L’azote est un intrant essentiel dans la production du maïs-grain. Une récolte de sept tonnes à l’hectare exporte plus de 100 kg N/ha (la quantité d’azote présent dans le grain)! Au Québec, le CRAAQ (Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec) recommande des doses d’azote variant de 120 à 170 kg/ha selon la zone climatique pour combler les besoins du maïs-grain ou du maïs à ensilage. Selon les observations que nous avons réalisées chez des producteurs de maïs-grain au Québec de 1995 à 2005, un producteur utilisant une dose d’azote de 160 à 170 kg/ha obtiendrait un rendement économique optimal dans 75 à 85 % des cas.


Élargir les conditions expérimentales hors station
Les avancées technologiques sont généralement appuyées par des recherches scientifiques réalisées en stations expérimentales agricoles. Puisque le nombre de stations expérimentales est très limité, les résultats des recherches qui y sont menées ne représentent donc qu’une faible proportion de l’ensemble des possibilités rencontrées par les producteurs. Il devient alors essentiel d’effectuer un plus grand nombre d’essais afin de valider les résultats partiels obtenus en stations de recherche. Il s’agit en somme de réaliser un sondage sur la réponse du maïs à la fertilisation minérale azotée sur un plus grand nombre de conditions de production : type de sol, travail du sol, conditions météorologiques, zones climatologiques, hybrides, etc.

En collaboration avec des conseillers de clubs agroenvironnementaux et de conseillers agricoles du MAPAQ, nous avons réalisé 123 essais structurés au cours des 11 dernières années en Montérégie Est et Ouest ainsi que sur la Rive-Nord. Ces 123 essais réalisés chez des producteurs représentaient un total de près de 3000 parcelles et ne comportaient pas d’apport de fumier ou de
lisier. Le rendement moyen des essais a été de 9282 kg/ha.


Structurer les essais pour tenir compte de la variabilité des sols
Le potentiel de rendement des sols varie, et ces variations peuvent être importantes. Pour faire nos essais, des champs homogènes ont été identifiés chez des producteurs. Une première application d’azote était réalisée par le producteur lors du semis et elle constituait la dose de démarrage.

Le reste de la dose d’azote était appliqué au stade 6 feuilles et incorporé mécaniquement au sol par le producteur.

De 5 à 6 doses étaient ainsi comparées dans chaque essai. Elles variaient de la dose de démarrage (40 à 70 kg N/ha) jusqu’à 240 kg N/ha. Chacune des doses était répétée quatre fois par site. Cette façon de faire permet de donner des chances similaires à chacune des doses d’azote en tenant compte de la variabilité des sols.

Sur ces parcelles, nous avons mesuré le rendement ainsi que le poids spécifique et l’humidité des grains à la récolte. Le rendement économique optimal de chacun des essais était déterminé en fixant le prix de l’azote minéral à 1 $/unité et le prix du maïs-grain selon le modèle utilisé par l’assurance-stabilisation, soit 180 $/tonne pour les 7,2 premières tonnes et 120 $ pour les tonnes restantes.


Des résultats intéressants et parfois surprenants
Nos observations suggèrent que le maïs-grain réponde de façon similaire à l’azote, et ce, que l’on soit dans une zone de 2700 à 2900 UTM ou dans une zone de 2500 à 2700 UTM. Une dose totale de 160 à 170 kg N/ha a permis d’obtenir le rendement économique optimal dans 75 à 85 % des cas, soit l’équivalent de quatre années sur cinq. Il est recommandé de fournir cet apport en début de saison (au démarrage et au stade 6 feuilles).

Selon nos résultats, l’azote ne permet que rarement (ou peu souvent) d’améliorer le poids spécifique des grains ou de réduire leur teneur en eau. En effet, l’ajout d’azote au-delà de la dose de démarrage n’a permis de réduire l’humidité des grains à la récolte que dans 15 % des cas et d’augmenter leur poids spécifique que dans 33 % des cas.

Plus surprenant, le démarreur seul a permis d’obtenir le meilleur rendement économique plus d’une fois sur trois! Il est toutefois difficile de prévoir dans quels champs et dans quelles conditions on devrait recommander uniquement l’utilisation du démarreur sans trop risquer de se tromper. Certains outils de diagnostic des besoins en azote du maïs-grain sont présentement à l’essai au Québec. Ces outils pourraient permettre d’ajuster la fertilisation azotée en début de saison. De tels outils devraient être simples à utiliser, relativement peu coûteux, mais également
efficaces pour prédire correctement les besoins de la plante jusqu’en fin de saison, ce qui n’est pas une tâche facile.

L’augmentation de la fertilisation minérale azotée du maïs ne se traduit pas toujours par une augmentation du rendement. En effet, pour une proportion importante des sols, il n’y a aucun lien entre les exportations et les quantités d’engrais requises. Cela s’explique par le fait que lorsque les conditions (sol, climat) sont favorables à un bon rendement, elles sont également propices à un bon apport d’azote par le sol (matière organique, azote résiduel, etc.). La culture s’alimente alors prioritairement à cette source.
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