Francine Ferland n’était pas, selon elle, prédisposée à une carrière publique. Jeune adulte, elle était plutôt timide et complexée avec ses 5 pieds 8 pouces et ses quelque 115 livres. Après la naissance de ses quatre enfants, elle s’épanouit à coup d’implications, d’abord au comité d’école, ensuite à titre de marguillière, d’administratrice à Unicoop et à La Coop fédérée. À l’été 2005, on sollicite ses services au Conseil du statut de la femme.

Francine a grandi sur une ferme à Saint-Gilles, dans Lotbinière. Elle est la troisième d’une famille de sept enfants, confortablement blottie entre deux garçons. Son père était aussi menuisier et travaillait neuf mois par année pour des entrepreneurs.

Bien que Francine dit avoir été une enfant timide et réservée, ce n’est pas l’avis de Martine, sa sœur cadette : « Elle a toujours été une meneuse, une femme de décision. Quand notre père s’absentait pour son travail et que notre mère devait être à l’étable, Francine était notre deuxième mère et il fallait l’écouter. Mais elle avait le tour avec nous. »

À l’école, elle a sauté sa première année, elle connaissait déjà le programme. « Elle a toujours eu du talent, commente sa sœur, autant manuellement qu’intellectuellement. »

Ses premières implications, à l’école et dans les activités de ses enfants, visaient surtout à changer d’air après 6 ans de couches et de biberons. Sans doute qu’elle faisait sa marque partout puisque jamais elle n’a sollicité les fonctions qu’on lui proposait.

C’est ainsi qu’en 1986, on lui offre le poste de marguillière. « Ces fonctions étaient plus administratives et plus engageantes que celles déjà occupées, mais ayant acquis de l’expérience et de la confiance, j’ai accepté. »

Avant la fin de son mandat, un producteur agricole vient lui proposer de le remplacer au conseil d’administration d’Unicoop. Son premier réflexe est de refuser, estimant qu’elle n’était pas qualifiée pour ces fonctions. Le producteur lui conseille de bien y réfléchir en soulignant qu’il aimerait donner la chance à une femme. Elle accepte, bien qu’elle ait de l’opposition. Elle est élue et occupera les fonctions pendant 14 ans.

En 1997, elle s’inscrit à un cours de secrétariat au Collège O’Sullivan de Québec. Par cette formation, elle réalise un rêve. « Si l’école avait été plus facilement accessible, j’aurais certainement poursuivi des études. » Elle termine sa formation avec mention en décembre 1998, non sans avoir dû gérer quelques conflits d’horaire, parce qu’elle n’avait pas prévu ce qui l’attendait cette année-là…

Francine est une heureuse grand-mère de deux petits garçons et d’une petite fille. Trois autres petits-enfants sont prévus pour l’année en cours. Sur la photo : Jean-Samuel et Marc-Antoine.

En effet, au début de 1998, à l’occasion de la Tournée du président, elle apprend qu’on créera un siège réservé à une femme au conseil de La Coop fédérée. « Je n’étais pas d’accord avec cette façon de faire, commente-t-elle. Pour moi, c’était comme entrer par la porte d’en arrière. »

À cette même Tournée, elle rencontre Mario Dumais, alors secrétaire général à La Coop fédérée, qui lui demande si elle posera sa candidature, soulignant qu’elle était l’une des quelques femmes à posséder l’expérience nécessaire pour ce poste. Déchirée, elle ne sait plus quoi penser.

Une femme d’affaires de sa région la convainc que le chemin qu’elle emprunte pour se retrouver à la table d’un conseil d’administration n’a pas d’importance. L’essentiel est d’être en position de faire changer les choses, et c’est plus facile de l’intérieur que de l’extérieur.

Le jour de l’assemblée annuelle 1998, toutes les femmes déléguées sont invitées à se réunir pour se connaître et, pour celles que le poste intéresse, faire valoir leur candidature. « L’atmosphère était gaie et fébrile. Les femmes sentaient bien que l’enjeu était important : une femme allait enfin siéger au conseil de La Coop fédérée. Du jamais vu en 76 ans! », raconte Colette Lebel, animatrice à cette rencontre et directrice des Affaires coopératives à La Coop fédérée.

« Elle a pris sa place facilement, commente le président de La Coop fédérée, Denis Richard. C’est une personne structurée, méthodique et qui exprime facilement son point de vue. Elle a su se démarquer notamment au comité de vérification, où elle a été active pendant quatre ans, dont deux ans à titre de présidente. »

Ghislain Cloutier, premier vice-président, connaît Francine depuis 1990 parce que tous deux ont siégé à Unicoop : « Elle est entrée au conseil d’Unicoop comme un homme. Elle s’est bien intégrée et comprenait les dossiers rapidement. Francine a travaillé fort à placer l’éducation coopérative au rang des priorités et elle a réussi. Elle a fait en sorte, notamment, que deux jeunes de la relève participent régulièrement à ce comité. »

D’ailleurs, quand on lui demande quelles sont ses plus grandes préoccupations, elle répond dans l’ordre : « la place des femmes aux instances, l’implication de la relève, la promotion de la coopération et l’agriculture ».

