La principale entreprise d’abattage et de transformation de porc et de volaille au Canada est confrontée à une dure concurrence. De plus, un moratoire sur la production porcine au Québec, une hausse rapide et importante du dollar canadien et le resserrement de certains marchés, notamment au Japon, n’aident pas à la situation. Résultat : au cours des deux derniers exercices financiers, ses activités d’abattage et de transformation de porc au Québec ont subi d’importantes pertes. Loin de baisser les bras, Olymel, dont l’actionnaire majoritaire est La Coop fédérée, a fait le pari de la restructuration et du développement. Rationalisation, fusions, acquisitions et partenariats sont au programme pour redresser ses résultats et assurer sa croissance.


Le Coopérateur agricole : Quelles raisons ont motivé le regroupement d’Olymel et de Supraliment, du Groupe Brochu–Lafleur?

Réjean Nadeau : En 2002, nous avions déjà élaboré un partenariat avec le Groupe Brochu dans Aliments Prince. Cela a donné naissance à une nouvelle relation d’affaires avec un compétiteur, une situation impensable quelques années auparavant. Nous avons appris à nous connaître et à déterminer les forces et faiblesses de chacun. Dans un contexte de marché particulièrement difficile dans le secteur de l’abattage et de la transformation du porc au Québec, la fusion nous est apparue, d’une part, comme offrant un potentiel important de réduction de nos coûts et, d’autre part, comme une réponse adéquate à la concentration qui a cours depuis plusieurs années, tant du côté de notre clientèle, de nos fournisseurs que de nos compétiteurs.

Le Coopérateur agricole :Comment réussir à amener des gens qui se sont concurrencés pendant des années à travailler ensemble? Le défi est-il relevé ?

Réjean Nadeau : Dans nos relations chez Aliments Prince, on a réalisé que nos objectifs et notre souci de rentabilité et de contrôle des coûts étaient très semblables. Cette chimie nous a poussés à intégrer à la fois Supraliment et Aliments Prince. Dès le début, le mot d’ordre a été « Ensemble pour réussir » et l’intégration est pratiquement complétée.

Le Coopérateur agricole :La rationalisation dans le secteur de la surtransformation se poursuivra-t-elle mais, cette fois, dans le secteur du porc frais? Et est-ce que d’autres fermetures d’usines sont à prévoir?

Réjean Nadeau : La première étape de la rationalisation a touché la surtransformation. Nous avions trois usines de part et d’autre qui faisaient la même chose. L’usine de Granby a été fermée et ses opérations ont été transférées à Trois-Rivières. Les activités de l’usine de tranchage de Laval se font maintenant à Anjou et les opérations de l’usine de Magog sont exécutées à Saint-Henri. La situation qui perdure dans le porc frais, l’absence de croissance et même une certaine diminution de la production au Québec, de l’ordre de 350 000 porcs par rapport à l’an dernier, nous ont obligés à prendre des décisions importantes de réduction de nos coûts. Je fais ici référence, entre autres, à Saint-Hyacinthe et à Princeville. Nous devrons prendre d’autres décisions qui tiennent compte de notre nouvelle réalité opérationnelle, et ce, pour retrouver notre compétitivité sur les marchés et protéger ainsi l’avenir de la société et nos 9000 emplois au Québec.

Le Coopérateur agricole : Les négociations avec les employés des usines de Saint-Hyacinthe et Princeville sont maintenant réglées. Pourriez-vous en commenter brièvement le dénouement?

Réjean Nadeau : Nos travailleurs de Saint-Hyacinthe et de Princeville ont, il est évident, fait des choix difficiles à court terme, que ce soit pour conserver un emploi dans le cas de Saint-Hyacinthe ou pour le retrouver dans le cas de Princeville. Ces deux nouvelles ententes nous permettent d’envisager l’avenir avec confiance et devraient démontrer la justesse du choix qu’ont fait nos travailleurs de ces deux usines à moyen et long terme. Je me permets d’insister sur le fait que, malgré les concessions consenties, les conditions de ces travailleurs demeurent parmi les meilleures de notre industrie en Amérique du Nord et tout à fait compétitives à l’échelle régionale.

Le Coopérateur agricole : Vous avez récemment annoncé la construction d’une importante usine dans l’Ouest canadien. Décrivez-nous en quoi consiste le projet.

