Pour présélectionner le sexe des veaux, il suffirait de choisir la bonne couleur de trousse de sexage. Vous voulez une génisse? Choisissez la trousse rose. Vous voulez un taureau? Prenez alors la bleue. Une nouvelle technologie mise en marché par Microbix Biosystems, à Toronto, offre la possibilité de séparer la semence mâle de la semence femelle rapidement, de façon non invasive et… à peu de frais.


Chez les mammifères, c’est la semence mâle qui détermine le sexe de la progéniture. Les femelles produisent des ovules qui ne contiennent que des chromosomes X, alors que les mâles peuvent produire des spermatozoïdes X ou Y. Si le hasard fait qu’un spermatozoïde porteur du chromosome X fertilise un ovule, la progéniture sera femelle et si celui-ci est porteur du chromosome Y, ce sera un mâle. Le procédé de Microbix sépare les spermatozoïdes porteurs des chromosomes mâles des femelles.

« La mise en marché du procédé se fera en deux trousses; une mâle et une femelle. Chaque trousse contiendra les produits chimiques nécessaires pour le sexage des animaux; un sachet de formule en poudre avec de la solution saline pour faire le mélange. Il ne s’agira que d’ajouter la
solution de sexage appropriée à la semence et d’agiter doucement pour 15 minutes », explique Peter Blecher, porte-parole de Microbix.

« Les spermatozoïdes du sexe non désiré s’aggloméreront et resteront pris lorsque vous verserez le mélange à travers un filtre ordinaire. Tous les tests effectués jusqu’à présent indiquent que la semence demeure intacte. En fait, on peut aller jusqu’à dire que le procédé augmente la qualité de la semence, car le processus de filtration n’enlève pas que les spermatozoïdes du sexe non désiré, il enlève également les spermatozoïdes de qualité inférieure qui sont brisés ou dont la motilité est réduite. »

À l’heure actuelle, des milliards de dollars sont dépensés en insémination artificielle sans que les producteurs soient assurés du résultat.

Il est normal que les producteurs veuillent reproduire leurs meilleurs sujets afin d’améliorer la génétique de leur troupeau et qu’ils tirent avantage du rendement qu’offrent les taureaux. Mais la loi de la probabilité prévaut lorsqu’il s’agit de reproduction, et dans 50 % des cas, le résultat ne sera pas celui que le producteur avait souhaité.

Théoriquement, cette technologie pourrait permettre à un producteur de constituer un troupeau deux fois plus rapidement qu’à l’heure actuelle. Les producteurs pourraient économiser beaucoup d’argent. Le fait d’être capables de transmettre la génétique de nos meilleures laitières dans les génisses et d’avoir le nombre de taureaux dont nous avons besoin semble être l’idéal. Avec le temps, par ailleurs, il faudra vérifier l’impact sur la diversité génétique des cheptels nord-américains.

« Le taux de conversion de la moulée est de 15 % supérieur chez les mâles par rapport à celui des femelles », poursuit Peter Blecher. « Tout ce qui améliore l’efficacité d’une opération de 2 à 3 % est considéré comme étant appréciable. Si, soudainement, vous avez le potentiel de changer le profil de votre troupeau de bœufs d’engraissement, de n’avoir que des mâles qui convertissent la moulée (votre coût d’exploitation le plus variable) en muscle à un taux de 15 ou 16 % supérieur à ce qu’il était auparavant; alors l’impact sera grand. »

Le sexage de la semence pourrait effectivement avoir un impact considérable sur la rentabilité des fermes laitières. Les meilleures vaches laitières, inséminées avec de la semence femelle, produiront des génisses de qualité. Il sera ainsi possible d’améliorer la génétique d’un troupeau en trois cycles de reproduction. Des taures de moins bonne qualité pourront être croisées avec de la semence de Hereford, d’Angus ou d’autres races. Le croisement sera mieux adapté pour la production de bœufs d’engraissement que les bœufs laitiers de race Holstein ne le sont aujourd’hui.

