Avec ses 260 acres en culture, la Ferme Rodveil produit de l’ensilage de balles rondes, de l’ensilage de maïs, du maïs humide et du foin sec. Un distributeur automatique d’aliments est utilisé pour servir à chaque vache une ration de concentrés ajustée à sa production et à sa cote de chair.


Sophie fait l’éloge de ses beaux-parents, André Rodrigue et Laurette Veilleux. Elle leur manifeste beaucoup d’amour et d’admiration.

« Ce sont des gens très généreux, porteurs de belles valeurs et qui sont demeurés positifs face à la vie malgré les épreuves. »

À deux reprises, en l’espace d’une décennie, la ferme du couple Rodrigue-Veilleux est presque entièrement détruite. En 1979, une tornade couche au sol l’étable et la maison. Dix ans plus tard, le 24 juin 1989, le moteur du convoyeur à balles de foin fait défaut et provoque un incendie qui ravage l’étable. Vingt et une génisses y trouvent la mort. Tout remettre sur pied demande à André et Laurette une bonne dose de courage. Chaque fois, et sans qu’ils ne demandent quoi que ce soit, ils sont épaulés par leur famille, leurs amis et les gens du village. « Une aide inestimable », fait savoir Dany, leur fils et conjoint de Sophie. Encore trop jeune à l’époque, il n’a qu’un vague souvenir de l’événement de 1979, mais 1989, alors qu’il a 15 ans, le marque définitivement. « Par moments, mon père pensait tout laisser tomber, dit-il, mais sa grande force intérieure a toujours refait surface. »

Sophie Champagne et Dany Rodrigue résument leur élevage à trois choses : passion, conformation et persévérance.

Avec un quota de 45 kg, les 50 vaches de la Ferme Rodveil (Rodrigue – Veilleux), dont 3 sont classifiées Excellente, 33 Très Bonne et 10 Bonne Plus, produisent en moyenne 10 000 kilos de lait. Voilà beaucoup de chemin parcouru depuis 1964, année au cours de laquelle André, employé dans une usine, et Laurette, institutrice, achètent, à Saint-Simon-les-Mines, en Beauce, une terre d’une cinquantaine d’acres et une vieille grange. Ils se lancent alors en production avec huit vaches Ayrshire croisées. C’est tout ce que leur permettent leurs économies. Quand ils dégagent quelque argent, ils achètent une vache. André élève également deux ou trois chevaux Belge, une race qu’il affectionne particulièrement et dont il est fier d’exposer les sujets. Sa passion pour l’exposition, qu’il a d’ailleurs transmise à Dany, remonte à cette époque. En 1965, il opte pour la Holstein en raison du volume de lait plus important qu’elle produit. Les premiers sujets pur sang sont acquis en 1983, six génisses et quatre vaches. Six ans plus tard, le troupeau ne compte que des sujets de race pure.

Cadet d’une famille de cinq garçons, Dany n’est pas le premier à souhaiter prendre la relève de l’entreprise. Ses frères Paul et Sylvio se manifestent avant lui. Il travaille alors avec eux à la ferme et suit parallèlement, en cours du soir, en 1989 et 1990, une formation d’imprimeur. Mais le déclic ne se fait pas. L’appel de la terre est plus fort.

Sylvio décide de s’établir sur la ferme laitière de son épouse. Dany et Paul travaillent alors ensemble, de 1992 à 1997. Ils possèdent chacun 20 % des parts de l’entreprise. Le reste appartient à André. Après six ans d’une association fructueuse, Paul se retire pour des raisons familiales. C’est Sophie, que Dany rencontre en 1991, qui obtient les parts de Paul. Le transfert de la ferme a lieu en 2003. Dany devient propriétaire à 80 %. Sophie, originaire de Saint-Georges de Beauce, n’a aucun antécédent agricole. Elle a occupé pendant plusieurs années les fonctions de commis comptable dans l’entreprise de son père. Sophie prend rapidement goût à la vie à la ferme. Pour se mettre à niveau, elle complétera, au cours des hivers de 2003 et de 2004, un DEP en agriculture à Saint-Anselme.

En 1991, la famille Rodrigue fait l’achat de Meadolake Valiant Mandy Ex, une vache exceptionnelle qui contribue largement à l’essor et à la renommée que connaît depuis l’entreprise.

Rodveil Gibson Shakira
Tout-Québec 2002 1re génisse été E.I.H.Q.