Réjean Nadeau : Il y a trois ans déjà, deux importantes entreprises de production porcine de l’Ouest canadien, en fait la deuxième dans le cas d’Hytek avec 48 000 truies, la troisième dans le cas de Big Sky avec 41 000 truies, avaient décidé de mettre sur pied leur propre entreprise d’abattage et de transformation. C’est dans ce contexte qu’ils nous ont identifiés et sollicités pour notre expertise opérationnelle et de mise en marché. Nos pourparlers ont abouti à l’annonce de la création d’Olywest et d’un investissement de 160 M$ pour la construction d’une nouvelle usine d’abattage et de transformation à Winnipeg, au Manitoba, dans laquelle Olymel prend une participation minoritaire. Nos deux nouveaux partenaires prennent en contrepartie une participation minoritaire dans notre usine de Red Deer en Alberta. Ce nouveau partenariat nous permet de développer une nouvelle force au Canada, dans une formule où aussi bien Olymel que nos partenaires retrouvent les avantages de l’intégration en termes d’assurance d’approvisionnement et de partage des risques.

Le Coopérateur agricole : Pour quelles raisons l’entreprise poursuit-elle un développement accéléré hors Québec?

Réjean Nadeau : Ce n’est pas d’hier que les perspectives limitées de croissance au Québec ont amené l’entreprise à se tourner vers l’extérieur. Les établissements de Red Deer, et bientôt Winnipeg, nous permettront d’augmenter notre accès au marché international. L’Ouest constitue un pôle naturel pour développer et combler nos marchés aux États-Unis, mais aussi au Japon, en Australie, en Corée et en Chine où la demande est soutenue et même en croissance. C’est la première raison. Ensuite, le contexte général de l’industrie dans l’Ouest, que ce soit au chapitre des coûts de main-d’œuvre, du poids des porcs ou de la façon de transiger, est actuellement plus compétitif et davantage comparable avec nos compétiteurs américains que ne l’est le Québec. Enfin, notre partenariat et les niveaux de croissance de la production porcine dans l’Ouest nous permettent d’y envisager un approvisionnement plus stable.

Le Coopérateur agricole : Pouvez-nous nous décrire quelles seront d’ici quelques années vos opérations dans l’Ouest?

Réjean Nadeau : Nous avons une usine d’abattage d’envergure à Red Deer, probablement l’une des plus modernes au monde, où l’on y démarre un deuxième quart de travail. D’ici cinq ans, on devrait y abattre de 80 000 à 85 000 porcs par semaine. À Winnipeg, les opérations devraient débuter en 2008 pour atteindre un volume de 45 000 porcs par semaine sur un horizon de quatre ans.

Le Coopérateur agricole : L’Ouest sera-t-il le château fort d’Olymel dans l’avenir?

Réjean Nadeau : Je n’insisterai pas assez sur le fait qu’Olymel est dans le secteur du porc, mais également celui de l’abattage de volaille de même que de la seconde transformation de porc et de volaille. Olymel compte 19 établissements au Québec, 9000 employés et la majorité de son chiffre d’affaires provient de ses opérations au Québec. Notre base d’affaires demeure donc majoritairement québécoise.

Le Coopérateur agricole :L’Ouest sert à approvisionner des marchés qu’Olymel avait déjà en Asie et aux États-Unis. Est-ce que de nouveaux marchés s’ouvrent grâce aux nouveaux établissements de l’Ouest?

Réjean Nadeau : Notre présence dans l’Ouest canadien nous permet d’accéder de façon plus économique et plus facile au marché nord-américain de l’Ouest et de la région Asie-Pacifique.

Le Coopérateur agricole : Que répondez-vous à ceux qui sont d’avis que le développement d’Olymel dans l’Ouest canadien se fait au détriment des producteurs du Québec?

Réjean Nadeau : On ne peut reprocher à une entreprise d’aller là où se trouve la croissance. Les résultats qu’Olymel obtient actuellement grâce à ses activités hors Québec bonifient le bilan de l’entreprise et permettent, dans le cas de Cornwall (bacon) et de Toronto (volaille), de valoriser la production québécoise de la ferme.

Le Coopérateur agricole :Quels sont les principaux concurrents d’Olymel sur les scènes nationale et internationale?

Réjean Nadeau :Du côté canadien, notre plus grand concurrent, c’est Maple Leaf. Aux États-Unis, c’est Smithfield, un géant, loin devant les Tyson-IBP, Cargill, Swift, Seaboard et Premium Standard Farms. Smithfield et Tyson-IBP sont nettement plus grandes que nous. Les autres sont plutôt de taille comparable à la nôtre. Du côté brésilien, il y a des entreprises en croissance, telles que Sadia et Perdigao. En Europe, le Danemark est notre principal concurrent. Enfin, certains joueurs en émergence nous viennent de la Chine, d’Europe de l’Est, du Chili et de la Russie.

