Cette remarque, combien de fois l’ai-je entendue! Tout le monde parle d’abaisser les coûts de production et voilà qu’on vous parle de moulées complètes pour alimenter les vaches… Une mise au point s’impose.


À première vue, cela semble incongru. Mais comme je le mentionnais dans un précédent article, il existe une différence entre le coût d’alimentation et le coût de production total. Au bout du compte, l’important c’est l’atteinte de vos objectifs et ce qui vous reste à la fin de l’année. Bien qu’il en coûte plus d’acheter de la moulée, il est surprenant de voir quel en est l’impact réel sur le coût de production total.

Mon but n’est pas de vous vendre l’idée que la moulée complète est la solution de l’avenir pour tous. À tout le moins, je veux susciter une réflexion en analysant les pour et les contre. Après tout, certains producteurs n’ont jamais délaissé ce mode d’alimentation. Pourquoi? Il y a certes plusieurs raisons. Ces mêmes raisons en ont aussi incité d’autres à revenir à la moulée complète. Chez nos voisins du sud, de grandes entreprises alimentent leurs troupeaux à la moulée complète.


Simplicité volontaire
Pourquoi de la moulée complète en 2006? Pour la simplicité de n’avoir qu’un aliment majeur à donner au lieu de trois ou quatre et parfois même plus. Combien vaut cette simplicité? Bonne question. C’est selon la situation de chacun. Si vous avez récemment investi dans un nouveau système d’alimentation, la discussion peut s’arrêter ici. Mais autrement, il y a lieu de s’interroger, car une foule d’autres détails sont à considérer.


Ce mode d’alimentation ne convient-il qu’aux petits troupeaux du Québec et de l’Ontario? Sûrement pas. Plusieurs raisons peuvent justifier l’utilisation de moulée chez les gros troupeaux. Au rythme où sont exécutées les différentes tâches, que ce soit par vous ou vos employés, on peut s’interroger sur la précision des quantités de chacun des ingrédients inclus dans la ration. Que ce soit en mode RTM, avec un distributeur de concentrés ou en alimentant les vaches de façon manuelle, la marge d’erreur pour plusieurs produits servis en petites quantités peut être très grande.

Pour de la moulée donnée à raison de 10 à 15 kg par vache par jour, ce risque est de beaucoup diminué. Que la vache reçoive 12,2 kg de moulée au lieu de 12 kg aura peu d’impact sur sa performance. Par contre, entre 2 kg et 2,2 kg de supplément contenant 40 % de protéine ou encore entre 300 et 325 grammes de minéral ayant un taux de calcium de 15 %, la différence est difficilement visible, mais elle peut coûter cher à la longue.


Plusieurs questions à se poser
L’investissement requis pour utiliser de la moulée est généralement bien moindre. La différence de coûts entre les deux modes d’alimentation (moulée et ingrédients séparés) pour les structures d’entreposage, les frais d’exploitation, le temps et les aliments est à prendre en considération.


Le distributeur de concentrés ou la rouleuse à grains prennent-ils de la place que pourraient occuper des animaux? Quel actif est le plus productif?

Si vous utilisez plusieurs produits différents : supplément de base, minéraux, concentré protéique ou énergétique, avez-vous déjà évalué les pertes dues à l’entreposage? Afin d’obtenir un meilleur prix pour vos différents aliments en sac, vous avez pensé installer un ou des silos afin de les entreposer en vrac. Et si vous n’aviez qu’un seul silo pour de la moulée? Notez que l’option « deux moulées » ou encore « une moulée et un grain produit à la ferme » peut aussi être très intéressante.


Le temps, c’est de l’argent
Le temps que vous consacrez à l’alimentation ne pourrait-il pas servir à faire autre chose? Un producteur m’a dit un jour que le retour à un aliment complet plutôt que l’utilisation de plusieurs ingrédients séparés lui avait permis de réduire de 45 minutes par jour le temps consacré à l’alimentation! Voilà du temps qu’on peut utiliser pour veiller au bien-être des animaux, s’occuper un peu mieux des génisses, faire une vraie bonne tournée de l’étable pour vérifier l’état de santé des sujets, les chaleurs ou tout autre point de régie qui rapportera plus que ce que vous croyez économiser.


