Dans le monde très compétitif de la production maraîchère, il faut innover, faire différemment pour se tailler une place de choix. « La production a rattrapé la consommation allègrement », selon François Cousineau, producteur de brocoli des Jardins Paul Cousineau. « Nous produisons deux, sinon trois fois ce que l’on consomme au Québec. Le marché est beaucoup plus difficile aujourd’hui. Il faut vendre beaucoup plus loin. »

L’entreprise familiale établie en 1965 par Paul et Jeanne-D’Arc Cousineau est devenue la plus grosse productrice et distributrice de brocolis frais au Canada. Jeanne-D’Arc Cousineau ainsi que 8 de leurs 10 enfants sont toujours actifs dans l’entreprise et forment une équipe productive et efficace. « Si nous étions en affaires séparément, nous serions tous des petits producteurs et, probablement, plus en affaires car, dans le marché aujourd’hui, c’est difficile d’être petit. » L’entreprise de Saint-Constant, située à quelques minutes du centre-ville de Montréal, cultive huit variétés de brocolis sur 330 hectares, en rotation avec 153 hectares de maïs sucré.

La consommation de brocoli fait maintenant partie intégrante de l’alimentation nord-américaine. Celle-ci a fait un bond extraordinaire de plus de 900 % depuis 20 ans. En 2005, 4725 hectares* de brocolis ont été plantés au Canada et la disparition (quantité achetée) a atteint 3,14 kg de brocolis par personne*, bien que la consommation réelle se chiffre aux alentours de 1,41 kg par personne* (le reste, vous le devinez, finit dans les poubelles…). Compte tenu des qualités anticancéreuses du brocoli, il est dommage de constater qu’il ne représente que 1,8 % des légumes que nous consommons annuellement.

De gauche à droite, à l’arrière-plan : Véronique, François, Jeanne-D’Arc, Jean-Marie et Jacinthe Cousineau. À l’avant-plan : Martin, Laurent, Pascal et Vincent.

Les brocolis des Jardins Paul Cousineau & Fils se retrouvent partout à travers le Québec, l’Ontario et dans les provinces maritimes. De plus, située stratégiquement près de la frontière américaine, l’entreprise a réussi à se tailler une place de choix dans plusieurs États américains, du nord-est jusqu’au centre des États-Unis. Afin de répondre aux besoins du marché, la société s’est dotée d’une flotte de 31 camions et 39 remorques réfrigérées et fonctionne sur le principe just-in-time garantissant une livraison de son produit en 24 heures.

« C’est une de nos forces que de pouvoir s’adapter aux besoins de nos clients, qu’il s’agisse de livrer rapidement ou d’arrêter une livraison. Quand un camion part de la Californie, rendu au Colorado, tu ne peux pas lui dire d’arrêter d’avancer. Le camionneur s’en fout. Il est payé pour effectuer le transport. C’est au client de s’arranger avec le produit », explique François Cousineau, dont les immenses entrepôts réfrigérés permettent à ses clients de retarder une livraison et mieux gérer leurs inventaires.

Transiger avec nos voisins du Sud a aussi sa part de frustrations. « Le taux de change actuel nous fait très mal, mais contrairement à ce que les gens peuvent penser, le prix du transport n’est pas un ennemi parce que notre principal compétiteur est à 5000 km, poursuit M. Cousineau. En étant à moins de 500 km de notre marché, nous sommes gagnants. » Si les récentes hausses du huard ont aminci les profits, les nouvelles exigences américaines en matière de biosécurité ont pour leur part alourdi le processus administratif. La mise en place du système C-TPAT (partenariat entre les douanes et les entreprises contre le terrorisme), semblable au programme canadien PEP mais plus complexe, vise à assurer la sécurité des aliments et facilite le passage frontalier. Il est facile de comprendre que si votre principal atout est de livrer en deçà de 24 heures, votre chargement a intérêt à ne pas en passer 12 bloqué aux douanes…

