La pomme de terre a eu bien mauvaise presse ces dernières années. Les régimes faibles en glucides, Montignac, Atkins, pour n’en nommer que quelques-uns, ont eu un impact très négatif sur cette industrie.


Ajoutons à cela la dégringolade du dollar américain par rapport au dollar canadien, et les producteurs de pommes de terre, incluant la famille Isabelle, dont la portion de sa production destinée à l’exportation pouvait atteindre 60 %, auraient bien raison d’être découragés et de vouloir baisser les bras. Mais qu’à cela ne tienne; il ne s’agit là que d’un autre défi à surmonter, si l’on en croit Mario Isabelle, porte-parole de l’entreprise.

Afin d’accroître leur part de marché local, les Isabelle ont l’intention d’améliorer leur mise en marché. En offrant une meilleure visibilité à leurs produits et suggérant des plats faciles à cuisiner, où les tubercules sont mis au four, gratinés, bouillis, réduits en purée, rissolés ou apprêtés en salade, ils espèrent donner le goût aux gens de consommer davantage de pommes de terre.

La famille Isabelle est spécialisée dans la production de pommes de terre de table, à Saint-Michel, au sud de Montréal, depuis 1951. Elle a maintenant plus de 280 hectares (700 acres) en production, en terre noire pour la pomme de terre et la carotte nantaise. Elle a su se tailler une place de choix dans le marché en offrant un service hors pair aux fruiteries, aux marchés au détail et à la grande bannière qu’elle dessert.

Pour se démarquer, il faut innover et s’adapter aux conditions du marché. Dès les années 70, les Isabelle ont donné une plus-value à leurs produits. Leurs pommes de terre étaient mieux lavées que la moyenne, grâce au système novateur de baratons, et elles étaient offertes en six calibres différents, bien que les normes d’alors n’en comptaient que trois. Leurs sacs petits formats ont tout de suite ravi le marché et la livraison juste-à-temps, c’est-à-dire la possibilité de livrer en deçà de six heures pour la région de Montréal et de douze heures pour la région qui s’étend jusqu’à Boston, a fait d’eux des producteurs appréciés de tous leurs acheteurs.


Production
Les Isabelle sont spécialisés dans la culture de pommes de terre de primeur, les premières de la saison. Le microclimat hâtif de la région s’y prête particulièrement bien. Plusieurs de leurs champs ont des sols rocheux qui de plus, sont légèrement inclinés vers le sud pour augmenter l’absorption de la chaleur du soleil du printemps. Le préchauffage de la semence accélère aussi la germination bien qu’il y ait toujours un risque de gel tardif lorsqu’on plante tôt…

Mario Isabelle

La particularité des primeurs est qu’une fois lavées, elles sont totalement dépourvues de pelure. Il s’agit souvent de variétés comme la Belmont ou l’Envol, qui sont beaucoup plus blanches que la plupart des autres variétés.

Par ailleurs, elles sont fragiles et doivent être conservées au réfrigérateur. L’exploitation est l’une des rares au Québec à cultiver les pommes de terre rouges en terre noire, pour le marché frais à l’exportation. En plus d’être producteurs, les Isabelle emballent et entreposent les récoltes de plusieurs autres entreprises des environs et font leur propre expédition. Leurs usine d’emballage et entrepôt, rebâtis l’été passé après avoir été incendiés, sont maintenant en voie d’accréditation HACCP. « Ils sont une sorte de locomotive pour les producteurs de la région.

Ils ouvrent des marchés non seulement pour eux, mais pour d’autres aussi », nous explique Benoit Van Winden, expert-conseil spécialisé dans les productions végétales pour la région de Sherrington.


Zéro résidu
Par souci pour l’environnement, la famille Isabelle a décidé de faire un usage plus judicieux de ses produits de protection des cultures. Elle fait appel au groupe Prisme, une équipe qui fait du dépistage d’insectes et de maladies dans les champs, ce qui lui a permis de réduire et de mieux cibler ses arrosages. « Les grenouilles sont revenues dans notre coin. Les environnementalistes nous ont dit que quand les grenouilles reviennent dans une région, c’est parce que l’eau est pure », ajoute Mario Isabelle. « Ça exige un suivi plus étroit qu’avant, mais ça nous permet de dire que c’est résidu zéro dans nos légumes, un argument de vente important dont on a l’intention de se servir. »


Consommation de pommes de terre
Il serait faux de conclure que les nouvelles diètes à la mode sont à elles seules responsables de la baisse de la consommation des pommes de terre, car la demande pour les produits transformés, comme les frites, ne fait qu’augmenter.

