Près de quatre mois après le passage du Dr François Madec, le 8 février dernier, où en sommes-nous? Rappelons qu’à la demande de La Coop fédérée, le directeur adjoint de l’Unité d’épidémiologie et bien-être du porc de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments est venu partager son expérience à contrer le Syndrome de dépérissement en post-sevrage (SDPS) en France (Le Coopérateur agricole, mars 2006). Marquis Roy, expert en nutrition porcine à La Coop fédérée, nous fait part de ses commentaires sur le plan Madec.


Le Coopérateur agricole : Est-ce que le plan du Dr Madec est facilement applicable chez nous?

Marquis Roy : De 20 à 25 % de mortalité, ça ne permet pas de survivre bien longtemps. Il faut réagir. De façon précise, toutes les coopératives actives en production porcine ont établi des plans d'action pour réduire l'impact de cette maladie. Parmi les 20 recommandations du plan Madec, plusieurs sont applicables rapidement et sans investissement. C'est vers elles que le réseau s’est tourné. Par exemple, dans les trois sites – maternité, pouponnière, engraissement – les règles d'hygiène « parfaite » sont applicables immédiatement. Il s’agit de travailler en vrai tout plein, tout vide, de nettoyer en profondeur les locaux et les équipements entre les lots et d’utiliser un savon et un désinfectant. Ce sont là des pratiques que l'on peut et doit mettre en place maintenant. Réduire les adoptions, les faire selon les nouvelles règles de l'art, réduire la densité des animaux, offrir une bonne qualité de l'air, bien contrôler la température, ne pas croiser les lots, donner un accès facile à la trémie sont d’autres pratiques faciles et rapides à appliquer.

C.A. : Y a-t-il des règles qui ne s'appliquent pas, selon vous?

M.R. : En fait, elles sont toutes applicables, mais certaines nécessitent d’être adaptées à nos conditions. Par exemple, avec nos sites 1, il est difficile d’appliquer la règle des 100 truies par éleveur. Mais si on y réfléchit bien, peut-être qu’avec nos
350 truies par personne, on force la note. À ce ratio, on ne s'accorde peut-être pas assez de temps en site 1 pour faire toutes nos interventions de manière adéquate, complète et sans stress pour les animaux.

Un autre exemple, le sevrage par portée et la recommandation de garder
les mêmes groupes en sites 2 et 3. Encore là, avec nos sites séparés, c'est difficilement applicable tel quel. Mais on peut sevrer les porcelets par deux portées en respectant les rangs de parité et en ne les mélangeant plus par la suite. Pour faciliter cette pratique, certains camions sont déjà équipés de barrières pour éviter le mélange d’animaux.

C.A. : Est-ce que tous les producteurs sont réceptifs à ces changements?

M.R. : Eh bien certains le sont et d'autres, moins. Ceux qui voient rapidement l'amélioration des performances, après avoir modifié leurs façons de faire, embarquent rapidement. Ceux dont les résultats apparaissent moins instantanément sont plus lents à y adhérer. C'est normal : pourquoi changer si on ne pense pas voir d'effets!

C.A. : Y a-t-il d'autres avantages qui découlent de l'application du plan de Madec?

M.R. : Oui. Comme ces recommandations nous forcent à revenir à la base sur le plan de la régie et à appliquer plus rigoureusement les bonnes pratiques d’élevage, on s'aperçoit que bien d'autres maladies sont mieux contrôlées. Forcément, élevés dans de meilleures conditions, avec moins de stress, en bout de ligne, ça nous donne des animaux plus résistants.

C.A. : Pourquoi avoir attendu la visite du Dr Madec pour en parler?

M.R. : En fait, nous en parlions depuis déjà un peu plus d'un an. Ce que le Dr Madec est venu faire, c'est de nous confirmer à tous, intervenants et éleveurs, que notre message était le bon. Il nous a aussi montré que l’application de ses recommandations a porté fruit en France : « Pas un seul producteur d’élevage à problèmes a continué d’avoir 20 % de mortalité en appliquant un minimum de 17 ou 18 de ces recommandations », a-t-il dit. Enfin, selon lui, si nous n’avons pas les effets souhaités, il faut se demander si nous avons bien compris et appliqué les recommandations.

C.A. : Est-ce que ça marche?

M.R. : C'est stupéfiant de constater jusqu’à quel point ça fonctionne. L’application de ces recommandations dans les troupeaux a permis de couper le taux de mortalité de 50 %, voire même 80 %. Ça, c'est du matériel pour convaincre ceux qui hésitaient.

C.A. : Que devons-nous tirer de cette expérience?

M.R. : Il faudra se rappeler qu'à trop en demander à nos animaux, nos exigences finissent par nous montrer des signes d'essoufflement. Quand on rénove ou construit un bâtiment pour y élever 1000 porcs, ce sont 1000 porcs qui doivent s'y retrouver. Avec la productivité des maternités qui augmente, la pression pour accroître les revenus de la ferme, la compétition entre les intégrateurs, on en est arrivé à loger parfois 50, voire même 100 porcs de plus dans ces bâtiments. Cette pratique ne devrait plus se répéter.
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