Grâce à ses 13 000 entailles et à ses installations modernes, l’érablière-école de Saint-Romain constitue un extraordinaire laboratoire pour les apprentis acériculteurs tout comme pour les professionnels de l’acériculture.


Saint-Romain est un petit village situé aux confins de l’Estrie, dans la MRC du Granit. C’est sur les terres publiques de cette municipalité que l’on trouve l’une des deux seules érablières-écoles qui existent au Québec. « La MRC du Granit est la deuxième plus importante productrice de sirop au Québec », explique Claude Roy, président du Syndicat des producteurs acéricoles de l’Estrie. « Il existe un important besoin de main-d’œuvre qualifiée en acériculture, note pour sa part Christine Bellavance, directrice de la formation professionnelle et de l’éducation des adultes à la Commission scolaire des Hauts-Cantons. Une étude d’Emploi-Québec l’a clairement démontré et c’est ce qui a convaincu le ministère de l’Éducation de nous accorder une autorisation permanente pour l’enseignement professionnel de l’acériculture. »


De la théorie à la pratique
Inaugurée au printemps 2005, l’érablière-école couvre une superficie de 50 hectares et compte 13 000 entailles. La sucrerie est équipée, entre autres, d’un évaporateur à l’huile (5 pieds par 14), d’un séparateur à trois membranes et de deux pompes vacuum de dix forces. L’érablière-école n’est pas, à proprement parler, une école. Il s’agit plutôt d’un outil mis à la disposition d’institutions d’enseignement ou d’acériculteurs à des fins pédagogiques.

Les 16 étudiants présentement inscrits au diplôme d’études professionnelles (DEP) en acérico-foresterie de la Maison Familiale Rurale (MFR) du Granit comptent au nombre des utilisateurs de l’érablière-école. « C’est un extraordinaire laboratoire pour les élèves », s’enthousiasme André Campeau, président de la coopérative qui a mis sur pied la MFR du Granit. La commission scolaire apprécie profiter d’une installation permanente. « Avant, les enseignants devaient se déplacer d’une érablière à l’autre pour former les élèves, explique Yves Gilbert, directeur de la MFR du Granit. Ils sont heureux de pouvoir utiliser l’érablière-école. C’est une érablière moderne qui est de plus dotée d’une salle de cours, ce qui facilite le travail en groupe. »

Un autre DEP en acériculture, proposé cette fois aux adultes, est offert par le Centre de formation Le Granit. L’érablière-école est aussi utilisée pour des formations ponctuelles organisées par la commission scolaire ou par d’autres organismes tels le Collectif en formation acéricole et le Club acéricole du Granit. Le printemps dernier, lors d’une journée porte ouverte, on a, par exemple, proposé un atelier portant sur le système de collecte air-eau dont est dotée l’érablière. On souhaite enfin mettre l’érablière-école à la disposition de chercheurs, de conseillers techniques ou de fabricants d’équipement qui voudraient éprouver certaines techniques ou faire des démonstrations.


Une qualité exceptionnelle
La gérance de l’érablière-école a été confiée à Nancy Boucher, qui apporte aussi son soutien à l’enseignement dispensé par la MFR du Granit. Comme Obélix dans la potion magique, Nancy est tombée dans le sirop d’érable quand elle était petite. Fille et petite-fille d’acériculteurs, elle a parfait ses connaissances grâce au DEP en acériculture offert par le Centre de formation professionnelle Le Granit.

« Nous avons eu une excellente production », souligne-t-elle avec plaisir. Difficile de la contredire quand on sait que 76 des 80 barils classés à la suite de la première production au printemps 2005 ont reçu la cote AA alors que les quatre autres étaient classés A. Une part de ce succès est attribuable à la tubulure neuve et donc exempte de contamination bactérienne, mais le savoir-faire y est sans doute aussi pour quelque chose.


Assurer l’avenir
Christine Bellavance, de la Commission scolaire des Hauts-Cantons, souhaite que la formation continue en acériculture se développe au cours des années qui viennent. « La formation est essentielle pour assurer le développement de la production acéricole, explique-t-elle. Nous allons continuer d’explorer ce secteur en traçant par exemple un profil des compétences des travailleurs de ce secteur. Cela permettra d’offrir des programmes de formation continue et de reconnaître les acquis des personnes ayant déjà une certaine expertise. »

André Piette, commissaire agroforestier du Centre local de développement du Granit, est lui aussi persuadé que la formation en acériculture a de l’avenir. « Avec la mise en place du système de contingentement, les producteurs sont limités dans la quantité qu’ils peuvent produire, observe-t-il. Ils n’ont alors que deux possibilités pour améliorer leurs revenus : réduire leurs coûts de production ou encore améliorer la qualité de leur produit afin d’en tirer un meilleur bénéfice. Pour y parvenir, ils doivent mettre régulièrement leurs connaissances à jour, ce que permettent les activités auxquelles ils peuvent participer à l’érablière-école. » Voilà qui devrait permettre de mettre à contribution l’érablière-école de Saint-Romain pour de nombreuses années encore.



C’est l’engagement sans relâche dont a fait preuve le Comité de développement de Saint-Romain qui a rendu possible la mise sur pied de l’érablière-école. « En 1993 et 1994, une étude nous a fait prendre conscience que le quart du territoire de Saint-Romain est constitué de terres publiques », raconte Pierre Richard, président du Comité. La municipalité n’avait pas le pouvoir de taxer cette portion du territoire et les seuls à profiter de la ressource étaient les détenteurs de contrats d’approvisionnement et d’aménagement forestier (CAAF). « Pour protéger l’érablière, il a fallu signer une entente avec chacun », confie Pierre Richard.

Grâce à ces ententes et à de nombreuses autres démarches, les terres publiques de Saint-Romain sont devenues une « forêt habitée ». Ce concept, mis de l’avant par le gouvernement du Québec, vise à ce que les retombées de la forêt profitent à la communauté locale d’une manière durable. La municipalité reçoit maintenant un revenu foncier, et une zone d’exploitation contrôlée (ZEC) a été créée.

L’arrivée des quotas a obligé le comité à négocier pour obtenir de la Régie des marchés agricoles un droit de produire de 15 300 kilos. Le sirop vendu assure l’autofinancement du projet. « Pour réaliser la mission d’enseignement de l’érablière, nous devions autofinancer le projet, explique Pierre Richard. Ce quota nous permet de travailler pour assurer l’avenir de l’acériculture. »


Pour en savoir plus…
Maison familiale rurale du Granit
(418) 486-2200
Centre de formation professionnelle Le Granit
(819) 583-5773


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