Les producteurs se préoccupent de plus en plus des coûts de production du lait, et pour cause! Depuis l’épisode de la vache folle, le prix des animaux de réforme a chuté, le prix du pétrole a bondi et on s’attarde plus que jamais aux composants du lait ainsi qu’au ratio solide non gras/gras.

Dès qu’il est question de coûts de production, on pense immédiatement aux coûts d’alimentation du troupeau, ce qui est tout à fait légitime. Pour être rentable, une entreprise doit contrôler ses coûts. Et lorsque la situation financière devient plus serrée, c’est souvent le poste « alimentation » qui est pointé du doigt. Il représente habituellement plus de 20 % des coûts de production au total. En fait, les achats de produits pour l’alimentation du troupeau se font à toutes les semaines ou aux deux semaines. Difficile de ne pas y penser! De plus, puisque la taille des troupeaux s’accroît sans cesse, il se peut qu’un producteur ait du mal à voir augmenter la facture de moulées et de suppléments. Mais l’alimentation du troupeau est-elle la seule responsable?

Dans la majorité des cas, la situation financière peut être plus difficile qu’il y a trois ans. À part la vente de lait, les revenus ont chuté dramatiquement. Que ce soit pour les animaux de réforme, les sujets destinés à la reproduction, les sujets de haute valeur génétique ou les vaches laitières, le nombre de transactions a considérablement baissé. Pendant ce temps, le prix du lait a tout de même connu une hausse appréciable.

Il est passé de 52,98 $/hl en 1998 à 63,50 $/hl en 2004. Une hausse de 19,85 % en six ans, soit environ 3,3 % par année. Le prix est actuellement à plus de 66 $/hl. Il importe de spécifier qu’il s’agit des prix d’un hectolitre de référence, soit celui du lait à 3,6 kg/hl de matière grasse et 3,2 kg/hl de protéine. Puisque la moyenne provinciale est plutôt de 3,95 kg/hl pour la matière grasse et de 3,36 kg/hl pour la protéine, le prix réellement payé aux producteurs est plutôt de l’ordre de 70 $/hl.

Selon les données disponibles, le coût de production du lait est évalué à environ 68 $/hl, incluant les frais de main-d’œuvre. En 1999, le coût de production moyen se chiffrait à 61 $/hl. Cela représente une hausse de 7 $/hl ou 10,29 %, ce n’est pas rien! Considérant que, depuis plus d’un an, le lait est payé, en moyenne, entre 66 et 72 $/hl, la marge de manœuvre semble assez serrée.

Que s’est-il passé avec les coûts d’alimentation au cours de la même période? Ils ont augmenté eux aussi, mais à un rythme beaucoup moins important. Ils ne sont donc pas responsables de la hausse du coût de production.

En 2003 et 2004, les coûts d’alimentation ont connu une hausse en raison, notamment, du prix élevé du tourteau de soya qui, à son tour, a entraîné une hausse des prix de tous les intrants. Il n’en reste pas moins que le coût d’alimentation moyen de 15,25 $/hl par rapport au coût de production total de 68 $/hl ne représente que 22 % des dépenses. C’est beaucoup et peu à la fois. Qu’en est-il des 53 $/hl supplémentaires?

Nous allons nous attarder un peu plus au coût d’alimentation, car c’est l’aspect qui nous concerne le plus. Dans le coût d’alimentation de 15,25 $/hl, on retrouve 6,56 $ de fourrages (43 %) et 8,69 $ de concentrés (57 %).

Prenons l’exemple typique d’un producteur moyen alimentant son troupeau de maïs, de minéraux et de suppléments commerciaux. Avec du maïs à 130 $/t et un supplément protéique à 500 $/t, 55 % des coûts de concentrés (4,80 $/hl) sont attribuables aux produits achetés (suppléments et minéraux). Comment diminuer ces coûts? Même en coupant les coûts de concentrés protéiques de moitié, vous épargnerez 2,40 $/hl. Est-ce réaliste? Permettez-moi d’en douter. On a déjà dit dans le passé que la meilleure façon de couper le coût des concentrés, c’est de cesser d’en donner! Mais avouez que ce n’est pas la meilleure méthode. Soyons plus réalistes. Saviez-vous qu’une économie de 100 $/t réalisée au chapitre des suppléments protéiques se traduit par moins d’un dollar l’hectolitre? Avec un coût de production total de 68 $/hl, ce n’est pas comme ça que vous allez vous enrichir! Il faut chercher un peu plus loin. D’ailleurs, le coût d’alimentation à l’hectolitre est-il si important? Depuis 1985, il a augmenté de 11 % alors que le revenu net par vache s’est accru de 2279 $ (150 %) et que le prix du lait, tel qu’il a été mentionné précédemment, a grimpé, depuis 1998, de plus de 10 $/hl (19,85 %).

