste.

La production de pommes de terre va bon train quand, en 1979, un feu dévaste une de ses terres et donne lieu à une fabuleuse prolifération de plants de bleuets. Il n’y connaît strictement rien mais décide, avec son épouse, Claudette Girard, qu’il en sera tout autrement. Celle-ci l’influence d’ailleurs beaucoup. Lectures, visites et rencontres leur permettent de se familiariser avec la culture de ce petit fruit. Ils en deviennent littéralement passionnés. La bleuetière Michel Rivard voit le jour.

D’abord acheminés sur le marché local, les bleuets de Michel Rivard sont mûrs pour une plus vaste distribution. En 1982, un acheteur de bleuets lui offre son fonds de commerce. Michel Rivard saute sur l’occasion et, du coup, met la main sur une importante clientèle. Il vend ses bleuets à des distributeurs qui, eux, les acheminent sur les marchés. Mais avec le temps, toute cette chaîne d’acheteurs et de revendeurs grignote largement ses profits. « C’est là que j’ai pris la décision que j’allais moi-même m’occuper de la commercialisation de mes bleuets », souligne l’homme d’affaires qui, en 1987, prend le taureau par les cornes.

Les bleuets de Michel Rivard, qui se démarquent par leur couleur et leur goût, trouvent preneur à Montréal, Québec, Ottawa et Toronto.

Exaspéré de se faire exploiter et convaincu de la très haute qualité de son produit, il charge son camion de 300 paniers de 15 livres de bleuets puis fonce vers la métropole, au Marché Central, où il loue un emplacement pour 40 $ la nuit. « Les autres producteurs et revendeurs de bleuets se demandaient d’où je sortais et riaient de moi, dit-il. Ils vendaient leur panier de 15 livres 25 $ alors que moi, c’était 40 $ ou rien. On rigolait de plus belle. “Tu ne vendras jamais à ce prix-là”, disait-on. Je ne démordais pas. Certains acheteurs ont alors exigé de voir la marchandise. J’ai transvidé un panier plein dans un panier vide pour leur démontrer la qualité et, surtout, l’uniformité de mon produit. Mes 300 paniers se sont envolés en une soirée. » Résultat : les bleuets de Michel Rivard trouvent maintenant preneur à Jonquière, Chicoutimi, Montréal, Québec, Ottawa et Toronto. Il s’enorgueillit d’ailleurs d’approvisionner les banquets des congrès prestigieux, les hôtels cinq étoiles et les restaurants haut de gamme où on ne jure que par son produit.

« Mes bleuets se démarquent, assure le producteur de Saint-Ambroise. D’abord par leur couleur et leur goût, très particuliers en raison du sol dans lequel ils poussent, puis par leur uniformité et leur propreté. C’est pourquoi mes clients en redemandent. » Michel Rivard sait toutefois les tenir en haleine. Puisqu’il maîtrise bien les principes de l’offre et de la demande dans ce créneau, il n’inonde jamais le marché de ses produits.

La ferme de Michel Rivard compte environ 100 acres en pommes de terre et près de 50 acres en bleuets, dont 25 sont en production une année sur deux. Le rendement en petits fruits varie, en moyenne, de 1500 à 2000 livres à l’acre. L’entrepreneur possède aussi une autre bleuetière à Saguenay où il procède à des essais, dont il ne veut toutefois pas dévoiler le contenu, pour développer un produit nouveau, différent.

Après la cueillette, Michel Rivard laisse le temps aux sucres du plant de migrer vers la racine. Les parcelles sont fauchées vers la fin d’octobre ou le début de novembre. On les pulvérise ensuite pour se débarrasser des mauvaises herbes qui ont tendance à foisonner en raison de la haute teneur en matière organique des sols. Au printemps, les plants sont brûlés. Une pousse végétative s’ensuit. L’année suivante, les plants produisent les fruits qui seront récoltés au cours du mois d’août.

Les fruits ne poussent évidemment pas tout seuls. Bourdons, abeilles à miel et mégachiles sont mis à contribution pour la pollinisation des plants. Une part des bourdons provient d’entreprises québécoises qui offrent un service de pollinisation effectuée par des colonies élevées en ruches. Des bourdons aborigènes, qui nichent sur la ferme, contribuent aussi à la tâche. Enfin, Michel Rivard élève, en incubation, ses propres abeilles mégachiles.

Les cueilleurs sont formés afin qu’ils respectent les exigences de l’entreprise. Les fruits sont presque entièrement ramassés à la main, et de façon très méthodique, section par section,
« on avance comme des légionnaires », précise le producteur. Les bleuets qui ne sont pas cueillis à la main sont ramassés mécaniquement puis expédiés à l’usine de congélation de Saint-Bruno, dont Michel Rivard est actionnaire.

L’entreprise de Michel Rivard, qui offre en saison de récolte des forfaits repas et visites guidées, est en de bonnes mains pour ce qui est de son avenir. C’est la fille du producteur, Nathalie, et son conjoint, Pascal, qui se préparent à prendre la relève. Sous leur gouverne, le volet agrotouristique (dégustation, boutique, exposition, repas champêtre et autocueillette) prendra sans doute de l’ampleur.






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