L’Université McGill et l’Université de Montréal ont joint leurs efforts pour créer le Centre de recherche avicole, un centre interuniversitaire inauguré le 26 mai dernier et composé de deux complexes scientifiques. Les principaux objectifs du Centre sont
de réduire l’usage d’antibiotiques dans les élevages, d’accroître l’innocuité des volailles et de développer des lignées d’oiseaux plus résistantes aux maladies.



Vétérinaire, professeure au Département des sciences cliniques et titulaire de la Chaire en recherche avicole à la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, la Dre Martine Boulianne n’est pas peu fière du Centre dont elle a depuis peu laissé la direction à son collègue du même département, le Dr Jean-Pierre Vaillancourt.

Il y a cinq ans, elle approchait le doyen d’alors de la Faculté d’agriculture de l’Université McGill, Roger Buckland, afin de le convaincre de la nécessité, pour leurs universités respectives, de se doter d’infrastructures de haut niveau en recherche avicole. Roger Buckland a aussitôt répondu à l’appel. Ensemble, ils ont élaboré un budget et un plan d’action. Puis, une campagne de financement, dirigée par Jean-Pierre Léger, président des Rôtisseries St-Hubert, et M. Purdy Crawford, avocat-conseil pour Osler, Hoskin & Harcourt S.E.N.C.R.L./s.r.l., a été mise sur pied. Les deux complexes ont demandé un investissement total de 7,2 millions $. Les gouvernements provincial et fédéral ont chacun versé 2,11 millions $, provenant notamment du fonds d'infrastructure pour les chaires de recherche de la Fondation du Canada pour l’innovation. Le reste des fonds, soit 3 millions $, sont issus des milieux universitaires et de l’industrie.


Université de Montréal
Le complexe de recherche de la Faculté de médecine vétérinaire est doté d’un niveau 2 de biosécurité et est entièrement dédié à la volaille.

Il est unique au Canada. Le complexe se penchera tout particulièrement sur l’étude des pathogènes qui affectent le cheptel avicole et menacent la santé publique. « Il s’agit d’un grand pas pour la recherche avicole au Québec, indique la Dre Martine Boulianne. Auparavant, les études de ce type devaient à peu près toutes être effectuées aux États-Unis ou encore dans des salles expérimentales conçues pour d’autres espèces, et ce, avec toutes les différences que cela peu comporter en matière de pathogènes et de conditions d’élevage. »

Dre Martine Boulianne, titulaire de la Chaire en recherche avicole à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal.

Les études au nouveau Centre de recherche porteront donc notamment sur la réponse immunitaire des oiseaux, poulets à chair ou pondeuses, à certains nouveaux vaccins qui pourraient per mettre de les protéger contre l’entérite nécrotique, Salmonella enteritidis et autres salmonelles, la bronchite aviaire ou des pathologies liées à la présence de la bactérie E. coli. Pour ce faire, des oiseaux vaccinés seront exposés à des souches virales ou bactériennes pathogènes. Des nécropsies et analyses de laboratoire permettront d’évaluer l’efficacité des différents traitements.

D’autres projets prévoient le développement et la validation de méthodes et produits pour diminuer la contamination des volailles par les salmonelles et les campylobacters durant l’élevage et au cours des divers processus d’abattage. On compte aussi mettre sur pied des études de prévalence des pathologies que l’on retrouve dans les troupeaux aviaires au Québec.

« L’état de santé actuel du cheptel aviaire québécois est bon », confirme le Dr Jean-Pierre Vaillancourt qui, malgré tout, indique qu’il n’est pas impossible qu’une épidémie de grippe aviaire se déclare ici. Le confinement obligatoire des oiseaux d’élevage récemment imposé par le MAPAQ est une des mesures prises pour réduire le contact de nos volailles d’élevage avec les oiseaux sauvages.

Dans un autre ordre d’idées, le Centre de recherche planchera sur l’essai de produits qui pourraient, dans certains cas, remplacer les antibiotiques. « On pense par exemple à l’utilisation d’épices, d’huiles essentielles et de tout autre produit qui peut stimuler le système immunitaire ou protéger la flore intestinale, particulièrement contre l’entérite nécrotique », explique la Dre Boulianne.

Des salles expérimentales dotées de sas d’entrée, avec cages ou parquets, à température, humidité et luminosité contrôlées indépendamment et à distance, avec planchers chauffants et air filtré, permettront de mener les divers essais. Le Centre dispose également d’un laboratoire de microbiologie, pour la préparation des souches infectantes, de petits incubateurs-écloseurs, d’une salle de nécropsie, d’infrastructures d’abattage et d’éviscération, de même qu’un laboratoire d’hygiène des viandes. Bref, tout peut être réalisé, de l’œuf à la table.


