Ça va chauffer! D’ici 50 ans, de 2 °C à 4 °C de plus l’hiver et de 1 °C à 4 °C l’été. Pas encore assez pour faire pousser des palmiers. Mais, quand même, du maïs-grain jusqu’en Gaspésie et des rendements de 4 à 5 tonnes de plus à l’hectare! Luzerne et soya pousseront aussi à cœur joie. Nouveaux vignobles et vergers surgiront de terre! Mais attention. L’orge, entre autres, en souffrira. Doit-on se réjouir des changements climatiques?


Même en répondant immédiatement aux objectifs de réduction des gaz à effet de serre stipulés dans l’entente de Kyoto, la température va continuer d’augmenter. Mieux vaut s’y résoudre et s’adapter! », prédit Philippe Rochette, agrométéorologue au Centre de recherche et de développement sur les sols et les grandes cultures d’Agriculture et Agroalimentaire Canada à Sainte-Foy. Rochette joint sa voix à la communauté scientifique internationale dont les ordinateurs prévoient un même scénario climatique alarmant à divers degrés.

Pour le Québec : température plus élevée, saison de croissance étirée de 30 jours, augmentation de 600 UT dans la région de Montréal, les rendements en maïs passeraient de 9 t/ha à 14 t/ha d’ici 50 ans. Et ceux de la Gaspésie et du Bas-Saint-Laurent seraient comparables à ceux de la Montérégie aujourd’hui. Les rendements de soya, eux, augmenteraient de 1 t/ha. Les producteurs pourraient aussi ajouter une coupe de luzerne supplémentaire à leur calendrier. Toutefois, prévient le chercheur, les plantes ne réagissent pas toutes favorablement à une hausse de température. C’est le cas de l’orge « qui n’aime pas la chaleur ».

Ces prévisions de hausse de rendements, admet le chercheur, n’incluent pas la présence de nouveaux ravageurs ou de nouvelles maladies capables de saboter une récolte ni ne tiennent compte de la capacité de rétention d’eau des sols, car si « les précipitations ne changent pas beaucoup, une hausse de la température plus élevée provoquera un peu plus d’évaporation ».

Ces prédictions ne tiennent pas compte non plus des humeurs des nouveaux hivers plus doux et aux fréquences létales de gel et de dégel. « Qu’on se rappelle de l’hiver 1981-82, 50 % des pommiers avaient rendu l’âme! », dit-il. Moins de neige signifie aussi une couverture plus mince contre le froid. Pour les plantes fourragères, dont la frileuse luzerne, cela peut être mortel!

« Les changements climatiques prévus au cours des prochains 50 ans vont se faire graduellement et les agriculteurs ont toujours su s’adapter », estime pour sa part Susan Béliveau, de l’Université de Guelph, qui travaille sur la gestion des risques liés aux changements climatiques avec deux groupes de producteurs, un situé en Colombie-Britannique et l’autre, en Ontario.

Si les producteurs à l’ouest du Québec applaudissent aussi les hausses d’unités thermiques et de plus longues saisons de croissance, certains vergers et plantes risquent d’avoir très soif à cause, entre autres, « de la disparition des glaciers qui approvisionnent en eau les vergers de la vallée de l’Okanagan ». Pour certaines entreprises, eau et irrigation seront synonymes de survie puisque le nombre de canicules l’été et de dégels l’hiver risque d’augmenter. Le stratégiste, Susan Béliveau, recommande de diversifier les productions à la ferme pour répartir les risques.

« Les producteurs comptent beaucoup sur la biotechnologie pour développer des semences et des plantes adaptées à ces changements », indique la spécialiste. Et les services à la ferme devront aussi s’adapter aux avaries. « Le groupe Innovative Farmers of Ontario a négocié avec son fournisseur la possibilité de changer les variétés de semences à moitié prix au cas où il faut replanter en raison d’un mauvais printemps ». Depuis cinq ans, cette loi non écrite de répartition des risques entre producteurs et fournisseurs a aussi cours au Québec.

L’assurance récolte risque aussi d’être chamboulée, ce qui affecterait le revenu des producteurs. « Les deuxièmes semis au printemps engendrent souvent des rendements de récolte moindres à l’automne. Un seul mauvais printemps contribuerait à réduire les compensations financières aux producteurs puisque celles-ci sont basées sur les rendements des cinq années précédentes », estime Susan Béliveau.


Le chercheur Philippe Rochette, quant à lui, se qualifie d’optimiste et escompte que les bénéfices apportés par les changements climatiques seront plus grands que les risques pour l’agriculture québécoise. Toutefois, si nous sommes « gagnants », rappelle-t-il, notre agriculture fait partie « d’un système mondial complexe ». Et il y aura des perdants.

La hausse de température sur la planète va provoquer, entre autres, une hausse du niveau des océans et engendrer plus fréquemment de violents phénomènes naturels comme El Niño ou des tsunamis. Et les pays pauvres, les plus vulnérables, sont les premiers à écoper. Les Nations Unies prévoient une augmentation draconienne des réfugiés environnementaux et des crises alimentaires en Afrique, un continent nullement responsable des émissions de gaz à effet de serre.


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