Peut-on consommer la viande de porc sans crainte?
En définitive, il reviendra au public de décider. En 2005, 200 000 porcs sont morts du syndrome de dépérissement en post-sevrage (SDPS) au Québec. C’est une tragédie pour les producteurs, mais ce que le public veut savoir, c’est s’il y a des risques à consommer de la viande de porc. Le SDPS est extrêmement mortel pour les porcs, mais la maladie n’est pas transmissible aux humains. Si le message n’est pas compris et le public, rassuré, c’est l’industrie en entier qui en souffrira.


Une crise alimentaire n’attend pas l’autre
On a vu, avec le problème de la maladie de la vache folle en Angleterre, des experts affirmer que le ESB n’était pas transmissible aux humains alors qu’ils n’en savaient rien. La crédibilité des autorités auprès du grand public en a été grandement affectée. Depuis, les gens sont sceptiques lorsqu’ils entendent des élus ou des porte-parole de l’industrie leur dire qu’une maladie qui affecte les animaux ne comporte aucun risque pour les humains, et à juste titre.

Le 25 février dernier, l’Union Européenne a confirmé la présence du virus H5N1 de la grippe aviaire dans un élevage de 11 000 dindes du centre-est de la France; le premier cas de contamination dans un élevage. Les Français, en état d’alerte depuis quelque temps, ont agi rapidement. Les dindes ont été euthanasiées, les bâtiments, désinfectés, et une étude épidémiologique a été lancée pour déterminer la façon dont cet élevage a pu se contaminer, étant donné qu’il est fait dans des bâtiments fermés. Deux des 52 millions d’euros (71 367 998 $CAN) d’aide à l’industrie avicole ont été attribués au financement de campagnes visant à encourager la consommation des volailles. Malgré tous ces efforts, on constate déjà que la consommation de poulet a chuté de 25 à 30 % par rapport à l’année dernière.

Il ne faut pas s’étonner si l’opinion publique est si fragile. Les gens ont raison d’avoir peur. Depuis trois ans, les autorités disent que la grippe aviaire risque d’être plus dévastatrice que la tristement célèbre grippe espagnole. Serait-ce le début de l’apocalypse? Tenter de contrer les effets de l’épidémie de peur une fois qu’elle s’est installée au cœur de la population pourrait représenter un défi de taille.

Il est difficile de ne pas s’affoler lorsqu’on lit un tel titre dans un quotidien! Les producteurs durement touchés par le SDPS, étant désœuvrés, ont peut-être eux-mêmes contribué à lancer un signal d’alarme aux médias que nous faisons face à une autre crise alimentaire, plutôt qu’une crise chez les producteurs. La grippe aviaire, le ESB et le SDPS sont après tout trois maladies qui affectent les animaux. Alors que les deux premières sont potentiellement mortelles pour l’être humain, la troisième ne l’est pas. Pour le consommateur qui s’y connaît peu, le risque de confondre les informations est là. Il est bon de se rappeler que le public et les médias ne font qu’un lorsqu’il est temps de déterminer la sécurité de nos aliments.

« Pendant longtemps, l’opinion publique n’avait pas une grande incidence sur nos opérations et, par voie de conséquence, sur nos résultats. Depuis quelques années, nous sentons que le vent a tourné, car c’est le cas », explique Martin Scallon, directeur des affaires publiques et des relations médias à La Coop fédérée. « En fait, ce que nous réalisons aujourd’hui, c’est que nous n’avons plus le choix. Lorsqu’une crise survient, il faut être capable de non seulement contenir la crise, mais aussi protéger la relation de confiance préalablement établie avec le grand public. Le défi est grand, car c’est toute la question de la portée que peuvent avoir des arguments rationnels dans une situation de crise, donc par le fait même, émotive. »

«Lorsqu’une crise survient, il faut être capable de non seulement contenir la crise, mais aussi protéger la relation de confiance préalablement établie avec le grand public», explique Martin Scallon, directeur des affaires publiques et des relations médias à La Coop fédérée.

Jean Brochu, médecin vétérinaire à La Coop Seigneurie, se demande s’il aurait été préférable de mieux informer le public dès l’émergence du SDPS au Québec, d’annoncer qu’un virus qui sévit en Europe depuis 10 ans vient de faire son apparition ici. « Il est délicat de “publiciser” ce genre de problème. Prenez par exemple la grippe aviaire. Il y a longtemps qu’on en parle et, bien qu’aucun cas n’ait encore été décelé au Canada, on sent déjà la crainte du public bien installée. Après la vache folle, la grippe aviaire, c’est maintenant cette maladie du porc qui est suspecte. Il est certain que les gens vont faire le parallèle tout de suite avec ces dernières maladies. Il est probable que la crise du circo ait un impact, mais de quelle ampleur? Tout dépendra sans doute de la couverture médiatique et de la façon dont l’industrie saura rassurer le public quant à l’absence de risque de transmission aux humains. Avec l’annonce récente que le SDPS a tué 200 000 porcs au Québec et qu’il sévit depuis un an, je pense que l’on a du rattrapage à faire pour garder la confiance du public et des consommateurs. »

