Notre climat est naturellement variable, comme le témoignent les fluctuations des saisons d’une année à l’autre. Si vous vivez dans un climat chaud et sec, vous adapterez vos cultures en conséquence. La même logique s’applique lorsque vous vivez en milieu froid et humide. Mais que faire lorsque la nature vous surprend année après année?


Personne n’aime les extrêmes climatiques. « En agriculture, une année de sécheresse est terrible, deux ans est presque intolérable, rendu à trois ans, plusieurs producteurs font banqueroute », explique Tim Nerbas, agronome spécialisé dans la conservation des sols pour la Saskatchewan Soil Conservation Association et producteur de bovins dans la région de Saskatoon. « Cette année, nous avons eu un taux de précipitations extrêmement élevé, au point qu’il est difficile de faire les récoltes. Mais il faut bien se rendre compte que les extrêmes font aussi partie de notre climat. Les données, qui remontent jusqu’à la fin du 18e siècle, démontrent que les Prairies ont déjà vécu une période de sécheresse qui a duré 30 ans. »

Wyett et Marlon Swanson, producteurs de Provost, en Alberta, n’ont certes pas attendu aussi longtemps avant de réagir. En 15 ans, ils ont transformé leur exploitation céréalière, établie déjà depuis trois générations, en entreprise vache-veau. Les faibles précipitations, avec toutes les conséquences qui en découlent pour une exploitation céréalière, ainsi que les coûts du carburant et des ajouts qui ne cessaient de grimper les ont motivés à effectuer de grands changements dans la gestion de leur entreprise. « L’idée de développer une opération autonome m’est venue dans les années 80.

Je voulais trouver une façon de baisser nos frais d’exploitation », explique Wyett. Les Swanson ont donc accru leur production bovine et développé un système d’exploitation qui cadre bien dans un contexte d’agriculture durable.

Tim Nerbas, agronome spécialisé dans la conservation des sols pour la Saskatchewan Soil Conservation Association et producteur de bovins.

Ce système, basé sur le recyclage des éléments nutritifs, laisse au cheptel le travail de « récolter » les fourrages et de fertiliser les terres. Les déplacements sont chorégraphiés de façon à assurer une bonne répartition du fumier. La presque totalité de leurs champs sont en luzerne. Bien que la plupart des producteurs hésitent à ne donner que de la luzerne à leurs bêtes, les Swanson évitent les problèmes grâce à une surveillance vigilante de leur troupeau et en ajoutant un agent antigonflement dans leur eau à boire. Des cosses d’avoine et des gousses de légumineuses d’une usine de transformation locale fournissent un supplément nutritif au troupeau et améliorent la qualité des sols. Plutôt que faire usage d’enclos d’hivernage pour ensuite avoir à y enlever le fumier, des brise-vent portables, montés sur des patins, sont utilisés afin que le troupeau continue le « recyclage des éléments nutritifs », même l’hiver. Finie la récolte mécanique, le fumier à ramasser, les épandages d’engrais; les opérations qui requièrent de la machinerie ont presque toutes été abolies.

À la mi-septembre 2005, les céréales du voisin, de l’autre côté du chemin, attendaient encore d’être récoltées. Les récoltes étaient loin d’être terminées dans la région de Lloydminster et il y avait peu d’espoir qu’elles le soient avant les neiges. La qualité du grain s’était grandement détériorée avec les fortes pluies reçues dans la région. Les champs des Swanson, verts et fournis, se portaient merveilleusement bien, tout comme le troupeau d’ailleurs…

« Il y a encore beaucoup de possibilités en agriculture mais il faut s’adapter, changer notre façon de fonctionner, innover », poursuit Wyett.

« Retirer les éléments nutritifs pour les expédier aux quatre coins du globe, pour ensuite investir des sommes incroyables pour les remettre en place, c’était possible lorsque le carburant n’était pas cher, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. »

Le système en vase clos des Swanson est pour ainsi dire à l’abri des intempéries et des hausses du prix du carburant. Ceux-ci comptent maintenant se lancer dans la transformation et le marketing direct de leurs produits.

Les variables climatiques ont aussi eu un grand impact sur le plan d’entreprise de Tim Nerbas et de sa conjointe. « Nous ne voulions pas que notre entreprise soit vulnérable. Il y aura toujours des années de sécheresse et des années trop pluvieuses, nous devons être prêts à vivre ces extrêmes. Nous avons donc augmenté notre cheptel de façon significative depuis les cinq dernières années, question de nous diversifier et ne pas uniquement dépendre de la culture des céréales. Notre but est d’atteindre un certain équilibre financier entre les deux. »


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