La génétique hors du commun de cette vache étoile améliore sensiblement celle de tout le troupeau. Mandy remporte de nombreuses expositions au Québec. Ses filles remporteront 21 premiers prix! La famille de vaches qui en est issue attire plusieurs acheteurs. Mais les propriétaires de la Ferme Rodveil ne sont pas de véritables commerçants. « Avoir des animaux de qualité, c’est pour nous une satisfaction personnelle, explique Dany, responsable du troupeau et de la gestion de l’entreprise. Je ne cherche pas à vendre mes meilleures. Si j’avais vendu tout ce qu’on m’a demandé, notre troupeau ne serait pas où il en est aujourd’hui. Bien sûr, on vend des vaches pour la production, mais la base, les vaches souches, demeure dans le troupeau, car trouver de très belles et bonnes bêtes est de plus en plus difficile et, surtout, coûte de plus en plus cher. »

Au fil des ans, l’exposition prend une part de plus en plus importante dans les activités de la ferme et la conformation des sujets devient un souci constant. En 1999, on présente une dizaine de bêtes à l’exposition de Thetford Mines. En 2000, le couple fait l’acquisition de Guayclair Rudolph Sibine EX, une autre vache de haut calibre qui, en 2001, mérita une nomination Tout-Québec 3 ans Senior. Malheureusement, elle meurt au vêlage en 2003. Elle laisse tout de même une descendance digne de mention, dont Rodveil Gibson Shakira (TB 86 points 2 ans) qui remporte le titre Tout-Québec Génisse été 2002 et la Mention Honorable Tout-Québec en 2003. Citons également les génisses Rodveil Dundee Jena, désignée All-Canadian et Réserve Tout-Québec en 2003, et Rodveil Windstar Witara, qui décroche les titres nomination All-American et Mention Honorable Tout-Québec en 2000. La Ferme Rodveil accumule, année après année, un nombre impressionnant de prix et de bannières : Éleveur, Exposant, Grande Championne, Championne de Réserve, Mention Honorable, Propriété et élevée, etc.

Les génisses destinées à l’exposition sont élevées dans des enclos qui leur sont réservés. C’est lorsqu’elles ont atteint l’âge de trois ou quatre mois que Dany et Sophie peuvent porter un jugement éclairé et les départager. André, qui a toujours un bon œil, conseille judicieusement ces derniers. Ils ne perdent pas de temps avec les taures dites commerciales, qu’ils gardent tout de même dans le troupeau, ou encore, qu’ils vendent lorsqu’on leur en fait la demande.

Guayclair Rudolph Sibine EX 1-11 – 11 337 kg – 4,1 % – 3,4 % (285-315-305)
Nomination Tout-Québec 3 ans Sr 2001

Commence alors, pour les heureuses élues, un traitement particulier : suivi serré des courbes de croissance, alimentation rigoureusement contrôlée, domptage, tonte et entraînement à la marche. « Le secret est dans la sauce », lance Sophie, qui est chargée des génisses, de l’exposition et de la comptabilité de la ferme. « Le regard des experts-conseils de La Coop Alliance, Robin Malenfant et Philippe Couture, aide beaucoup, de la naissance à l’exposition. Enfin, Denis Descôteaux, un ami, contribue grandement à la sélection des sujets. »

Les sujets ont accès à l’extérieur pour faire de l’exercice et, au besoin, maigrir. Un mois avant l’exposition, ils sont lavés tous les jours. La propreté de l’étable est exemplaire et la bonne ventilation assure à tous un grand confort. « Il n’y a pas beaucoup d’erreurs parce qu’il y a beaucoup de suivi, souligne Dany. Mais ce ne sont pas toujours les plus belles taures qui donnent les plus belles vaches. J’ai déjà payé des vaches très cher, sans résultats. Il faut acheter d’une famille connue. » Pour le couple, l’exposition est une récompense pour tout le travail accompli. Un hobby qu’il pratique par pur plaisir.

Dans un avenir rapproché, les propriétaires aimeraient bien mettre la main sur une « Sibine numéro 2 », mais c’est pour le moment hors de prix. Ils achètent une vache par année pour accroître le statut génétique du troupeau. Depuis une dizaine d’années, ils pratiquent la transplantation embryonnaire avec leurs meilleurs sujets.

André et Laurette Rodrigue, toujours actifs sur la ferme, sont une source constante d’inspiration pour Dany et Sophie.

Sophie et Dany estiment que leur ferme est suffisamment grosse pour bien les faire vivre. « Si on ne peut pas vivre avec ça, on va vendre », affirme Dany, 32 ans, qui aimerait, un jour, être couronné Maître Éleveur, la plus grande distinction qu’un éleveur Holstein puisse obtenir.

« On veut vivre au jour le jour, poursuit Sophie. On ne cherche pas à augmenter la grosseur du troupeau. On préfère miser sur la qualité des vaches. Enfin, on ne veut pas tirer de vaches qui ne soient pas bien conformées. Les vaches classifiées Bonne sont vendues. »

À 63 ans, André travaille toujours cinq jours par semaine à la ferme. Une aide fort appréciée par le jeune couple, tout particulièrement depuis la naissance de Léa-Maude, âgée d’un an. « Il est à toutes les expositions, fait remarquer Sophie, de même que son épouse Laurette qui nous aide grandement. Ils sont pour nous une véritable source d’inspiration et de courage. ».


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