Bien que le Québec ne soit pas l’Arkansas ou l’Alberta, il y existe des bassins sédimentaires qui contiennent des hydrocarbures.


Vous souvenez-vous du long métrage Les allumés de Beverly Hills (1993), inspiré de la série-culte The Beverly Hillbillies des années 60, où un fermier de l’Arkansas découvre d’un coup de fusil le plus fabuleux gisement de pétrole de la région? Du jour au lendemain, la famille Clampett, qui ne possédait qu’une baraque sans eau courante ni électricité, se retrouve à la tête d’une immense fortune. La famille décide alors de réaliser son rêve de quitter la ferme pour s’installer dans une somptueuse demeure à Beverly Hills.

L’histoire de David Blume est certes moins flamboyante et se déroule dans la région de Hayter, en Alberta. Malgré les centaines de puits de pétrole qui se trouvent sur ses terres, cet agriculteur est loin de vivre la vie des Clampett. Car, mis à part quelques chanceux dont l’acte d’achat des terres incluait les droits aux substances minérales, la plus grande partie des agriculteurs canadiens ne possèdent que les droits de surface. M. Blume ne perçoit donc aucune redevance sur l’or noir que l’on extrait de ses terres. Les compagnies pétrolières lui offrent, par contre, une compensation pour la perte de jouissance de la surface de celles-ci. Les prix varient grandement selon la région et sont normalement plus généreux lorsqu’ils sont situés près des grands centres comme Edmonton. Ceux de la région de Hayter se chiffrent à plus ou moins 2500 $/acre par année pour un puits isolé ou entre 300 $ et 2000 $ par puits si celui-ci se trouve sur un site principal. Blume en a 65 sur une de ses demi-sections (320 acres), pour une valeur locative qui représente plusieurs dizaines de milliers de dollars. Ce qui n’a vraiment rien à voir avec les revenus de la pétrolière, qui jouent dans les dizaines de millions de dollars…

David Blume montre un groupe de puits de pétrole situé sur ses terres.

Habile négociateur, M. Blume a de plus signé une entente exclusive avec les compagnies pétrolières et fournit à celles-ci des produits et des services reliés à l’exploitation des puits sur ses
terres, 24 heures par jour, 7 jours par semaine. L’entreprise de M. Blume, CSL Country Services Ltd, offre les services de remorquage, de réparation de puits, de soudure, de remplacement des filtres, etc. et vend des pièces de machinerie, des accessoires et des vêtements de travail. À l’hiver s’ajoute le service de déneigement, au taux horaire de 130 $.

Mais posséder tant de puits de pétrole peut être un véritable casse-tête, explique M. Blume, lorsqu’il faut contourner tous ces obstacles pour semer, appliquer des engrais et faire les récoltes. Nous lui avons demandé pourquoi il continuait de vouloir exploiter ces terres parsemées de puits de pétrole plutôt que de les transformer en pâturages. « Vous n’êtes pas les premiers à me poser cette question », dit-il en souriant. « C’est un peu comme les citadins qui font pousser leurs légumes dans un potager alors qu’ils pourraient très bien aller les acheter au supermarché. C’est plus fort que moi ce besoin de cultiver ces terres, car ce n’est vraiment pas rentable. On a tous nos “hobbies”… »

Bien que le Québec ne soit pas l’Arkansas ou l’Alberta, il y existe des bassins sédimentaires qui contiennent des hydrocarbures. Ces bassins sont situés dans les régions géologiques suivantes : les Basses-Terres du Saint-Laurent, le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent et l’île d’Anticosti.


De quoi en faire rêver quelques-uns, quoi!
Il y a entre 5 et 10 puits forés annuellement au Québec selon Jean-Yves Laliberté, géologue et coordonnateur des activités d’exploration pétrolière et gazière au ministère des Ressources naturelles. Au total, 870 puits ont été forés depuis 1850; évidemment, c’est bien peu si l’on compare ces chiffres avec ceux de l’Ouest canadien, qui a vu près de 25 000 puits être forés en 2005!