Le Coopérateur agricole : Cela en fait beaucoup. Sont-ils actifs sur les mêmes marchés?

Réjean Nadeau : Pas tous. Les Américains et les Européens nous concurrencent au Japon. Les Brésiliens n’y sont pas en raison des équivalences sanitaires, mais on les retrouve en Russie. On ne se concurrence pas de la même façon et pas nécessairement avec les mêmes produits. Les Européens ont le marché de l’Europe où, par exemple, ils vendent leurs fesses de porc avec une prime très importante, puis écoulent d’autres produits à l’exportation à des prix inférieurs. Le porc est une denrée qui se transige au niveau mondial dans un marché en croissance au fur et à mesure de l’enrichissement de certaines populations. La demande et l’offre varient beaucoup en fonction d’une multitude de facteurs, que ce soit la variation des taux de change, les problèmes sanitaires ou autres.

Le Coopérateur agricole : Les concurrents d’Olymel sur la scène nationale et internationale sont de plus en plus intégrés, y a-t-il un avenir pour les producteurs indépendants avec Olymel?

Réjean Nadeau : Des modèles d’intégration se développent un peu partout autour de nous. Le Danemark a mis sur pied une structure intégrée et coopérative qui, avec le temps, est devenue un quasi-monopole, qui regroupe 95 % des activités porcines de ce pays. Ils oeuvrent dans le contexte de la Communauté économique européenne, donc avec certains soutiens et un accès à ce marché, qui leur procurent des avantages importants. Aux États-Unis, Smithfield mise sur une importante stratégie d’intégration qui lui a servi au cours des dernières années. Maple Leaf a aussi une stratégie d’intégration. Dans notre cas, même si nous ne pouvons pas parler d’intégration au sens propre, il faut se rappeler qu’Olymel est la propriété d’entreprises fortement impliquées en production porcine : La Coop fédérée, actionnaire majoritaire, et Agri-Marché, le second en importance, devraient nous permettre de mieux coordonner nos actions et nos activités. Dans ce contexte, je souligne l’heureuse initiative du porc coop.

Dans le cas de l’Ouest canadien, notre nouveau partenariat nous permettra de bénéficier pleinement des avantages de l’intégration, et c’est un modèle dont on aurait intérêt à s’inspirer d’ailleurs.

Le Coopérateur agricole : Olymel a souvent été interpellée dans le cadre de la crise de la vache folle pour qu’elle s’engage dans l’abattage et la commercialisation de vaches de réforme. Y a-t-il encore des projets en ce sens?

Réjean Nadeau : Nous avions formulé une proposition aux intervenants dans le secteur de la vache de réforme, mais elle n’a pas été retenue. L’achat de l’abattoir Colbex par les producteurs a mis fin à ce dossier en ce qui nous concerne.

Le Coopérateur agricole : Qu’en est-il de l’abattage et de la commercialisation de la truie de réforme?

Réjean Nadeau : Divers projets sont actuellement à l’étude et lorsque la nouvelle convention de mise en marché, déjà décidée par la Régie des marchés agricoles, sera mise en vigueur, nous serons prêts.

Le Coopérateur agricole :Quels sont les grands enjeux auxquels Olymel devra faire face à court, moyen et long terme?

Réjean Nadeau : Olymel est de plain-pied dans la restructuration du secteur des viandes qui a cours actuellement au Canada. Nos défis sont nombreux. Du côté de la volaille : maintenir notre niveau actuel de rentabilité et tirer notre épingle du jeu dans cette industrie canadienne encore très fragmentée, qui devrait connaître une certaine consolidation au cours des prochaines années. Du côté porc frais : il faut d’abord maximiser les synergies d’opération qui découlent de la fusion avec Supraliment et de l’intégration d’Aliments Prince, puis roder au plus vite le deuxième quart de travail et le nouveau centre de distribution à Red Deer. Avec notre projet du Manitoba, nous serons les mieux positionnés à travers le Canada dans le secteur de l’abattage du porc. En parallèle, nous devons miser sur le développement et la pénétration de nos gammes de produits de seconde transformation, que ce soit de porc ou de volaille, nos marques nationales et privées, tant sur l’ensemble des marchés intérieurs que sur les marchés d’exportation. Oui, les défis sont grands, mais les actions entreprises depuis quelques années déjà commencent à donner des résultats et nous laissent entrevoir l’avenir de façon positive.


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