La culture des brocolis est très complexe. Il n’existe pas d’herbicide efficace et la fertilisation doit se faire par petites doses et doit être bien répartie. La récolte demande une manutention particulière, de l’équipement pour la réfrigération et des entrepôts réfrigérés. Toutes les étapes requièrent de la main-d’œuvre, si rare dans la région que les Cousineau, comme plusieurs autres producteurs d’ailleurs, ont dû embaucher des travailleurs mexicains ou guatémaltèques pour répondre à leurs besoins. « Nous logeons tous nos travailleurs saisonniers. Ça demande toute une organisation : il faut s’occuper des billets d’avion, des passeports, des roulottes, des draps, de la vaisselle, des visites aux médecins, sans compter qu’il faut aussi parler trois langues : le français, l’anglais et l’espagnol. Après les heures de travail, tu peux ranger les machines, mais les employés, il faut continuer de s’en occuper. »

Les changements climatiques apportent aussi leur part de maux de tête, car les brocolis, on le sait bien, n’aiment pas la chaleur. « Le Québec devient de plus en plus chaud », explique M. Cousineau.

L’entreprise de Saint-Constant cultive huit variétés de brocolis sur 330 hectares, en rotation avec 153 hectares de maïs sucré.

« La neige, c’est le meilleur thermomètre qu’il n’y a pas et nous n’avons plus de neige! Anciennement, tu ne pouvais pas laisser traîner des outils ou un 2 x 4 traîner dans la cour, tu ne l’aurais pas retrouvé. Là, on ne se casse plus la tête, il n’y a pas de neige avant le mois de décembre. Ceux qui font de la motoneige le savent, la saison en Montérégie dure 12 heures! L’été 2005 a été plus chaud que normal et c’est loin d’être fini. » Par conséquent, la récolte a été devancée de 15 jours et a causé de sérieux problèmes de mise en marché.

La surabondance du produit a créé une congestion et fait chuter les prix. Pour cette denrée périssable, les canicules ont un effet désastreux à tous points de vue. Les brocolis ont dû être récoltés plus petits car, poussant très vite, ils n’auraient plus été bons lors d’une deuxième récolte, trois jours plus tard. Le personnel et la main-d’œuvre ne sont pas prêts d’oublier les semaines de sept jours et les journées de 12 heures de l’été 2005.

Après tant de travail, se voir attribuer la médaille d’or fait plaisir. Il s’agit après tout d’un gage de reconnaissance du milieu et de ses pairs. L’équipe dédie cette médaille à ses parents qui lui ont légué bien plus qu’une entreprise : des valeurs familiales solides et le goût du travail bien fait. « Gagner la médaille d’or, ça change pas le monde, mais… », dit François Cousineau avec le plus grand des sourires… L’entreprise a déjà pris la ferme résolution de continuer à innover, à s’améliorer. La prochaine croisade, m’annonce-t-on, sera de convaincre les gens des bienfaits des légumes traditionnels. La crainte des pesticides ayant fortement affecté la consommation des légumes traditionnels, plusieurs producteurs n’auront pas le choix de faire le saut vers les légumes biologiques… un autre défi de taille à relever!.

*Chiffres fournis par Statistique Canada.





La protection des ressources naturelles est une priorité pour l’entreprise Paul-Émile Toupin & Fils inc., médaillée de bronze de l’Ordre national du mérite agricole.



Mario et Serge Toupin et leurs conjointes Lise et Lisette sont propriétaires de la ferme familiale située à Saint-Jean-sur-Richelieu, à 30 km de Montréal. Établie en 1946, l’exploitation spécialisée dans la production laitière et végétale compte 130 têtes de bétail, dont 84 vaches laitières. Ils exploitent l’entreprise avec l’aide de Laurent, fils de Serge, et de trois employés.
Fiers de leur médaille de bronze, les propriétaires se disent surpris d’avoir gagné alors qu’ils participaient au concours pour la toute première fois. Ils considèrent le mérite agricole comme une très grande reconnaissance des efforts apportés à l’entreprise et un outil de travail efficace pour améliorer leurs opérations. « Quand on opère notre entreprise, on a moins tendance à voir nos points faibles. On se dit que tout est correct », souligne Mario Toupin. « Même si on fait partie de syndicats de gestion, d’un club agro-environnemental, qu’on fait des analyses de groupe et que l’on a la chance d’être conseillés par un agronome, le concours du mérite agricole nous a apporté un autre volet qui va nous aider à aller vers l’excellence. Ça ne saurait qu’améliorer la rentabilité de notre entreprise. »

