Françoise Mongrain a conservé sa détermination de sportive. En effet, le volley-ball, le baseball, le ping-pong et le ballon-balai, entre autres, ont occupé ses années de jeunesse à Saint-Félix-de-Dalquier, en Abitibi. Aujourd’hui, cette productrice laitière, nommée Agricultrice de l’année 2005, a toujours l’esprit sportif mais cette fois, compter des buts signifie atteindre ses objectifs.


Quand Françoise Mongrain décide d’entreprendre un projet, elle s’y lance tête première. Ce total dévouement lui a déjà causé des problèmes de santé. En 1985, presque sept ans après avoir acquis l’entreprise laitière avec son mari, Réjean Samson, ils doivent vendre le troupeau, le quota et la machinerie. « Je n’avais plus d’énergie et j’avais des blessures qui m’empêchaient de marcher. Bref, je n’étais plus capable de travailler », raconte-t-elle. Diagnostic : de l’hypoglycémie, un dérèglement entraîné par une insuffisance de sucre dans le sang. « Une alimentation adéquate a amélioré mon problème de 75 %. Le plus lourd a été de vivre l’effet psychologique », dit-elle spontanément. En effet, le couple avait nourri l’ambition de transférer cette entreprise à ses enfants. Un rêve s’écroulait.

Toutefois, déterminés à vivre d’agriculture, Françoise et Réjean n’hésitent pas, en 1990, à racheter du quota et des animaux.

L’entreprise recense aujourd’hui 110 sujets Holstein de race pure, dont 53 sont en lactation. Leur classification : 8 Très bonnes, 33 Bonnes plus et 15 Bonnes. Elle compte en plus 405 hectares (1000 acres) de terre, dont un peu plus de 120 hectares cultivés en céréales et en foin. Une partie est en boisé.

À la ferme, Françoise a toujours misé sur le troupeau, le secteur dont elle avait la responsabilité, considérant qu’il représentait l’activité qui rapporte le plus. « J’ai mis l’accent sur le développement de la génétique, l’amélioration de la production par vache, le contrôle de l’âge au premier vêlage et du taux de leucocytes dans le lait et le suivi pour la santé des animaux. » Le prochain cheval de bataille est la réduction des coûts de production. « On s’en est toujours préoccupé, mais on n’y a pas mis toute l’énergie nécessaire », raconte-t-elle.

Cette fois-ci, le rêve de Françoise et Réjean de transférer l’entreprise devient réalité : leur fils, Frédéric, diplômé en production laitière, est associé depuis 2001 et leur fille, Valérie, possédant un DEC en Gestion et exploitation d’entreprise agricole, deviendra aussi copropriétaire ce printemps. Quant à leur autre fille, Karine, formée en techniques juridiques, elle travaille dans le domaine des assurances à la caisse populaire.


Engagements dans la collectivité
En 1992, Françoise s’engage au sein du Syndicat de base de l’UPA, secteur Centre Abitibi, pour deux ans. Elle y reviendra en 1999 pour presque cinq ans.

C’est toutefois à La Coop Amos qu’elle fera ses plus grandes réalisations. On la nomme au conseil d’administration en 1994. C’est la première femme à y siéger. Quatre ans plus tard, elle devient vice-présidente et en 2000, année du 25e anniversaire de la coop, elle accède à la présidence.

En 1994, Françoise était la première femme à être élue au conseil d’administration de La Coop Amos. Depuis l’an 2000, elle en est présidente.

Elle prendra le taureau par les cornes pour rendre à terme plusieurs projets déjà dans l’air, dont celui de se joindre aux deux autres coopératives de la région de l’Abitibi-Témiscamingue pour former la société Nord-Agri. L’objectif de cette société est de développer la production porcine dans la région en aidant, financièrement et techniquement, les producteurs intéressés à démarrer une unité de production et à devenir autonomes. Nord-Agri possède une participation dans une maternité de 800 truies, mise sur pied en 2001. « J’ai été membre fondatrice de cette organisation et je siège toujours sur le conseil d’administration », souligne celle qui n’a jamais eu de problème à travailler avec les hommes. En effet, elle a toujours su prendre sa place et faire preuve d’initiative lorsqu’il était nécessaire.