Linda Goupil, ancienne ministre de la Justice et de la Condition féminine, et parlementaire, a connu Francine à l’occasion du colloque Agricultrices présentes! qui s’est tenu en octobre 2000 : « Ce qui m’a frappé de cette femme est sa lucidité à reconnaître les défis, sa capacité à croire en des solutions et sa foi en l’avenir. À son contact, on a le goût de passer à l’action. »

Au tournant de l’année 2000, ses implications sont nombreuses : Syndicat des agricultrices de la Beauce, Centre local de développement de la MRC de Bellechasse et, plus tard, Magasin CO-OP de Saint-Anselme et Comité directeur de l’IDC, un programme du gouvernement fédéral qui subventionne des projets de coopératives à travers le Canada.

Durant ces mêmes années, elle œuvre au sein de la Coopérative de développement régional, Québec-Appalaches où elle occupe actuellement la présidence. « C’est une femme très douée pour les relations publiques, raconte Benoit Caron, directeur général de l’organisation. Elle établit des liens facilement sans jamais perdre de vue ses objectifs. Elle serait bonne en politique. D’ailleurs, je crois que sa carrière est devant elle. »

En tant qu’agricultrice et mère, comment Francine Ferland a-t-elle pu se libérer pour assumer tous ses engagements? « C’était beaucoup d’organisation parce que mes enfants étaient assez jeunes quand j’ai commencé à m’impliquer », répond-elle. Pour Gilles Ferland, son mari : « Au début, j’ai trouvé cela difficile qu’elle ne soit plus aussi souvent à la maison, mais je me suis habitué. » Francine ajoute que son mari est totalement autonome et qu’il trouve maintenant étranges les hommes qui ne savent pas se faire à manger.

Copropriétaire d’une ferme laitière de 45 vaches à Saint-Anselme, dans Bellechasse, Francine ne va plus à l’étable depuis quelques années, mais aime toujours travailler au champ. « Nous avons gardé volontairement une ferme à dimension familiale, d’abord parce que mon mari n’aimait pas gérer des employés. Puis nous attendions de voir si nos enfants allaient être intéressés. Il était clair que nos deux filles, Nathalie et Claudine, toutes deux comptables agréées, n’allaient pas se diriger dans ce domaine. Ni notre plus jeune garçon, Jean-François, attiré par la mécanique et aujourd’hui occupant un poste en gestion industrielle. Par contre, Frédéric, âgé de 28 ans, s’est vite montré intéressé et possède 20 % de l’entreprise depuis cinq ans. »

Grand-mère de deux petits garçons et d’une petite fille – trois autres sont à l’usine de fabrication – Francine nage dans le bonheur quand elle parle de sa famille. Claudine décrit sa mère : « Elle était très présente et s’intéressait beaucoup à ce que nous faisions. Exigeante, elle nous demandait d’être performants à l'école. Après s’être consacrée à notre éducation, elle réussit à se tailler une place où sa détermination pourrait servir d'exemple pour d’autres femmes qui aimeraient occuper des fonctions décisionnelles. Je trouve admirable ce qu'elle a réussi à accomplir. »

Exigeante, obstinée et soucieuse du détail sont les qualités qu’on lui attribue le plus souvent. Des qualités qui, parfois, dépassent la mesure, selon certains. Par contre, son sens de la communication, son intégrité, sa loyauté et sa bonne humeur font l’unanimité.

Le couple Ferland partage une amitié avec Jean-Paul Bouchard, ancien administrateur et président d’Unicoop, et son épouse : « Francine est une bonne amie. Très à l’écoute des gens, elle est plus intéressée par l’histoire des autres qu’à raconter les siennes. Nous jouons souvent aux cartes ensemble. Elle dit que son mari est mauvais perdant, mais je crois qu’elle l’est autant », ajoute-t-il avec un brin d’humour.

Luc Forget, son voisin de table au conseil d’administration de La Coop fédérée : « Nous sommes tous les deux francs et directs, raconte-t-il. Alors quand nous avons des divergences d’opinions, les discussions sont parfois houleuses. Mais quand c’est fini, notre relation n’est pas affectée. »

C’est avec beaucoup d’émotion que Francine Ferland quitte son siège à La Coop fédérée. D’autres défis l’attendent, dont celui que le Conseil des ministres lui a confié en l’invitant à siéger au Conseil du statut de la femme. Avouons que ce mandat ne pourrait pas mieux lui convenir. Elle mentionne d’ailleurs que les femmes ont cette particularité quand elles s’impliquent : « La cause doit rejoindre nos valeurs profondes, sinon ça ne nous intéresse pas. »

« Le départ de Francine m'attriste beaucoup, déclare Claude Lafleur, chef de la direction de La Coop fédérée, mais je me console à l'idée que d'autres groupes de son milieu ou d'autres organisations nationales profiteront de ses grandes compétences. C’est une grande dame. »


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