D’autres diront qu’il est difficile d’atteindre de hautes performances avec de la moulée complète. Rappelons que le premier producteur à franchir le cap des 12 000 kg de lait de moyenne par vache au Québec l’a fait avec de la moulée et du foin sec, et ce, il y a déjà 10 ans! Des mauvaises langues disaient qu’il achetait son lait. Absolument pas. Il achetait de la moulée et vendait son lait tout comme les autres! Ses coûts de concentrés s’élevaient à 900 $ par vache par année et ses revenus par vache atteignaient plus de 6000 $.

Vous me direz qu’il est plus économique et plus performant d’ajuster les quantités de grains et suppléments en fonction de la production de chaque vache et de la condition de chair… Mais alors, pourquoi parle-t-on de RTM à un seul groupe? Vous pouvez ajuster les quantités ou les proportions dès qu’un changement survient dans les ensilages, direz-vous. Je vous répondrai que de la moulée commandée toutes les deux semaines au maximum, c’est généralement bien assez vite comme temps de réaction. De toute façon, on balance des rations jusqu’à trois décimales alors que la marge d’erreur sur les quantités servies ou les analyses de fourrage est souvent bien plus grande que ce que représente le passage d’une moulée à 16 % de protéine à une moulée à 15 %!

Des argumentations comme celles-là, on peut en avoir encore longtemps. Il ne s’agit que d’une réflexion que je partage avec vous. L’important, c’est de faire des choix avec lesquels vous êtes à l’aise. Mais essayez tout de même d’imaginer une vache du groupe 1 qui mange 14 kg de moulée et 1 kg de supplément en couverture au lieu de 10,25 kg de grains, 3,45 kg de supplément de base, 1 kg de supplément en couverture, 200 grammes de fortifiants 6-2 et 150 grammes de minéral! Et si ça ne vous coûtait pas plus cher, en fin d’année, pour dégager le même revenu, que feriez-vous? Bonne réflexion!





Pourquoi nombre de fermes porcines ou avicoles achètent 2000 tonnes de moulée par année, alors qu’une entreprise laitière qui en utilise 100 tonnes la fabrique? L’impact économique d’utiliser des grains à la ferme semble évident. Mais lorsqu’on décortique les résultats économiques des deux modes d’alimentation, les résultats sont souvent surprenants.

Les moyens pour faire plus d’argent en production laitière sont limités : augmenter ses revenus, diminuer ses dépenses ou encore faire une combinaison des deux. Mais accroître ses revenus n’est pas si simple quand les ventes de lait ne peuvent excéder la limite permise par le quota, et le commerce d’animaux a ses limites. On doit donc se rabattre sur les dépenses. Et l’un des plus gros postes est l’achat d’aliments.

Comme tout bon gestionnaire, on souhaite limiter les achats au minimum. On utilise donc des grains, minéraux et suppléments séparément. Pour comparer les deux modes d’alimentation, nous vous présentons les résultats d’une étude basée sur les résultats financiers de 2004 effectuée auprès de 427 fermes laitières inscrites dans les syndicats de gestion et réparties à travers le Québec.

De prime abord, les économies réalisées en alimentant les vaches avec des grains et suppléments semblent intéressantes. En effet, le coût des aliments achetés est de 6,89 $/hl pour les producteurs qui utilisent ce mode d’alimentation, comparativement à 11,36 $/hl pour ceux qui nourrissent leurs sujets à la moulée complète. Pour un producteur type avec un quota de 40 kg, cela représente 16 615 $/an. Cette histoire, vous avez dû l’entendre plusieurs fois. Dans les faits, après quelques années, la situation réelle ne s’est pas améliorée autant qu’on l’aurait souhaité, et on rejette la faute sur différents facteurs.


