Diriger le travail de plusieurs personnes fait partie des responsabilités des chefs d’entreprise et comprend inévitablement le devoir de faire des critiques sur le travail effectué. Dans une entreprise agricole, les enfants et les employés apprennent sous la supervision des propriétaires. Ces derniers, s’ils savent aider leur main-d’œuvre à devenir plus compétente, bénéficieront de la qualité de ses services.

La critique du travail des autres est souvent destructrice parce qu’elle comporte des jugements qui blessent et qui diminuent l’image que la personne critiquée a d’elle-même. Si vous avez déjà reçu des messages comme « Tu travailles donc mal! » ou bien « Maudit que t’es maladroit! », à moins que ce ne soit « T’es pas très vaillant », vous connaissez leur effet.

Ces remarques blessantes ne modifieront pas positivement le comportement de la personne parce qu’elles ne sont pas une critique du travail effectué, mais un jugement sur ce que cette personne est. Sa réaction consistera à se défendre : « Non, je ne suis pas maladroit », « Non, je ne suis pas paresseux. » Et pourquoi essaierait-elle de s’améliorer si on la considère déjà comme maladroite ou paresseuse?

Soumis pendant longtemps à ce régime, il est possible que des enfants deviennent effectivement ce que l’on a dit d’eux. Ce phénomène maintes fois observé fait que les gens ont tendance à se conformer au jugement que des personnes qu’ils admirent portent sur eux. C’est le cas des enfants par rapport à leurs parents. Ce phénomène joue positivement et négativement.

Dans une école américaine d’un quartier noir défavorisé, des chercheurs ont fait passer des tests d’intelligence à tous les élèves. Ils ont ensuite indiqué aux professeurs que certains d’entre eux avaient obtenu des résultats très élevés et faisaient donc partie d’un groupe aux capacités supérieures. En fait, les élèves ainsi désignés se situaient dans la moyenne. À la fin de l’année, ces étudiants ont obtenu des résultats beaucoup plus élevés que les autres, uniquement parce que leurs professeurs les avaient traités comme des élèves brillants et qu’ils avaient répondu au jugement ressenti au sujet de leurs capacités. Nous avons toujours avantage à soutenir et à améliorer l’image que les gens ont d’eux-mêmes. Croire qu’ils feront des merveilles leur en fera accomplir quelques-unes.


Être précis
Pour obtenir une amélioration du comportement de quelqu’un, il est préférable de lui dire précisément ce qui est à changer et de lui expliquer pourquoi. S’y prendre mal pour réparer une machine ne signifie pas que l’on soit maladroit. Dans un autre domaine ou dans une autre circonstance, la même personne pourrait être très habile. Une personne habile peut aussi faire un geste maladroit.

Un jugement général prononcé avec impatience ou agressivité ne servira qu’à mettre de la mauvaise humeur dans l’air, ce qui nuira à la qualité du travail. Pendant que chacun ruminera sa déception, rien ne s’améliorera. Souvent, l’impatience aura été causée par un autre élément important de la qualité d’une critique : la nécessité de la faire au fur et à mesure des observations.

En effet, si l’on attend trop longtemps pour faire part de ses insatisfactions, le jour où on le fera, ce sera probablement sous le coup de la colère ou après une grave erreur. Le ton n’aidera pas aux apprentissages. Il visera à se défouler et réussira souvent à blesser, à humilier l’autre. Au problème de compétences de l’employé s’ajoutera celui de la qualité de la relation avec lui.

Si un commentaire est donné plusieurs jours ou semaines après que le geste à corriger a été accompli, l’employé ne saura pas toujours exactement ce qui est à modifier parce qu’il n’aura pas le souvenir exact de ce qu’il a fait. Il ne comprendra pas non plus pourquoi tout à coup son patron change d’idée après l’avoir laissé agir d’une certaine façon pendant un bon bout de temps.

Nous sommes tellement habitués à porter des jugements sur tout et sur tous qu’il est parfois difficile de distinguer les faits sur lesquels un patron doit s’appuyer pour donner une critique constructive à un employé d’un jugement sur sa personne qui ne fera qu’empirer les choses. Ce qui est à corriger est habituellement précis, et la critique doit rester centrée là-dessus. En voici quelques exemples :

Faits Jugements
Quand je te regarde faire, je ne vois pas comment tu vas arriver à régler ce problème.
Tu t’y prends mal.
Cette semaine, tu es arrivée en retard trois fois. Tu es toujours en retard.
Lorsque tu as brisé cet équipement, tu ne nous as rien dit et tu ne l’as pas réparé. Tu es négligent.


Proposer une solution
Ce n’est pas parce qu’un employé a de l’expérience ou des connaissances qu’il sait comment faire les choses chez vous. Le patron a le devoir d’expliquer, de proposer des façons de faire. Dans les remarques du type « Tu t’y prends mal », l’inconvénient, en plus d’enlever de la motivation, c’est que la personne qui reçoit ce jugement ne sait pas quoi faire pour améliorer la situation.

Proposer une solution ne veut pas dire non plus l’imposer. Ce qui est le plus motivant, pour les enfants comme pour les employés, c’est de participer à la recherche de la solution. En cherchant avec eux la meilleure façon de s’y prendre et en les valorisant lorsqu’ils trouvent une bonne idée, leur travail sera de mieux en mieux fait. Ce sera plus intéressant pour eux, et plus profitable pour les propriétaires.

Les échanges au sujet des façons de procéder ont aussi l’avantage de faire surgir des idées nouvelles auxquelles le propriétaire n’aurait pas pensé, parce qu’il n’a pas de recul par rapport à la situation. Quelqu’un qui arrive de l’extérieur voit les choses différemment. Dans certaines entreprises, on donne des primes pour ces idées. La plupart du temps, les employés considèrent comme une récompense le fait que leur idée soit retenue.

En fait, recevoir du feedback pour son travail est un cadeau, que ce soit un compliment ou une critique. Lorsque le commentaire est positif, ça donne du cœur à l’ouvrage et lorsqu’il est négatif, il permet de corriger ses erreurs et d’évoluer. Pour cela, les chefs d’entreprise ne devraient pas hésiter à en donner. En le faisant, ils augmentent les chances de réussite de leurs employés ou de leurs enfants dans leurs projets. Il s’agit donc d’un acte de générosité et, s’il est fait dans cet esprit, il sera bien reçu.
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