Université McGill
Avec son nouveau Complexe avicole Donald McQueen Shaver situé au campus Macdonald, l’Université McGill se positionne comme un des leaders de l’enseignement et de la recherche appliquée en aviculture au Canada.

Le Complexe avicole est dirigé par le Dr Urs Kuhnlein, professeur au Département des sciences animales du campus Macdonald de l’Université McGill depuis plus de 20 ans et titulaire de la chaire industrielle de recherche Shaver-NSERC en biotechnologie avicole. Spécialisé en génétique, le professeur Kuhnlein tente d’identifier les meilleures lignées d’oiseaux, notamment aux chapitres de la croissance et de la production de chair.

Philip Lavoie, agronome et gérant de la ferme de l'Université McGill.

Le Dr Ciro Ruiz, chercheur et professeur au campus Macdonald de l’Université McGill depuis deux ans, travaille de son côté sur plusieurs projets de recherche avec l’aide d’étudiants gradués.

Le Dr Ruiz teste actuellement l’effet qu’une combinaison d’arginine (un acide aminé) et de vitamine E (un antioxydant) dans l’alimentation peut avoir sur la capacité cardiopulmonaire des poulets à griller. Ces études, qui visent notamment à réduire la mortalité causée par l’ascite chez le poulet, pourraient également permettre de développer des traitements contre l’hypertension pulmonaire chez l’humain. Le chercheur vérifie également si différents dosages de ces deux substances (arginine et vitamine E) peuvent améliorer le développement du système immunitaire des oiseaux.

Dr Ciro Ruiz, chercheur et professeur au campus Macdonald de l'Université McGill.

Le chercheur se penche aussi sur l’efficacité de l’usage des probiotiques. On sait que la lignine, un composant du bois, possède des propriétés antimicrobiennes. La lignine ne peut être digérée par les oiseaux, mais son passage dans leur système digestif favorise le développement d’une bonne flore bactérienne. Des essais évaluant l’effet de différentes quantités de lignine dans l’alimentation des poulets à griller sont actuellement en cours. Des études sont aussi menées pour évaluer la productivité des oiseaux en fonction de la densité et du stress causé par la chaleur.

Chez la poule pondeuse, le Dr Ruiz mesure l’utilisation de millet perlé comme source d’oméga-3 dans l’alimentation. Le millet perlé permettrait de remplacer une certaine quantité de lin, une autre source d’oméga-3 qui, à forte concentration dans la ration, altère le goût des œufs.

Enfin, le chercheur mettra bientôt sur pied une étude pour vérifier l’effet de la consommation d’arginine, de vitamine E et de probiotiques sur l’incidence de la cellulite chez le poulet à griller, une des principales causes de condamnation à l’abattoir.

« Bientôt certifiés HACCP, les bâtiments peuvent abriter 3384 poules pondeuses et 1740 poulets à griller, indique Philip Lavoie, agronome et gérant de la ferme de l’Université McGill. Le complexe comprend un incubateur et un écloseur d’une capacité de 1600 œufs chacun. »

« Chaque parquet d’élevage possède un système indépendant de contrôle de ventilation, de température et de luminosité, poursuit Philip Lavoie. On y compte une grande salle d’élevage de poulets à griller, huit petites salles où l’on peut faire des essais en cage (pondeuses, poules de reproduction et poulets à griller) ou sur parquet et deux salles de ponte. »

Le complexe est également doté d’un laboratoire et d’équipements d’abattage qui permettent, par exemple, de procéder à des autopsies ou de mesurer la quantité de viande produite par les oiseaux.

Une dérogation de la Fédération des producteurs de volailles du Québec a permis à l’Université McGill d’élever sous un même toit des pondeuses et des poulets à griller. Toutefois, un couloir de biosécurité devait séparer les deux sites de production.

Le Centre interuniversitaire de recherche en aviculture assurera également le transfert technologique auprès de l’industrie. Des études publiques pourront servir à toute la communauté scientifique. Des entreprises privées pourront aussi commander et financer des études spécifiques et, si le besoin est, confidentielles. Enfin, les résultats et nouveaux concepts issus de ce Centre pourront être évalués à la nouvelle station de recherche avicole CO-OP et valorisés au sein du réseau coopératif.


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