L’expérience française est encourageante. Les producteurs qui ont amélioré leur régie ont survécu à une violente crise de syndrome de dépérissement en post-sevrage (SDPS).


À l’invitation de La Coop fédérée, près de 400 producteurs porcins sont venus écouter le témoignage du Dr François Madec, le 8 février dernier à l’Hôtel Universel de Drummondville. Agronome de formation, le Dr Madec est le directeur adjoint du Laboratoire de Recherche Vétérinaire et directeur de l’Unité d’épidémiologie et bien-être du porc de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, à Ploufragan, en France.

Vraisemblablement, l’initiative de La Coop fédérée a plu. « On aurait pu entendre une mouche voler lors de la présentation du Dr Madec tellement la situation du circovirus préoccupe nos producteurs », a expliqué Étienne Hardy, directeur de la production porcine à La Coop fédérée. « Avec une augmentation du taux de mortalité de 2,5 % à l’échelle provinciale en phase d’engraissement depuis un an, tous sont à la recherche de solutions pour contrer le SDPS. Le but de notre démarche était de mieux faire comprendre aux éleveurs les 20 recommandations de Madec et de les inviter à revoir leurs habitudes afin de contrer cette maladie. »


Situation en France
Le centre de recherche du Dr Madec est situé en Bretagne, dans une des zones de production intensive de l’ouest de la France avec 650 000 truies réparties en 6000 élevages. Leur premier cas de MAP (maladie de l’amaigrissement du porcelet), comme on l’appelle en France, est apparu en juin 1996. Les mois qui ont suivi ont vu une prolifération extraordinaire de la maladie. En 1997, plus de 200 élevages faisaient face à des problèmes sévères avec des pertes qui atteignaient un seuil de 30 % à 35 %. Un plan d’action a été mis en place d’urgence afin d’assurer la survie des producteurs et visait à réduire le taux de pertes à 10 %. Deux ans après la mise en place des premières mesures pour contrer la maladie, on constate une réduction nette de la sévérité et depuis 2002, le problème est pour ainsi dire contrôlé. La crise aiguë aura duré 2 ans et demi, mais comme le rappelle le Dr Madec : « Dans le domaine de la santé, rien n’est jamais acquis. »


Résultats de l’étude de Ploufragan
L’équipe de chercheurs du Dr Madec a fait différentes constatations au cours de l’étude qui s’est échelonnée sur 10 ans. Ils ont remarqué que la maladie se manifestait de façons différentes chez les porcelets d’un même lot alors que d’autres, pourtant infectés avec le même virus, pouvaient ne jamais avoir de manifestation!

Ils ont aussi déterminé que la phase critique de la manifestation de la maladie se situait entre 8 et 13 semaines. La transmission se faisait de façon horizontale, c'est-à-dire d’animal à animal. Les signes cliniques accompagnant le dépérissement incluaient la diarrhée et des problèmes respiratoires. La présence de gros ganglions lymphatiques dans la zone génitale, d’anémie et une température corporelle pouvant atteindre 41 °C, annonçait une perte de poids imminente et l’apparition de boutons noirs était là un indice que l’animal mourrait dans les jours qui suivent.

Étienne Hardy, directeur de la production porcine à La Coop fédérée : « Avec une augmentation du taux de mortalité de 2,5% en phase d’engraissement, tous sont à la recherche de solutions pour contrer le SDPS. »

Il a également été noté que certaines variables augmentaient le facteur de risque et donc, fragilisaient un nombre appréciable de porcelets. Parmi celles-ci on retrouve : les infections avec le virus du syndrome reproducteur et respiratoire porcin (SRRP), le mycoplasme, le parvovirus, des abcès aux points d’injection, l’hygiène, l’entassement et la prise de certains vaccins. À ce sujet, le Dr Madec précise qu’il ne faut pas les supprimer, mais vacciner les bêtes judicieusement car, à titre d’exemple, chez les porcelets issus de truies qui avaient été vaccinées contre le parvovirus et avaient reçu une vaccination passive de circovirus porcin de type 2 (PCV2), l’incidence de maladie était plus faible.

Selon le Dr Madec, la prise de colostrum semble déterminante. Ici comme ailleurs, il est reconnu que plus les porcelets ont consommé de colostrum, plus ils sont en bonne santé, donc mieux protégés contre la maladie. Par contre, plus leur système immunitaire est compromis, plus la manifestation de la maladie devient virulente. Les chercheurs français ont donc déduit que l’environnement dans lequel le porcelet grandit doit avoir un impact sur le développement du SDPS. Les premières recommandations ont donc été de neutraliser le PCV2 en préconisant des mesures draconiennes en matière de gestion de la régie.

Dre Brigitte Boucher, consultante en médecine porcine pour La Coop fédérée.

« Pas un seul producteur d’élevage à problème a continué d’avoir 20 % de mortalité en appliquant un minimum de 17 ou 18 de ces recommandations », selon le Dr Madec, qui ajoute qu’il n’est pas nécessaire d’être bon partout, mais que chaque amélioration aura sûrement un impact sur le taux de mortalité. Quant aux chances de survie d’un producteur dont l’élevage subit une crise de SDPS et qui n’effectue aucun changement, le message du Dr Madec est très clair. Les producteurs français qui avaient un taux de mortalité de 15 à 20 % et n’ont rien changé à leur pratique ont tous fermé boutique moins de 2 ans après le début de la crise de MAP (SDPS).