« L’impulsion n’a jamais servi son homme », affirme le dicton, et les Toupin préfèrent se fier à un plan d’entreprise à long terme plutôt que d’essayer de miser sur le marché des commodités. Les grandes cultures représentent 45 % de leurs activités et celles-ci ont dû, cette année, être subventionnées par leur production laitière. Malgré tout, ils demeurent persuadés que les prix se redresseront sous peu. « On sait qu’avec le temps, les choses s’arrangent normalement », poursuit Mario Toupin. « La crise de la vache folle n’a pas été facile pour les éleveurs et là, nous sommes dans le processus de rejoindre des prix respectables, qui se rapprochent de ceux que l’on obtenait avant la crise, pour les jeunes veaux et la vache de réforme. »

Fortement impliqué dans son milieu, le producteur a siégé pendant plus de 20 ans au Syndicat de l’UPA de l’Acadie, en plus d’une bonne dizaine d’années au sein de son syndicat de gestion.

Les Toupin considèrent le mérite agricole comme une très grande reconnaissance des efforts apportés à l’entreprise et un outil de travail efficace pour améliorer leurs opérations.

Il croit fermement que les agriculteurs sont conscients, pour la plupart, de l’importance de la conservation et du respect de nos ressources naturelles. Il y a toujours place à amélioration selon lui, qui préférerait voir des campagnes de sensibilisation mises sur pied au lieu que soient imposées des lois abusives. « C’est plus efficace d’amener les gens à changer leurs habitudes par conviction plutôt que par obligation », explique Mario Toupin, dont la région ne compte plus que quelques fermes laitières et d’élevage bovin, mais où l’on retrouve encore beaucoup de grandes
cultures. « Nous vivons en banlieue bien que nous soyons en milieu agricole. » Dans ces régions qui présentent de moins en moins de coupures franches entre les milieux urbains et les milieux ruraux, mais un continuum avec des zones plus habitées et des zones moins habitées, développer une bonne communication et le respect d’autrui est d’autant plus essentiel.

Cela dit, le producteur, comme plusieurs dans la région, surveille de près les demandes de dézonage de terres agricoles. « Les gens ont souvent tendance à prendre les solutions les plus faciles, qui dérangent le moins de monde », poursuit-il. Minoritaires en termes de population, il croit que le message des agriculteurs passe trop souvent inaperçu. « Il faut être respectueux de notre agriculture et faire en sorte d’en assurer la continuité. C’est insensé de vouloir couper des terres en deux pour faire passer une route! Nous parlons de l’eau, de l’air en tant que richesses, mais il est temps de penser aux terres agricoles comme étant une richesse qui nourrit le monde. C’est une ressource à protéger. »


Des pratiques respectueuses de l’environnement
Les Toupin cultivent sur leurs 330 hectares de terrain le maïs-grain, l’orge de semence, le soya et une variété de plantes fourragères. Ils ont mis en place de nouvelles pratiques culturales dans la gestion de leurs champs, telles que le travail minimal des sols et les semis directs. L’acquisition d’un système GPS pour l’épandage des engrais minéraux et des pesticides a permis des applications plus exactes. L’arrosage en bandes du maïs et le sarclage mécanique ont aussi grandement réduit les quantités d’herbicides utilisées. Les Toupin ont également choisi d’inclure des céréales dans leurs rotations, permettant ainsi l’épandage de fumier plus tôt en saison, pour ensuite semer des engrais verts. Des pratiques ont aussi été mises en place pour la protection des bandes riveraines, des fossés et des décharges afin de protéger les cours d’eau. Finalement, des tests de fertilisation, faits de façon systématique, ont réduit les quantités à ajouter, sans compter tout le carburant qui aurait été brûlé dans le processus… de vraies économies d’échelle à tous les points de vue.


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