La réaction publique face à ce dossier étonne la Fédération des producteurs de porcs. « J’ai été très étonnée qu’on dise “on nous a caché ça!” », s’exclame Dominique Blanchard, directrice des communications. « La Terre de chez nous en parle depuis mai 2005 et ça fait six mois que notre président essaie de prendre toutes les tribunes pour dire que c’est la catastrophe pour nos producteurs. » À la suite des récents développements, la Fédération s’est assurée que tous les mécanismes étaient bien en place dès le vendredi 10 février pour répondre aux besoins des médias. « Nous avons demandé que tous les intervenants aient leur propre porte-parole pour s’assurer que le message soit clair, que celui de l’Association des vétérinaires en industrie animale (AVIA) puisse répondre aux questions de santé animale, que celui de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) puisse intervenir s’il y a des inquiétudes par rapport à la viande de porc qui est mise en marché et expliquer son programme de surveillance dans les abattoirs. Quant à notre porte-parole, il s’occupait du message des aides d’urgence qu’on sollicitait du gouvernement. »

Entre informer et risquer d’affoler le public, la ligne est très mince, explique Martin Scallon. « Je vous dirais que la communication n’étant pas une science exacte, on ne sait jamais comment les médias traiteront les informations qu’on leur livre et l’impact que celles-ci auront auprès du public. Ils se sentent souvent obligés de créer de la sensation pour attirer l’attention du public. Et, tant et aussi longtemps qu’il existera un haut niveau d’émotivité autour de l’agriculture, il sera extrêmement difficile d’en faire un débat rationnel. »

Les récentes mises à pied et la fermeture de l’usine d’Olymel de Saint-Simon sont d’excellents exemples de la dualité qui existe entre la dimension rationnelle et émotive d’une situation, selon M. Scallon. « Émotivement, plusieurs citoyens ne veulent plus de nouveaux projets de porcheries
au Québec. À la rigueur, ils souhaiteraient que l’industrie en ferme. À l’inverse, rationnellement parlant, ils voudraient autant d’emplois autour de la production porcine qu’il en existe là où elle est en pleine croissance. Ce genre de situation est typique d’une relation de crise qui existe entre une population et un secteur important de son économie. C’est un déséquilibre total entre les trois composantes du développement durable; le social et l’environnemental dominent la situation économique. »

Si la plupart des grandes compagnies, La Coop fédérée y compris, ont un plan d’urgence pour gérer les crises, leur plan de communication par contre, est souvent très sommaire. Il inclut quelques directives afin de s’assurer que les personnes clés de l’organisation soient informées rapidement pour que celles-ci puissent réagir face à cette crise. La direction gère la situation tant bien que mal et ajuste son tir au fur et à mesure que la crise se développe. C’est ce qu’on appelle un « plan de communication réactif », dont les intervenants seront appelés à réagir aux événements. Après avoir fonctionné pendant 84 ans de cette façon, La Coop songe maintenant à revoir sa stratégie et mettre sur pied un plan de communication proactif, qui inclut un volet de relations avec les médias. En étant première à posséder les informations, il sera ainsi possible de devenir la source privilégiée des médias, de faire autorité et d’accroître naturellement sa crédibilité. Pour ce faire, une « équipe de crise » devra être mise en place, capable d’agir à bon escient.


Lourdes conséquences
Les producteurs pourraient être doublement pénalisés si les gens commencent à douter de la sécurité de la viande de porc et de la transparence de l’information qui leur est transmise, d’après Claude Jean Devirieux, spécialiste de la communication de crise. « La gestion des communications en temps de crise ne se fait pas en cinq minutes. Il faut en étudier tous les tenants et tous les aboutissants. Il faut mettre sur pied une cellule de crise qui soit bien équipée pour gérer les crises avant qu’elles n’éclatent. »

Quoi qu'il en soit, il faut que le message soit clair. Si les producteurs décident d’euthanasier des porcs, c’est afin que la maladie ne se répande pas à d’autres bâtiments et non pas parce qu’il existe un risque alimentaire comme c’est le cas pour la grippe aviaire. Nous disons avec assurance que la viande de porc est bonne à manger non pas pour calmer la panique qui pourrait s’installer auprès des consommateurs ou pour sauver l’industrie, mais bien parce que c’est la vérité.



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