Qu’en est-il réellement?
Au Québec, si on compare les coûts d’alimentation totaux (incluant les animaux de remplacement et les fourrages et grains au coût réel), les entreprises « aux grains » dépensent 21,61 $/hl par rapport à 22,16 $/hl pour celles « à la moulée ».* Pour un producteur avec un quota de 40 kg, cela représente une économie d’environ 2007 $/an en faveur des entreprises aux grains.

Pour augmenter le profit net de l’entreprise, on doit tenir compte des dépenses totales et non pas que des coûts d’alimentation. L’utilisation de grains plutôt que de moulées nécessite des ajustements qu’il importe de calculer.

À tailles égales, les entreprises aux grains requièrent 10 % plus de temps-employé que celles utilisant la moulée. Comme chacun sait que les bons employés sont une denrée rare, 10 % d’économie peuvent permettre d’offrir des conditions de travail plus attrayantes et des coûts en moins pour l’entreprise.

En fonctionnant avec des grains et suppléments, les inventaires sont plus importants, et ce, que l’on achète les grains ou qu’on les produise soi-même pour l’année. Encore une fois, à tailles égales, les fermes qui utilisent la moulée ont moins besoin (20 %) de leur marge de crédit et paient par le fait même moins d’intérêts.

« Ma rouleuse, je ne la calcule pas, je la paie cash. » Combien de producteurs ont prononcé cette phrase! Pourtant, les amortissements en immobilisation des entreprises aux grains sont de 1056 $ de plus par année que ceux des entreprises à la moulée. Les imprévus sont fréquents : vis à ajouter, panneau électrique et système d’alimentation à modifier, bâtiment à agrandir, etc.


Les immobilisations en machinerie sont aussi plus élevées pour les fermes aux grains. Elles doivent compter 2789 $ en amortissement de plus par année à ce chapitre. Il faut sans cesse se doter d’équipements pour faciliter le travail : benne à grains, séchoir, vis amovible, etc. Et plus on possède d’équipements, plus les risques de bris sont élevés. L’entretien d’équipements coûte d’ailleurs 477 $ de plus aux entreprises aux grains.

Le niveau d’endettement, l’un des principaux problèmes des fermes laitières, n’est pas le même non plus dans les deux cas. Les fermes aux grains ont, en moyenne, 12 % plus de dettes que celles à la moulée. Cependant, on peut se demander si c’est l’œuf ou la poule qui vient en premier. Est-ce qu’on est plus endetté parce qu’on fonctionne avec des grains, ou est-ce parce qu’on est plus endetté qu’on est passé aux grains? Je n’ai pas la réponse, mais des vis à grains, des modifications de bâtiments et un inventaire plus important ne sont pas des actifs productifs comme le sont des vaches et du quota.

Il n’est pas facile d’évaluer l’impact des modes d’alimentation. C’est pourquoi il importe d’en comparer l’impact sur les dépenses totales de l’entreprise. La situation économique des entreprises aux grains n’est plus aussi intéressante qu’elle le semblait. Les dépenses totales pour les entreprises à la moulée sont de 51,58 $/hl alors qu’elles sont de 52,08 $/hl pour celles aux grains (voir le tableau). Ainsi, les 2007 $/an de plus que coûte l’utilisation de moulée se transforment en une économie nette de 1825 $/an. Il y a de quoi rester songeur, d’autant plus que ces chiffres proviennent d’une étude effectuée auprès de 427 fermes dont les propriétaires vivent les mêmes réalités que vous. Mentionnons toutefois que les résultats peuvent varier d’une région à l’autre et en fonction de la situation de chaque ferme.

Le réseau CO-OP vous propose des solutions personnalisées pour améliorer la rentabilité de votre entreprise. Le coût d’alimentation n’est qu’un des éléments dont il faut tenir compte. Votre expert-conseil dispose d’outils comme Optilait pour mieux répondre à vos objectifs.

Comprenez-vous mieux maintenant pourquoi une entreprise peut acheter 2000 tonnes de moulée par année?



* Dans le présent texte, l'expression « entreprises aux grains » désigne celles dont les troupeaux sont alimentés de grains, suppléments et minéraux alors que les « entreprises à la moulée » sont celles dont les troupeaux sont alimentés à la moulée complète.

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