Sous son leadership, les installations de La Coop Amos font peau neuve, et la quincaillerie est agrandie pour y intégrer d’autres produits. Cette coopérative offre désormais tous les services nécessaires en production agricole : approvisionnement en intrants à la ferme, centre d’engrais minéraux (activité partagée avec La Coop d’Abitibi-Ouest à La Sarre), produits pétroliers, centre de jardin, quincaillerie et matériaux de construction. Elle possède même un poste de rassemblement loué aux producteurs de bovin de la région.

Françoise Mongrain est une femme d’affaires, mais aussi une femme de valeurs. À l’occasion du 25e anniversaire de la coop, elle a tenu à rencontrer tous les anciens présidents pour inclure une page de leur histoire dans le livre-souvenir.

De plus, elle a inculqué aux membres la notion de propriété de la coop. Ainsi, quand l’un d’eux parlait de « la coop », elle les reprenait en disant « ta coop ».

Ces quelques missions qu’elle a dirigées avec la collaboration de tous les membres du conseil d’administration, de la direction, des employés et des membres sociétaires de la coopérative ont valu à La Coop d’Amos d’être finaliste au concours de la Coopérative Étoile 2005, catégorie chiffre d’affaires de moins de 5 millions de dollars, organisé par La Coop fédérée. Cet honneur est accordé à la coopérative qui a le mieux réussi dans ces trois secteurs stratégiques : gestion de l’entreprise, gestion des ressources humaines et gestion de la vie associative.

Pour Roger Bélanger, directeur général de La Coop Amos, Françoise Mongrain est une femme capable de rallier les gens vers un objectif commun. « Elle est très active et suit de près tous les dossiers chauds. Elle est aussi visionnaire et sait reconnaître les opportunités. »

À la ferme, Françoise a toujours misé sur le troupeau, le secteur dont elle avait la responsabilité, considérant qu’il représentait l’activité qui rapporte le plus.

Tout récemment, Françoise Mongrain a accepté un nouveau défi : raviver la flamme du Syndicat des agricultrices de sa région. « En assistant aux réunions, je me suis rendu compte que les jeunes d’aujourd’hui font face aux mêmes problèmes que nous vivions, il y a quelques années. Il n’y a donc rien de changé. » Elle vise à réunir les femmes, d’abord pour qu’elles se connaissent mieux et ensuite pour qu’elles fixent ensemble des objectifs. « C’est un peu ce qu’a fait Francine Ferland au niveau provincial et elle a fait une bonne job. »

« Ma mère est vraiment une femme de projets », lance sa fille, Valérie, présente à l’entrevue avec sa petite fille, Allyson. Elle souligne notamment que Françoise a appris à modérer ses ardeurs pour ne pas sombrer encore dans la maladie. D'ailleurs, l’agricultrice sait comment s’évader lorsque le verre est près de déborder : « Quand je veux faire le vide, je pars en quatre-roues. Je fais le tour des champs et des boisés et je ramasse des fruits sauvages. Ça me détend et me libère l’esprit. »

Bien que l’entreprise laitière et la coop occupent beaucoup de place dans la vie de cette agricultrice et femme d’affaires, la famille est toujours placée en priorité. Elle s’est efforcée de transmettre de bonnes valeurs à ses enfants, comme la pratique de sports et la participation à des activités sociales. Pour ce qui est de leur avenir, elle les a incités à choisir d’abord un métier qu’ils aiment. De ce fait, elle est très satisfaite que deux d’entre eux aient opté pour l’agriculture.

Elle savoure maintenant son rôle de grand-mère de deux petits-enfants nés en 2004, Allyson et Xavier. « Les voir grandir met du piquant dans ma vie », dit-elle en répondant aux questions, tout en se tournant à l’occasion vers sa petite-fille pour lui arracher un sourire.


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