Employée de La Coop fédérée depuis 1997, j’ai découvert l’organisation coopérative et ses valeurs qui me sont apparues comme le modèle à suivre. Je me suis donc inscrite en 2000 à la maîtrise en gestion du développement des coopératives et des collectivités donnée par l’Institut de recherche et d’enseignement pour les coopératives de l’Université de Sherbrooke (IRECUS). Au cours de ce cheminement académique, j’ai eu le privilège de redécouvrir les coopératives québécoises. Les coopératives agricoles et La Coop fédérée, bien sûr, mais aussi Desjardins, les coopératives forestières, funéraires, de travail et de solidarité. Le courage, le dynamisme et la vision des fondateurs sont tout à leur honneur. Les retombées que ces coopératives ont eues sur notre société sont importantes et, malheureusement, peu connues : équilibre fournisseur - client, création d’emplois, accès à du financement et des services de santé, contrôle des coûts de service et j’en passe. Mais la surprise a été d’autant plus forte lorsque j’ai entendu parler dans un cours d’économie sociale que, dans des pays en voie de développement, des populations démunies se prennent en main et choisissent l’outil collectif et coopératif pour passer de l’espoir à l’action et commencer à bâtir un monde meilleur.

Un cas bien particulier m’a attirée : Villa El Salvador, un bidonville situé tout près de Lima. Le Pérou étant déjà sur ma liste de destinations-voyage depuis un bon moment en raison du mysticisme du Machu Picchu (cité inca ignorée des conquérants espagnols et découverte en 1911), l’occasion de constater de visu les efforts d’une collectivité comme celle de Villa El Salvador constituait maintenant un boni. Le printemps dernier, je me suis donc envolée pour le Pérou avec mon partenaire de vie, un coopérateur invétéré. Nous avons eu le bonheur de rencontrer sur place des coopérants convaincus et convaincants, dont Miguel Elmeyda. On nous a raconté l’histoire de ce bidonville et des répercussions du modèle coopératif sur sa population.

Une partie du Machu Picchu, cité ignorée des conquérants espagnols et découverte en 1911.

Villa El Salvador est un bidonville de 350 000 habitants bâti dans le désert autour de Lima. Les premiers occupants sont arrivés des montagnes au début des années 70 pour essayer de trouver du travail en ville.

Ils se sont débrouillés pour survivre grâce à une forme particulière d’organisation sociale. Villa El Salvador est organisée en plusieurs groupes résidentiels formés de 10 à 15 pâtés de 24 maisons, regroupant environ 380 familles, soit entre 2000 et 2500 personnes. Chacun des pâtés de maisons a son représentant à la Ville et divers comités sont formés pour améliorer tous les aspects de la vie quotidienne : santé, scolarité, économie. De plus, le bidonville a développé son économie, notamment son parc industriel, sous forme de partenariat. Le modèle de gestion est très démocratique et basé sur plusieurs valeurs de la coopération. Voici quelques exemples concrets de ce qui s’y fait.

Organisation de cuisines collectives. L’idée des cuisines collectives des quartiers défavorisés de Montréal vient d’ailleurs de là-bas. La coopération, ça ne se fait pas seulement du Nord au Sud mais aussi du Sud au Nord.
Création de garderies d’entraide permettant ainsi aux mamans d’aller chercher un revenu à la ville.
Construction d’écoles, qui a entraîné, dans ce bidonville, l’atteinte du taux d’alphabétisation le plus élevé au Pérou.
Implantation d’une formation pour les jeunes travailleurs de rue afin d'éviter qu’ils soient entraînés dans la drogue et la prostitution.
Création de coopératives de travail dans le meuble, entre autres, mais aussi dans l’agroalimentaire (usine de produits laitiers). Les gens riches de Lima viennent y acheter leurs meubles.
Formation de troupes de théâtre pour accroître la fierté des jeunes. Miguel Elmeyda, qui nous a guidés pendant la visite, est responsable de ces troupes et lui-même issu de cette communauté. Il est maintenant un auteur reconnu en Amérique latine. Il a deux romans à son actif et a participé à des échanges internationaux avec ses troupes de théâtre. Ils se sont déjà produits au Québec en collaboration avec le Théâtre Parminou de Victoriaville.

Toutes ces actions, et bien d’autres, ont valu à Villa El Salvador l’honneur d’être en lice pour le prix Nobel de la paix.

Malheureusement, au Pérou, ce n’est pas comme à Walt Disney; les histoires ne finissent pas toujours bien. En effet, à cause des chambardements politiques et sociaux, les coopérants de Villa El Salvador ont été perçus comme une menace et se sont retrouvés « entre l’arbre et l’écorce », soit entre le gouvernement et les révolutionnaires. Menaces de mort, pots-de-vin, meurtres et promesses gouvernementales ont eu raison de la flamme… pour un moment. Miguel nous a informés que la population de plus de 350 000 personnes, déçue mais plus forte et solidaire que jamais, a décidé de reprendre ses activités. Une preuve que les fleurs (la solidarité économique et sociale) peuvent pousser dans le désert (le capitalisme pur et dur).

Et vous? Et nous? Solidairement, que pourrions-nous faire? Peut-être que le Nord pourrait aider le Sud! Pour notre part, mon partenaire et moi, nous retournerons au Pérou dans quelques années, pour y constater à nouveau ce qui s’y fait et nous assurer que l’histoire finira bien, car ce peuple a gagné notre respect, mais aussi notre coeur!

Si vous voulez en connaître davantage sur Villa El Salvador, consultez le site Internet suivant : http://www.amigosdevilla.it/.


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