L'amortissement et l'entretien de la machinerie comptent pour 11 % des principales dépenses d'une ferme laitière. La production des fourrages représente quant à elle 10 % des dépenses.

Les meilleurs troupeaux au PATLQ en 2004 (20 % supérieurs) affichent un coût de concentrés plus élevé (61 %, par rapport à 57 %) alors que leur coût total d’alimentation par hectolitre est plus bas (14,34 $) et que leur revenu par vache est de 800 $ plus élevé que pour le reste des troupeaux. Au-delà de l’alimentation, il y a des facteurs de régie de troupeau et d’entreprise à ne pas négliger. En fait, plus la régie est bonne, plus la production est élevée et moins le coût d’alimentation à l’hectolitre est important. La régie est donc beaucoup plus importante que le choix d’un supplément protéique.


Encore les fourrages
La qualité des fourrages et la quantité récoltée sont d’une importance capitale. C’est la base de votre entreprise. Comme il a été mentionné précédemment, les fourrages représentent en moyenne 43 % du coût d’alimentation. Selon les données d’Agritel, le coût de production des fourrages peut varier de 118 $ à 271 $/t de matière sèche! C’est majeur comme écart. Pour un troupeau de 50 vaches, c’est une différence de 32 500 $/an ou 650 $/vache. À 271 $/t, il est moins coûteux de donner des concentrés. Sur le plan de la qualité, chaque pourcentage de protéine de plus peut faire économiser, en supplément protéique, 45 $/vache. Des fourrages à 16 % de protéine, au lieu de 12 %, représentent des économies de près de 200 $/vache ou quelque 9000 $/an pour un troupeau. C’est bien beau, direz-vous, une fois les récoltes terminées, on ne peut plus rien. Alors, où peut-on économiser?

L'élevage des génisses est responsable de 11 % des dépenses de la ferme. Avec 30 % du total, le travail des exploitants est la plus importante des dépenses d'une exploitation.


Les autres points d’amélioration
Pour améliorer votre situation, il faut tout passer en revue et être prêt, s’il le faut, à changer des choses de façon majeure. L’utilisation de moulées complètes peut être une avenue intéressante dans plusieurs cas, et ce, même si on est déjà installé pour l’utilisation de grains et suppléments. Cela peut sembler farfelu, mais il vaut la peine de s’y pencher, ne serait-ce que pour six mois ou un an. L’utilisation de moulées complètes comporte de nombreux avantages, autres qu'économiques. On n’a qu’à penser à la simplicité de servir un plus petit nombre d’aliments et à la marge d’erreur beaucoup plus faible.


Le taux de réforme
Une baisse de 5 % du taux de réforme annuel représente une économie importante. Passer de 30 % à 25 %, avec un troupeau de 50 vaches, permet des économies d’environ 5000 $ par année. On y parviendra grâce à une meilleure régie, qui se traduira par moins de vaches à problèmes. Vous pourrez ainsi en vendre pour la production ou, tout simplement, en acheter moins, si tel est le cas.


La relève
L’élevage des génisses est un autre point important puisque 11 % du coût de production total y est rattaché. La régie et les soins représentent des coûts à court terme, mais des économies à long terme. L’âge au vêlage et la quantité de génisses élevées ont un impact très important sur les coûts. Chaque fois que vous abaissez d’un mois l’âge moyen au vêlage, il vous faut une génisse de moins pour assurer la relève de votre élevage.

Les composants du lait, l’intervalle entre les vêlages, les frais vétérinaires sont d’autres points à considérer. Même si leur influence est moins importante, ils ne sont pas à négliger. Chaque geste compte.

Vouloir réduire ses coûts de production en mettant l’accent sur le coût d’alimentation, c’est bien, mais attention de ne pas tomber dans le piège. Au hockey, il ne suffit pas de surveiller le joueur vedette de l’adversaire. Si tel est le cas, les autres trios de l’équipe adverse risquent de nous faire mal. Il en est de même pour votre entreprise. Il est important de considérer tout ce qui entoure le coût d’alimentation de votre troupeau. Cela demande des efforts mais, au bout du compte, c’est ce qui fait toute la différence entre faire ou ne pas faire d’argent!


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