« Les gens sont surpris d’apprendre qu’il se fait de l’exploration pétrolière au Québec », explique Jean-Yves Laliberté. « Il y a présentement une dizaine de compagnies qui font de l’exploration au Québec. Le territoire propice à l’exploration pétrolière et gazière compte pour 13 % de sa superficie, alors que celui prospectif pour l’exploration minière représente 87 %. »

« Il s’est foré trois puits l’été dernier sur l’île d’Anticosti. La compagnie Pétrolia a aussi des forages en cours en Gaspésie; Hydro-Québec, division Pétrole et gaz, a effectué un forage dans le sud de la péninsule de la Gaspésie, dans la région de la Baie des Chaleurs, et la compagnie Junex a remis en activité un ancien puits foré par la compagnie Shell dans la région de Saint-Simon au cours des années 70 et effectue présentement, en Gaspésie, des essais de production sur ce qui pourrait être le premier puits de pétrole au Québec », poursuit M. Laliberté.

M. Blume ne perçoit aucune redevance sur le pétrole que l'on extrait de ses terres. Les compagnies pétrolières lui offrent, par contre, une compensation pour la perte de jouissance de la surface de celles-ci.

Que faire alors si une personne découvre du gaz naturel sur sa propriété? En vertu de la Loi sur les mines, cette personne pourrait se voir délivrer un permis d’utilisation de gaz naturel. « Ce fut le cas des deux frères Gélinas de la région de Bécancour, dans les années 50 », raconte M. Laliberté. « Ces deux agriculteurs, qui sont décédés aujourd’hui, avaient découvert de petites quantités de gaz naturel et avaient mis ce petit gisement en exploitation. Il y avait assez de gaz pour en faire une petite utilisation domestique, pour chauffer leur poulailler et l’eau de la maison. »

Aujourd’hui, les puisatiers qui trouvent accidentellement du gaz naturel sont embêtés, car c’est de l’eau qu’ils cherchaient et non pas du gaz. Les recommandations du ministère sont alors claires, mieux vaut abandonner le puits pour éviter des problèmes. « Nous n’encourageons pas les propriétaires à utiliser le gaz naturel pour la simple et bonne raison que c’est trop dangereux d’en produire avec une installation artisanale », explique M. Laliberté. « C’est essentiellement une question de sécurité. On essaie de faire comprendre aux gens qui se pensent riches du jour au lendemain, qui croient pouvoir oublier leurs factures d’Hydro-Québec, que ce n’est pas tout à fait la réalité. Un puits foré et complété selon les règles des bonnes pratiques pétrolières peut coûter jusqu’à 200, 300 000 dollars. Ils ne pourraient jamais récupérer leur investissement. Pour économiser 100 $ par mois, ça ne vaut pas la peine. C’est beaucoup plus simple de leur dire d’abandonner, c’est une question de sécurité, leur vie et celle de leurs proches en dépendent. »

Tout comme en Alberta, les résultats des levées géoscientifiques sont accessibles au grand public. Il est facile de connaître les activités dans sa région en consultant le site Web du ministère des Ressources naturelles. Les compagnies pétrolières qui réalisent des travaux au Québec ont l’obligation de produire des rapports, qui deviennent disponibles au public trois ans après la fin des travaux. La chance de trouver des hydrocarbures sur ses terres est faible, c’est tout de même mieux que de ne pas en avoir du tout.

Jean-Yves Laliberté, géologue et coordonnateur des activités d'exploration pétrolière et gazière au ministère des Ressources naturelles et de la Faune.

Mais si tel était le cas, David Blume vous recommanderait de garder la tête froide et de ne pas vous empresser d’accepter un chèque. « Il ne faut pas oublier le facteur de risque », prévient celui qui transige avec les compagnies pétrolières depuis plus de 25 ans. « Une pétrolière a installé un puits près d’une ferme, ici, dans la région et le propriétaire a découvert la présence de H2S. C’est un gaz mortel et personne n’en veut dans sa cour. Mais c’était au propriétaire d’évaluer les risques et de demander que le puits soit foré à un autre endroit. Lorsque les pétrolières ont investi un demi-million de dollars, il est trop tard… »

« Aux gens qui nous appellent, ajoute M. Laliberté, nous leur disons : vous êtes propriétaire terrien. Vous avez le droit de refuser si ça ne vous intéresse pas. Celui qui accepte d’avoir 100 puits de pétrole sur ses terres a une part de responsabilités. Celui qui n’en veut pas a le loisir de refuser. Il faut que ce soit un choix éclairé. »


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