En regardant du côté des tendances alimentaires, il est évident que la croissance vigoureuse de la restauration rapide a eu un impact important sur le marché de la pomme de terre de transformation, mais on peut y voir, là aussi, l’indice d’un train de vie surchargé. Ce manque de temps pour faire les courses, pour préparer des repas sains implique que les gens mangeront au restaurant plus souvent ou qu’ils seront plus susceptibles d’acheter des aliments cuisinés et surgelés disponibles en magasin.


Comment donc renverser la tendance et stimuler la consommation de la pomme de terre de table? D’après M. Isabelle, il faut commencer par mettre un terme à l’image inexacte de celle-ci. Les mythes abondent sur la pomme de terre et, pourtant, c’est bel et bien un aliment sain et nutritif qui ne fait pas engraisser! Elle est riche en vitamine C et constitue une bonne source de vitamine B6, de thiamine, de fer, d’acide folique et une source appréciable de potassium et de fibres, avec la pelure. En fait, une pomme de terre de taille moyenne contient même 45 % de l'apport quotidien recommandé en vitamine C! Et tout ça, pour environ 120 calories. Il faut aussi fournir aux consommateurs des renseignements sur les pommes de terre pour qu’ils puissent tirer le maximum du produit et de ses saveurs.

« Les restaurateurs connaissent leurs variétés de pommes de terre, mais pour Monsieur et Madame Tout-le-monde, c’est encore considéré comme du bas de gamme, de la patate. Il faudra éduquer les consommateurs, comme l’ont fait les Européens. Leur mise en marché est faite en fonction des variétés de pommes de terre, comme on le fait ici avec la pomme. Il y en a qui aiment la Gala, et d’autres qui préfèrent la McIntosh. Pourquoi?

À chacun ses goûts. La meilleure pomme de terre pour faire la purée, à mon avis, c’est une pomme de terre blanche, comme la Belmont, en saison. En hiver, je préfère la Chieftain rouge. Mais nous n’en sommes pas à introduire les différentes variétés. Nous parlons maintenant en termes de pommes de terre blanches, jaunes, rouges, mais dans un deuxième temps, les consommateurs sauront que telle variété de pommes de terre c’est bon avec le poisson. »

La famille Isabelle de gauche à droite: Louise, Mario, Clovis, Michel, Jeanine, Roger et Daniel


Une nouvelle stratégie de mise en marché
La première étape était de rendre les sacs de papier brun dans lesquels on retrouve les pommes de terre plus attrayants. Les nouveaux sacs d’emballage des pommes de terre Isabelle, qui seront sur le marché dès cet été, seront colorés et ils montreront clairement, à l’aide de photos appétissantes, les plats que l’on peut apprêter avec les pommes de terre. « Un bel emballage qui nous aide à bien passer l’information, c’est une chose dont on ne s’est pas assez servi en agriculture, souligne Mario Isabelle. Prenez une compagnie comme Coca-Cola. Qu’est-ce qui a développé la compagnie? C’est la publicité. Les Européens s’en servent depuis longtemps. Ils ont de beaux emballages, des formats différents pour chaque secteur de consommation et aussi pour chaque gamme de produits. Une famille nombreuse n’achètera pas nécessairement des pommes de terre au four de façon régulière, alors que d’autres peuvent facilement se le permettre. Chaque créneau de marché a son débouché, il s’agit de le développer. C’est ça qu’on ne fait pas encore suffisamment au Québec . »

Dans un deuxième temps, cette stratégie est appuyée par une série de publicités pour la presse imprimée qui a commencé en avril. Entretemps, qu’on se le dise, il n’y a vraiment aucune raison de bouder les pommes de terre dans son alimentation, même si on suit un régime…
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