À Saint-Albert, on fabrique du cheddar depuis 112 ans. L’âge vénérable de la fromagerie coopérative du village ne freine en rien ses ardeurs. Voilà qu’elle se lance dans le commerce de détail et ouvre une première épicerie fine à Orléans, en banlieue d’Ottawa.

« On a toujours pris du St-Albert. » Laurette Régimbald est l’une des premières clientes de Cheddar et cetera, la toute nouvelle boutique de la Fromagerie coopérative St-Albert inc. Spontané, le commentaire de cette dame âgée illustre à quel point le cheddar, particulièrement celui de Saint-Albert, fait partie du quotidien des Franco-Ontariens.

La Fromagerie St-Albert est la seule survivante d’une époque où la transformation du lait se faisait sur chaque rang de l’Est agricole ontarien. Véritable fleuron de l’économie régionale, son chiffre d’affaires atteint aujourd’hui les 25 millions $. Tous les jours, elle livre ses fromages aussi loin que Kingston et Sudbury, dans l’est et le nord de la province.

Le cheddar de Saint-Albert est fabriqué la nuit, empaqueté au petit matin et livré sept jours sur sept.

Son nouvel établissement met d’abord en valeur son produit vedette : le cheddar, qu’il soit frais, vieilli, marbré ou en grains. S’ajoute une sélection de fromages fins d’ailleurs, de charcuteries, d’olives, de cafés et de confitures. Sandwiches, salades et pâtes sont également offerts, pour emporter ou déguster sur place.

« Les gens d’aujourd’hui veulent que ça aille vite, mais ils ne veulent plus de fast-food, observe le directeur de la coopérative, Réjean Ouimet. Ils passent leur temps à courir. On veut qu’ils courent par ici! »

Fromagerie et épicerie fine. Le concept est unique, selon Josée Ménard, l’une des consultantes retenues pour guider la coopérative de Saint-Albert dans sa nouvelle aventure. « Nous avons été audacieux. On nous a fait remarquer que la clientèle d’Orléans n’était pas celle du Plateau-Mont-Royal. Mais pourquoi ne pas offrir ce type de magasin aux gens des banlieues? »

À Ottawa, il n’y a à peu près que dans le secteur du Marché By, au centre-ville, que l’on retrouve des magasins d’alimentation spécialisés.

« C’est une question de qualité de vie. La nourriture a été transformée en simple marchandise et les gens n’ont plus tous envie d’avoir à traverser un magasin de 150 000 pieds carrés pour trouver ce qu’ils cherchent », souligne le conseiller Doug Feltmate, de Designed Food Systems.
Chez Cheddar et cetera, on se distinguera en offrant en permanence un maximum de produits locaux, en appui à un secteur agroalimentaire qui tarde à se diversifier dans l’Est ontarien. Un partenariat avec l’Union des cultivateurs franco-ontariens est en préparation.

Aux valeurs de la coopération s’ajouteront des principes écologiques. Cheddar et cetera est la première en Ontario à utiliser les sacs en polyéthylène EPI de NaturSac, qui se dégradent par bioassimilation en 12 mois.


Feu vert
Les 40 producteurs laitiers propriétaires de la Fromagerie coopérative St-Albert inc. ont longuement hésité avant d’aller de l’avant. Les ventes aux consommateurs à la fromagerie même sont en baisse depuis quelques années. L’arrêt obligé que s’imposent tant d’automobilistes empruntant l’autoroute 417 n’est plus aussi populaire. Même avec de nouvelles variétés de fromages bien accueillies en épicerie et un « Festival de la Curd » qui fait salle comble avec Boom Desjardins ou Les Respectables, la croissance s’essouffle.

La Fromagerie veut se rapprocher de sa clientèle, explique M. Ouimet. Longtemps majoritaires dans leur quartier, les francophones d’Orléans connaissent bien le cheddar de Saint-Albert. De plus, on a choisi d’installer Cheddar et cetera sur le chemin Trim, dans un secteur où les nouvelles résidences poussent comme des champignons.

« Les membres ont donné le feu vert. Il y a eu des réticences, parce que la tendance est plutôt aux grandes surfaces. Mais nous avons un marché niche et un bon concept », confie le président de la coopérative, Jean Gour, lui-même copropriétaire d’un troupeau de 75 vaches en lactation.

Cette niche est celle d’un produit de qualité, toujours frais. Le cheddar de Saint-Albert est fabriqué la nuit, empaqueté au petit matin et livré sept jours sur sept. « Nous avons un cheddar spécial. Nous ne le fabriquons qu’avec du lait. Il n’y a pas de poudre de Nouvelle-Zélande dedans! », lance
le directeur Réjean Ouimet, en allusion aux ingrédients de lait modifié que l’on retrouve notamment dans les fromages des marques maison des grands magasins d’alimentation.
La Fromagerie veut se rapprocher de sa clientèle, explique M. Ouimet. Longtemps majoritaires dans leur quartier, les francophones d’Orléans connaissent bien le cheddar de Saint-Albert. De plus, on a choisi d’installer Cheddar et cetera sur le chemin Trim, dans un secteur où les nouvelles résidences poussent comme des champignons.

D’autres marchés seront ciblés d’ici un an, celui de Montréal figurant en tête de liste. Cette fois-ci, le défi sera de taille. Les épiceries fines y sont déjà nombreuses et le fromage St-Albert, peu connu. Mis à part ceux de l’Outaouais et des Laurentides, les magasins d’alimentation du Québec ont toujours préféré laisser leurs tablettes aux fromages québécois. Les cousins de l’Ontario n’ont pas dit leur dernier mot.


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