Oui, pour autant que cette crainte nous rende plus vigilants. Mais il ne faut surtout pas paniquer, car chaque fois, ou presque, qu’on entend parler de la grippe aviaire, on en dit des tas de choses qui font peur, et bien peu sur la maladie elle-même. Une mise au point s’impose.


L’influenza aviaire est causée par un virus. Les virus de l’influenza sont classés en fonction de la disposition des protéines présentes sur leur surface. C’est en fonction de cette disposition que sont nommés les virus : H5N1, par exemple. À l’heure actuelle, 16 sous-types H et 9 sous-types N ont été identifiés. Ce virus peut causer chez la volaille domestique une infection asymptomatique (aucun signe), une maladie respiratoire accompagnée d’une baisse de production ou une maladie sévère avec un taux de mortalité de presque 100 %. La forme que prendra la maladie dépend de la force du virus (son pouvoir pathogénique); celui-ci peut être faiblement ou hautement pathogène. Le type d’oiseau, l’âge, la présence d’infections secondaires et le stress peuvent aussi influencer la sévérité de la maladie.

De plus, les virus H5 et H7 faiblement pathogènes ont la capacité de muter en des virus hautement pathogènes.

Dans l’environnement, le virus est protégé par les matières organiques tels les sécrétions nasales et le fumier. Les conditions fraîches et humides favorisent aussi la survie du virus. Il peut survivre de 30 à 35 jours dans le fumier à une température de 4°C. Le virus peut être inactivé par plusieurs désinfectants, incluant ceux à base de glutaraldéhyde (par exemple : l’Aseptol 2000, le PF 300, le Virocid*) et ceux à base de formaldéhyde (par exemple : la Fumalyse ou le Profilm*). Par contre, la matière organique doit être enlevée et les surfaces doivent être lavées avec un détergent dégraisseur pour favoriser l’action des désinfectants.


Les hôtes susceptibles
La plupart des volailles domestiques peuvent être affectées : poulets, dindons, cailles, pintades, émeus, autruches, etc. Les oiseaux domestiques, tels les perroquets, peuvent aussi être affectés. Le virus de l’influenza aviaire ne cause pas de maladie chez la plupart des oiseaux sauvages.

Ce sont ces espèces, et particulièrement les oiseaux aquatiques migrateurs, notamment les canards, qui constituent le réservoir des virus de l’influenza. C’est pourquoi l’isolation récente du virus dans plusieurs provinces canadiennes chez des canards sauvages n’est pas surprenante.


La maladie
Les virus hautement pathogènes (HP), soit les H5 et les H7, provoquent une maladie très sévère qui affecte la plupart des systèmes, incluant les systèmes nerveux et cardiovasculaire. À la suite d’une infection par ces virus HP, le taux d’oiseaux affectés et la mortalité approchent les 100 %. Il est important de se rappeler que tous les virus H5 et H7 ne sont pas hautement pathogènes. La période d’incubation varie de 3 à 14 jours, selon la dose du virus, la porte d’entrée et l’espèce affectée.

Les virus faiblement pathogènes provoquent peu de mortalité. Il y a présence de signes respiratoires peu sévères et il est possible qu’on dénote une baisse de la production d’œufs. La majorité des virus se retrouvent dans cette catégorie. Il se peut aussi que les oiseaux affectés par ces virus ne présentent aucun signe de maladie, ni d’augmentation de mortalité. C’est ce qui caractérise l’infection des oiseaux sauvages, comme les canards et les oies.

Les signes cliniques de l’influenza hautement pathogène sont :
silence et insensibilité extrême;
chute soudaine de la production d’œufs et ponte de nombreux œufs à coquille molle ou sans coquille;
difficultés respiratoires;
gonflement, enflure et congestion des crêtes;
diarrhée;
hémorragie aux jarrets;
mort soudaine possible sans avoir démontré de signes cliniques.

Les signes cliniques de l’influenza faiblement pathogène sont :
infections inapparentes, légers troubles respiratoires;
diminution de la ponte.

