Avoir l’esprit ouvert, être à l’affût des nouveautés, innover, trouver des solutions originales et faire preuve d’audace, voilà, entre autres, ce que les membres du réseau coop se sont toujours donné comme mission pour faire progresser leur agriculture. Dans le texte qui suit, la production porcine coop démontre qu’elle colle à cette ligne de pensée.


Les années 2004 et 2005 ont entraîné leur lot de problèmes sanitaires dans les élevages porcins du Québec. Cette situation nous a encouragés à rechercher des solutions pour en améliorer l’état de santé.

En scrutant la régie de la chaîne de production actuelle, il y a, selon nous, un point majeur à rectifier. Il faut absolument réduire l’hétérogénéité des groupes de porcelets qui sont transférés en pouponnière et en engraissement. Pour ce faire, trois choses importantes doivent être appliquées :
1. Ramener l’âge au sevrage à nos objectifs initiaux (pas en deçà de 15 jours) et tendre vers un âge moyen minimum de sevrage de 17 jours;
2. Sevrer des bandes de porcelets avec des âges et des poids uniformes, et ce, jusqu’à l’engraissement;
3. Adopter de façon définitive le mode de production tout-plein, tout-vide pour chaque bâtiment ou chambre; notion qui, jusqu’à présent, n’a pas été souvent respectée.

Voilà les objectifs. Voyons maintenant comment on peut les réaliser.

La conduite des maternités en bandes toutes les quatre semaines est une voie plus qu’intéressante à envisager pour des producteurs dont les élevages sont aux prises avec des problèmes sanitaires ou qui veulent se sécuriser pour l’avenir. Déjà, au Québec, certaines fermes porcines pratiquent l’élevage en bandes toutes les deux ou trois semaines. C’est maintenant aux quatre semaines que peuvent s’ajuster certaines fermes porcines de type naisseur-finisseur ou certaines filières porcines.

Pourquoi toutes les quatre semaines? Ce mode de gestion, déjà appliqué en Europe, permet premièrement d’utiliser de façon optimale nos installations existantes (investissement minimum). Deuxièmement, cela permet d’abaisser les exigences sanitaires dans les élevages.

Pour en comprendre les détails, voici un exemple d’application chez un membre du réseau coop.


Les Entreprises Jean Brodeur audace et innovation
Chez les Entreprises Jean Brodeur, à Saint-Alphonse de Granby, l’année 2004-2005 n’a pas fait exception à ce qu’ont vécu les producteurs ailleurs en province. Avec un réseau de 1400 truies divisé en cinq sites de maternité et divers sites de pouponnières et d’engraissements (gérés avec de rares vides sanitaires), il devenait prioritaire d’effectuer un virage au chapitre de la régie, car la détérioration des résultats techniques causée par les dérives sanitaires rendait difficile, à long terme, la viabilité de la production porcine pour cette entreprise.

Devant l’impasse, Gérald Paquin et Francis Lajeunesse, experts-conseils à La Coop Fédérée, ont proposé aux Brodeur de modifier leur régie et de passer au mode « en bandes aux quatre semaines ». Mais pour mettre en place de façon rigoureuse ce type de régie innovatrice, les éleveurs et leurs conseillers doivent former une équipe solide. C’est ce que les copropriétaires, Jean (père) et Jocelyn (fils et responsable du secteur porc des Entreprises Jean Brodeur), ainsi que l’équipe d’experts-conseils de La Coop fédérée ont fait au printemps 2005.

Après avoir pris connaissance de toutes les implications techniques et financières de cette nouvelle régie, les producteurs ont adopté l’idée. Il fallait maintenant élaborer le plan de match.
1. Fermer plusieurs sites de maternité et baisser l’inventaire de truies.
2. Agrandir et rénover un des sites naisseur et faire la production d’abord avec 800 truies en bande toutes les quatre semaines (une source de porcelets extérieure gérée en mode tout-plein, tout-vide complète temporairement le réseau).
3. Investir dans les sites de pouponnières et d’engraissements pour ajuster le nombre de places en fonction des bandes de porcelets.

Le grand défi pour mettre en place cette nouvelle gestion est la synchronisation des bandes. Ce travail, qui consiste à cycler le troupeau de truies de façon artificielle, a débuté en mai 2005 avec l’appui du vétérinaire praticien. On a ainsi fait passer le nombre de mises bas de 36 par semaine à 144 toutes les quatre semaines. Cette pratique a permis de sevrer environ 1350 porcelets une fois par mois depuis août 2005.


Cette gestion comporte les avantages suivants
1. La diminution des exigences sanitaires en pratiquant le mode tout-plein, tout-vide strict dans le bloc mise bas, des pouponnières et des engraissements.
2. Une seule source de porcelets par bâtisse, donc amélioration des performances zootechniques.
3. Des lots de porcelets de poids et d’âge plus uniformes.
4. Une économie sur les transports de porcelets (1 sevrage/4 semaines).
5. Deux semaines sans interventions majeures en maternité.
6. La facilité de céder de grosses bandes de porcelets dans le cas d’un surplus.
7. La possibilité de sevrer des porcelets à un âge plus avancé (18 jours au lieu de 16).


Quelques éléments sont toutefois plus difficiles à gérer
1. Pointes de travail. Effectuer les saillies et gérer les mises bas dans une même semaine. Sevrage et nettoyage au cours d’une autre semaine.
2. La gestion des retours des chaleurs s’est avérée plus difficile.

Comme le mentionnait Jocelyn Brodeur, copropriétaire et responsable du secteur porcin de l’entreprise familiale, les pointes de travail ont, dans un premier temps, fait peur aux employés. Mais elles sont vite devenues une source de motivation pour eux. Chacune des nouvelles bandes sevrées devient un défi en soi au moment de la détection des chaleurs et des saillies. Les résultats parlent d’eux-mêmes. Depuis le début de la pratique des élevages en bandes toutes les quatre semaines, le taux de fertilité se maintient au-dessus de 90 %.


S’il y a plus d’heures de travail durant cer-taines semaines, en revanche, il y en a moins dans d’autres. Les employés profitent de ces périodes pour prendre des congés.

En plus de gérer maintenant une section mise bas de 144 places en mode tout-plein, tout-vide, les Brodeur ont installé un silo et une ligne de soigneurs réservée pour les truies sevrées dans le bloc de saillie afin qu’elles profitent d’une moulée spécifique lors du sevrage.

En pouponnière et en engraissement, Jocelyn Brodeur est très motivé, car les résultats tech-niques ont été ramenés à des niveaux plus qu’intéressants. Jusqu’à présent, les taux de mortalité reviennent à la normale.

Pour Jocelyn, c’est mission accomplie. Il reconnaît que c’est une excellente décision et qu’il ne retournerait plus au mode de gestion qu’il pratiquait auparavant. Voilà un exemple d’audace qui, nous en sommes sûrs, ouvrira la porte à d’autres expériences.


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