Ce n’est plus un secret, les cours d’eau qui sillonnent nos campagnes sont en péril. Les activités humaines dégradent de façon considérable leur état. Mais la situation n’est pas irréversible…



Pour cerner la problématique, il importe de bien comprendre la notion de bassin versant. Ce terme fait référence à la superficie drainée par un cours d’eau principal ainsi que ses tributaires. Tout au long de son parcours vers des affluents de plus en plus importants, l’eau est affectée par les facteurs naturels et « humains » qu’elle rencontre. Comme chaque territoire couvert par un bassin versant est unique, il est important de connaître ses caractéristiques pour mettre en place des mesures adaptées d’assainissement de l’eau.

Les principaux polluants que l’on retrouve dans les cours d’eau sont générés par trois secteurs : industriel, municipal et agricole. Beaucoup d’efforts ont été déployés par chacun de ces secteurs. Cependant, force est de constater que du travail reste à faire : certaines industries contribuent de façon encore trop substantielle à la pollution ponctuelle de l’eau, les réseaux d’égouts et d’assainissement des eaux ne sont pas encore parfaits dans toutes les municipalités et des résidences isolées n’ont pas encore de système adéquat de traitement des eaux usées. Et le secteur agricole, malgré les efforts importants des dernières années, contribue toujours à certains problèmes de pollution et de dégradation des cours d’eau. Aucun de ces trois milieux ne peut se fermer les yeux et prétendre que les problèmes ne sont générés que par les autres secteurs.

Les sources de contamination agricole sont de deux ordres : ponctuel et diffus. La pollution ponctuelle, beaucoup plus facile à contrôler, est réglée en partie par les structures d’entreposage étanches des déjections animales. La pollution de source diffuse est quant à elle beaucoup plus compliquée à gérer, car plus difficile à quantifier, entre autres.

Cependant, la stratégie d’action vise trois niveaux :
• la gestion des intrants (notamment par le respect des quantités maximales permises selon les abaques du REA – Règlement sur les exploitations agricoles);
• les pratiques de conservation des sols (afin de préserver le sol et contenir ses éléments à l’intérieur des champs);
• les zones tampons (dernière ligne de défense).

De façon générale, des pratiques agricoles qui contribuent à réduire les pertes vers les cours d’eau sont essentielles.

La qualité de nos cours d’eau n’est pas seulement affectée par les polluants, mais également par une dégradation physique de ceux-ci. Par exemple, la vitesse d’écoulement de l’eau joue un rôle majeur dans l’érosion des berges et la déstabilisation des talus. Plusieurs facteurs l’influencent : la superficie drainée, la pente, le type de sol, la présence ou non de couvert végétal, le débit du cours d’eau. De plus, le redressement d’un cours d’eau contribue à augmenter la vitesse de l’eau de façon considérable.

Les résultats d’une étude portant sur l’érosion de la rivière Boyer, réalisée par l’Université Laval et l’IRDA, ont permis de démontrer une déportation de plus de 60 000 tonnes de sédiments de la rivière vers le Saint-Laurent. Les pertes de sédiments, transportés à cause de l’érosion des sols agricoles, ont des conséquences importantes sur la faune aquatique, par exemple, par l’ensablement de frayères, et sur la capacité de stockage de l’eau des lacs et des rivières. En effet, plus la quantité de sédiments transportés au cours d’eau est grande, plus l’espace originalement prévu pour l’eau est restreint. Les risques d’inondations et leur intensité sont d’autant plus augmentés.

Les sédiments ainsi transportés avec l’érosion de sols agricoles contiennent des nutriments tels du phosphore et des pesticides. Le phosphore est directement impliqué dans un phénomène maintenant bien connu : l’eutrophisation des cours d’eau.

Les producteurs eux-mêmes subissent les conséquences de ces pertes de terres agricoles, lesquelles entraînent des coûts récurrents, tels : blocages de ponceaux, décrochages de rives, affaissements de talus et pertes de la partie la plus fertile des terres. Des mesures de protection contribuent donc non seulement à améliorer la qualité des cours d’eau, mais également celle des terres agricoles.

En somme, les mesures d’assainissement des cours d’eau en milieu agricole se situent à deux niveaux :
• la limitation des sources de pollution (quantités appliquées aux champs et perte des sols agricoles);
• la restauration et la préservation des cours d’eau.


Limitation des sources de pollution
Le respect du plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF) contribue à contrôler les quantités de fertilisants appliquées. En ce qui concerne les pertes de sols agricoles, plusieurs mesures peuvent être mises en place, selon les problématiques observées et les caractéristiques du terrain concerné. Par exemple, les bandes riveraines ont pour but de contenir les sédiments sur la parcelle et de retenir, à l’intérieur du champ, nutriments et pesticides. Elles aident également à favoriser la régularisation des débits et de la température de l’eau et à maintenir la biodiversité. L’adoption de bonnes pratiques culturales, telles de meilleures rotations des cultures ou l’utilisation d’engrais verts, contribue à prévenir le ruissellement vers les cours d’eau et à assurer les conditions physiques du sol favorisant l’infiltration de l’eau. Plusieurs autres mesures, tels un drainage souterrain adéquat, une structure de captage ou de rigoles d’interception aux endroits stratégiques et des voies d’eau engazonnées, limitent de façon non négligeable la quantité de polluants migrant vers les cours d’eau.


Restauration et préservation des cours d’eau
À cet égard, le gouvernement a mis en place la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables qui concerne tous les plans d’eau, peu importe leur dimension ou leur débit, ou qu’ils soient naturels ou artificiels. Les fossés drainant plus de deux terrains en sont également touchés. L’application de cette politique est assurée par la réglementation municipale. Il est permis de cultiver à l’intérieur de la rive (en conservant une bande de végétation sans labour ni culture et d’une largeur minimale), de semer des herbacées, arbustes et arbres afin de créer un couvert végétal permanent, de la clôturer afin d’empêcher l’accès au bétail et de stabiliser les sorties de drains. Cependant, il est interdit, selon cette politique, de canaliser, creuser, modifier, prélever du gravier ou remblayer à même les cours d’eau ou de construire barrages ou digues.

Comme certains travaux d’aménagement requièrent des certificats d’autorisation et que plusieurs autres lois et règlements sont en cause, il est essentiel de consulter sa municipalité, à propos des règlements d’urbanisme, et le ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs afin être bien informé. De plus, ces organismes pourront vous guider concernant les différents programmes et aides financières disponibles.
Déjà, plusieurs outils de gestion sont en place (images aériennes, modèles numériques de terrains, modélisation des parcours d’écoulement de l’eau, visites de terrains, etc.) pour fournir aux intervenants les données nécessaires afin de choisir les mesures correctives appropriées, et ce, ferme par ferme. De tels outils permettront de cibler les actions selon les problématiques réelles observées à l’échelle du bassin versant avec, pour conséquence, de réels gains du point de vue de l’assainissement de l’eau.

En résumé, chaque geste, petit ou grand, fait pour la protection et la restauration d’un plan d’eau contribue à l’amélioration de la qualité d’une de nos plus grandes richesses. Devenez donc des gardiens de vos cours d’eau…




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