Il est possible aussi de rencontrer une infection modérément pathogène. En général, il s’agit d’une infection causée par un virus faiblement pathogène avec une infection secondaire.

Les signes sont alors :
troubles respiratoires;
chute brutale ou arrêt de la ponte;
taux de mortalité pouvant atteindre de 50 à 70 %.


Le diagnostic
La présence de la maladie peut être confirmée par des épreuves de laboratoire. Si vous avez des soupçons ou si vos oiseaux ont des problèmes de santé inhabituels, n’attendez pas, appelez immédiatement votre vétérinaire afin que, si nécessaire, les échantillons appropriés soient soumis au laboratoire le plus rapidement possible. Si la maladie est soupçonnée, il est important que des mesures soient prises pour limiter les conséquences, au cas où la présence de la maladie serait confirmée.

Voici une description des tests disponibles.
Des épreuves sérologiques peuvent déterminer si des oiseaux ont été en contact avec le virus. Par contre, ces épreuves ne précisent pas si l’infection est active.
Des épreuves de PCR (polymerase chain reaction) sont maintenant disponibles dans les laboratoires provinciaux et permettent de détecter la présence des virus H5 et H7 à partir d’écouvillons prélevés dans le cloaque des oiseaux vivants. L’épreuve peut aussi être faite à partir d’écouvillons de cloaque et/ou de trachée d’oiseaux soumis morts. Les résultats sont disponibles très rapidement.
L’isolation et la caractérisation du virus permettent d’en confirmer la présence, la souche et le pouvoir pathogène. Ces épreuves se font au laboratoire fédéral de Winnipeg.


Le traitement
Puisqu’il s’agit d’une infection virale, il n’y a pas de traitement possible pour les oiseaux. Les médicaments antiviraux ne sont pas homologués pour les animaux de consommation et ils seraient de toute façon trop coûteux. De plus, il est préférable de les garder pour utilisation chez les humains.


La prévention
L’application rigoureuse de mesures de biosécurité strictes est la meilleure arme contre l’influenza aviaire. Un article sur la biosécurité a d’ailleurs été publié dans l’édition de mars 2005 du Coopérateur agricole. Prenez le temps de le relire. Les différentes fédérations de producteurs ainsi que les gouvernements ont aussi fait paraître de l’information à ce sujet.


Transmission aux humains
Des humains ont exceptionnellement été affectés à la suite d’un contact étroit avec des oiseaux contaminés. Certaines personnes ont souffert de conjonctivite, une inflammation de la muqueuse recouvrant l’œil. Les premières contaminations humaines qui ont entraîné des décès ont été rapportées à Hong Kong en 1997. Aux Pays-Bas, lors de l’épidémie d’influenza aviaire de 2003, un vétérinaire participant à la dépopulation des oiseaux contaminés est décédé. En Asie, plusieurs dizaines de personnes sont mortes depuis les trois dernières années. La situation qui prévaut en Asie est bien différente de la nôtre. Là-bas, les habitants vivent en contact très étroit avec les oiseaux; les maisons et les poulaillers ne font souvent qu’un.

Malgré que ces mortalités fassent peur, elles sont exceptionnelles et font suite, je le répète, à un contact très étroit avec des oiseaux souffrant d’influenza aviaire hautement pathogène. Présentement, rien n’indique que la maladie puisse se propager d’humain à humain. Le vaccin contre l’influenza qui nous est proposé à la fin de chaque automne ne protège pas contre l’influenza aviaire, il protège contre l’influenza humaine ou la grippe qui sévit chaque hiver.


Conclusion
L’influenza aviaire continuera de faire les manchettes, et la situation en Asie ne se corrigera pas de sitôt en raison d’un manque de ressources. Chez nous, les oiseaux sauvages, particulièrement les canards, sont toujours porteurs du virus et les techniques de laboratoire disponibles actuellement continueront de le mettre en évidence.

Mais nos connaissances de la maladie et des méthodes de prévention, particulièrement par une biosécurité sévère, nous éviterons, espérons-le, de faire la une des bulletins de nouvelles.


* Les exemples de désinfectants ont été placés en ordre alphabétique et non pas en ordre de préférence.


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