« C’est sûr que ça va être intéressant d’être en mesure d’acheter de la semence de taureau qui va donner des femelles ou des taureaux », s’exclame Sylvain Boyer, directeur, Secteur ruminants à La Coop fédérée. « L’élevage laitier, c’est bien plus en fonction d’élever des génisses que des taureaux. Même les gens qui ne travaillent pas nécessairement dans la génétique voudront être capables de savoir qu’ils auront autant de génisses à la fin de l’année. Ça pourra ainsi faciliter la relève du troupeau. Par contre, si on sait que le taux de réussite à la saillie est diminué, du fait qu’il s’agisse de semence sexée, il faudra évaluer le tout, tant au niveau de la fiabilité que de la viabilité. »

Phil Casselli, directeur général de Microbix, ne s’étonne pas que les gens aient de telles appréhensions face à la semence sexée. Selon lui, les préjugés sur le sexage de la semence tiennent du fait que les procédés bientôt commercialisés, avant celui de Microbix, relèvent tous deux de la même technologie et réduisent effectivement le taux de fertilité. Les deux procédés trient les chromosomes en fonction de leur taille. Les chromosomes X et Y sont marqués un par un, par un colorant fluorescent, à mesure qu’ils passent à travers une très petite ouverture. Le colorant est très envahissant et il entache les chromosomes. Comme les chromosomes X sont plus grands que les Y, ils reçoivent plus de colorant fluo et brillent davantage, rendant possible un tri par capteur optique. Le procédé est lent et soumet les chromosomes à une pression intense. Lorsqu’on combine ces effets avec celui du colorant, il en résulte une baisse considérable du taux de fertilité. « Il ne faut pas comparer ces méthodes à celle de Microbix, qui est beaucoup plus simple et moins invasive que celles utilisées à l’heure actuelle. Notre taux de fiabilité pour prédire le sexe des sujets dépassera le cap des 90 % tout en maintenant le taux de fertilisation de la semence. »

« Notre technologie n’altère pas la semence génétiquement. Elle n’est ni marquée, ni soumise à la lumière fluorescente ou à une quelconque manipulation, assure Peter Blecher. La semence dont nous nous servons reste indemne. Elle est recueillie et gelée, comme on le fait pour l’insémination artificielle depuis 30 ou 40 ans. La seule différence est que l’on enlève le sexe que nous ne voulons pas. »

Microbix compte avoir complété le développement et les études sur le terrain d’ici deux ans et demi. La commercialisation est prévue pour 2008. Aucun prix n’est disponible à l’heure actuelle, mais la compagnie étudie deux possibilités. La première est qu’elle reçoive une redevance sur la semence sexée vendue par les éleveurs autorisés.

La deuxième possibilité est que la semence sexée destinée à l’industrie laitière aille chercher une prime de 100 % de plus que la semence non sexée. Il y a beaucoup de recherche génétique qui entre en jeu dans le domaine laitier et la valeur de la semence est supérieure à celle destinée au bœuf d’engraissement. Il est impossible de savoir d’avance si une génisse sera une bonne laitière uniquement en examinant la semence. Il faut étudier les antécédents du taureau, à savoir si sa progéniture a le potentiel de produire de bonnes laitières. Voilà pourquoi le prix de la semence femelle sera toujours supérieur à celui de la semence mâle. Dans un cas comme dans l’autre, la compagnie Microbix compte bien recevoir une redevance sur son prix de vente.

Sources:
Phil Casselli, directeur général
Microbix Biosystems inc.
416-234-1624, poste 224

Peter Blecher, porte-parole
Microbix Biosystems inc.
416-234-1624
peterblecher@sympatico.ca

Sylvain Boyer, T.P.
Directeur, Secteur ruminants
La Coop fédérée
514-858-2667, poste 3348
boyers@co-op.ca


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