Plan de contrôle Madec
Maternité
1. Effectuer une vidange, un nettoyage et une désinfection. Ne pas oublier que le béton est poreux et qu’il faut lui laisser plusieurs jours pour sécher.
2. Laver et déparasiter les truies. Les porcelets naissent stériles. Il est important de faire entrer des truies propres dans une section de mise-bas propre.
3. Adoptions. Procéder dans les 24 heures, mais prendre soin de laisser les porcelets téter le colostrum. C’est une condition de réussite incontournable.
4. Adoptions. Afin de limiter l’effet « portée » du SDPS, il est préférable de limiter le taux d’adoption et de procéder par rang de parité.


Post-sevrage
5. Petites cases. Idéalement, prévoir une portée par case. Celle-ci devrait avoir des cloisons pleines afin de minimiser le contact entre les portées et la transmission de la maladie.
6. Effectuer la vidange du lisier, le nettoyage, le lavage et la désinfection. Ne pas nettoyer qu’en surface, il faut aussi nettoyer en dessous, bref, sous les lattes.
7. Chargement maximal : 3 porcs/m2 à l’entrée. Un troupeau de cochons, c’est aussi un troupeau de microbes. Plus il y a entassement, plus le risque de développement de la maladie est grand.
8. Longueur d’auge : 7 cm/porc.
9. Ventilation. Le taux de ventilation doit être parfait.
10. Température. La température doit être parfaitement contrôlée. « Vous devez offrir le Sheraton à vos bêtes », a lancé le Dr Madec.
11. Pas de mélange de bandes. On recommande une seule bande par salle et on préconise le tout-plein, tout-vide.


Engraissement
12. Petites cases à cloisons pleines.
13. Effectuer la vidange du lisier, le nettoyage, le lavage et la désinfection (les recommandations sont les mêmes qu’en post-sevrage).
14. Entassement. On a tendance à placer 2 porcs/m2, mais il serait préférable de prévoir au moins 0,75 m2/porc. Il faut songer à la santé et à la sérénité de l’animal. Le calcul économique ne devrait pas seulement se faire à court terme.
15. Ventilation et température. N’oubliez pas d’offrir « le Sheraton » à vos bêtes.
16. Pas de mélange de cases.
17. Pas de mélange de bandes.


Autres mesures
18. Respecter les flux. Préconisez un flux unique pour l’air et les animaux.
19. Hygiène et interventions (castrations, injections). Prendre soin de désinfecter les aiguilles et le scalpel.
20. Retrait des bêtes en dépérissement. Préconiser l’euthanasie quand les animaux sont malades. Ceux qui résistent à la maladie peuvent basculer rapidement.


Conclusion de la présentation
Le Dr Madec a émis différentes hypothèses quant à l’émergence du SDPS. Ce « nouveau » problème, d’après lui, est en fait la manifestation d’un virus « ancien » (les recherches ont prouvé que le PCV2 était déjà présent dans les troupeaux dans les années 70) qui a trouvé les conditions favorables pour se développer. Si le virus n’a pas changé, c’est alors l’environnement qui s’est modifié ou qui fait en sorte que la réponse immunitaire de nos porcs a changé. Le plan de contrôle du Dr Madec est en fait un appel au retour de pratiques plus anciennes, plus sécuritaires de la conduite par bandes. Comme on ne peut se débarrasser du PCV2, le Dr Madec préconise de l’apprivoiser, comme nous l’avons fait dans le « bon vieux temps » avec d’autres maladies.

Plus de 400 producteurs porcins et experts-conseils ont écouté le témoignage du Dr François Madec.

Bien que certaines des recommandations du Dr Madec devront être adaptées à la réalité du Québec (le ratio de 100 truies par employé, par exemple!), il demeure néanmoins que les producteurs se disent réceptifs à la méthode bretonne. Jocelyn Brodeur, un naisseur-finisseur avec 800 truies, dans la région de Granby, qui a vécu une crise de SDPS l’an passé et a connu un taux de mortalité de 15 à 20 %, croit en l’efficacité du plan de contrôle Madec. « Les recommandations qu’on m’avait faites l’an passé étaient un peu basées sur celles de Madec. J’ai réduit mon cheptel de truies et mis ça en bandes aux quatre semaines pour avoir un sevrage unique par mois (voir l’article à la page 72). J’ai aussi fait quelques changements à ma régie – ce qui était applicable ici – et j’ai pu réduire mon taux de mortalité, du sevrage à la vente, à 7 ou 8 %. Mais suite à la conférence, j’ai l’intention de reprendre les points plus sérieusement, surtout pour ce qui a trait à la mise-bas. »

Quant à Éric Martin, de Pike River, dans la région de Bedford, la conférence du Dr Madec lui a confirmé qu’il a la situation bien en main. Naisseur-finisseur de 250 truies, la Ferme Cormier-Martin n’a jamais connu de crise de circovirus, bien que ses animaux sont positifs « comme partout ailleurs », mentionne M. Martin. Il prévoit néanmoins réduire l’entassement de ses porcelets. « C’est un point qui a été soulevé dans la conférence et qui devrait diminuer notre taux de mortalité. »

Ces paroles sont rassurantes pour la Dre Brigitte Boucher, consultante en médecine porcine pour La Coop fédérée. « Changer les habitudes des éleveurs n’est pas chose facile, mais le statu quo n’est pas une option », insiste-t-elle, rappelant « qu’il est plus facile de contrer des infections bactériennes que des maladies virales comme celle du circovirus. Les producteurs doivent revoir leurs facteurs de risque, dans ce cas-ci, ce serait salutaire. »


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