Les changements apportés à la Ferme Maupasan ont fait toute la différence.

L'étable a été agrandie et rénovée et la nouvelle surface (61 x 40 pieds) a permis l’installation de logettes de 4,5 x 6 pieds pour chaque vache, avec tapis de caoutchouc, mangeoires de plastique et bols d’eau à grand débit. On y a installé une ventilation «tunnel» pour offrir un confort sans pareil aux bêtes pendant l’été, et l’air y est constamment renouvelé. La régie a également été revue et resserrée et la nutrition est suivie de près. Un système informatisé facilite maintenant le suivi de chaque petit détail, de chaque observation, de chaque chaleur. À la Ferme Maupasan, rien n’a été laissé au hasard.

Bâtir une étable neuve représente un gros investissement dont les retombées sont parfois difficiles à évaluer, comme c’est le cas pour plusieurs recommandations d’experts en bien-être animal. La performance du troupeau, à la suite du nouvel aménagement et des modifications techniques, a largement dépassé les attentes de la Ferme Maupasan. Au contrôle de la fin de l’année 2002, la production de la ferme laitière de Durham-Sud se chiffrait en moyenne à 8200 kilos/vache et voilà qu’en mars 2006, celle-ci s’est accrue à 9500 kilos, ayant même atteint le seuil des 9800 à plusieurs reprises. « On était certain qu’il y aurait une amélioration et que les vaches seraient beaucoup plus à l’aise. On s’attendait à ce qu’elles consomment plus et qu’elles produisent davantage, mais on était loin de s’attendre à une si grosse augmentation », explique Maude Riel.

Diplôme de l’ITA en main, c’est à 22 ans que cette jeune agricultrice fait part à ses parents qu’elle désire prendre la relève de la ferme familiale, dont le nom, Maupasan, d’ailleurs, reprend le prénom des trois filles; Maude, Pascale et Annie. Rien de surprenant pour François Riel et Ginette Lavallée qui avaient décelé chez la cadette, cette passion qui l’animait depuis son très jeune âge. Il est décidé que le transfert se fera de façon graduelle et s’échelonnera jusqu’en 2009.

Le transfert de ferme des Riel semble progresser dans l’harmonie. Le respect y est pour beaucoup. « C’est sûr qu’il y a une méthode pour travailler avec ses parents », souligne Maude Riel. «Ils ont bâti l’entreprise et ça fait 30 ans qu’ils la gèrent avec succès. Parfois, nous, les jeunes, sommes rapides à vouloir essayer ou à vouloir changer des choses. Mais mes parents ont l’esprit ouvert et comprennent mon enthousiasme… »

Il faut, bien entendu, partager la même vision pour pouvoir travailler ensemble. Parents et fille se sont assis pour comparer la vision que chacun avait pour l’entreprise et, heureusement, il n’y avait pas beaucoup de travail à faire. « Je voyais peut-être un peu plus gros que mon père, mais j’ai vite diminué mes attentes. C’est plus de travail que je pensais. Dans ma tête, un jour, je voulais en venir à 50 vaches, mais là, je me dis que 36, ça nous garde bien assez occupés. »

Le conjoint de Maude, Dave Courchesne, travaille aussi dans l’entreprise et est devenu partenaire en bonne et due forme en 2006. La répartition des tâches voit Maude chargée de la plupart des travaux de l’étable, qu’il s’agisse de la reproduction, de l’alimentation jusqu’à la comptabilité, aidée de sa mère. Quant aux hommes, ils s’occupent de la mécanique, du travail à faire à l’extérieur de l’étable et… du reste. Tout cela ne se ferait pas aussi aisément, bien entendu, si grand-maman Ginette n’était pas là pour veiller sur Laurence, sa petite-fille de 15 mois… Il s’agit bien d’une entreprise familiale dans tous les sens du mot, et Maude se trouve privilégiée de pouvoir partager sa vie au quotidien avec ses parents et d’avoir un conjoint qui était prêt à se lancer dans l’agriculture.

On constate ainsi plusieurs traditions qui se perpétuent de père en fille, comme celle d’envoyer les vaches au pâturage l’été. Bien que la pratique soit de moins en moins courante, Maude prend plaisir à ouvrir la porte le matin et à voir les bêtes s’élancer à l’extérieur de l’étable. « Je connais mes vaches et je sais qu’elles veulent y aller. Ça leur prend des vacances à elles aussi! Pour moi, c’est un bonheur de les voir faire de l’exercice, respirer de l’air frais. Puis, elles ne se couchent jamais dans l’étable comme elles le font à l’extérieur. Et ça, pour moi, c’est important. » Ainsi, à partir de la fête de la Reine, les bêtes sortent le matin et entrent lorsqu’il fait trop chaud. Parfois, cela signifie qu’elles ne resteront à l’extérieur que deux ou trois heures pour brouter ou se dégourdir. Certains trouvent cela inutile, mais qu’à cela ne tienne, le bénéfice est évident.

La ventilation «tunnel» offre un confort sans pareil aux bêtes pendant l'été. L'air y est constamment renouvelé.

La rigueur et la minutie décrivent bien la méthode de travail de Maude, qui était représentante avant de s’associer à son père dans l’entreprise familiale. « Maude faisait du suivi technique, et par conséquent, ne laisse rien au hasard », dit Johanne Malouin, experte-conseil chez Comax dans la région de Saint-Hyacinthe. « Elle suit ses vaches de près et connaît très bien l’historique de chacune d’elles, comment leur vêlage s’est déroulé et leur consommation par la suite, poursuit l’experte-conseil. Elle tient une régie impeccable et fait des suivis d’une façon rigoureuse. Par conséquent, elle s’attend également à un suivi rigoureux de la part de son représentant et à des réponses à ses questions. Aussitôt qu’une vache baisse au lait à un contrôle, elle enquête sur le pourquoi. C’est très stimulant de travailler avec Maude. »

Il y a un certain avantage à avoir un petit troupeau, avoue Maude, qui s’investit beaucoup dans son travail. Rien au monde ne la ferait dévier de son horaire de traite et des visites à l’étable entre les traites; cela fait partie intégrante de sa journée. Celles-ci lui permettent de mieux connaître les animaux, de détecter une chaleur qui n’était pas présente à la traite du matin ou du soir ou un début de maladie.

Par ailleurs si, à certains égards, elle n’hésite pas à augmenter sa charge de travail, comme c’est le cas lorsqu’elle envoie le troupeau au pâturage, quand vient le temps de la moulée, l’opération a été grandement simplifiée. « La moulée, on l’achète, on ne la fait pas », poursuit-elle. « Nous cultivons seulement le foin, donc nous passons beaucoup moins de temps dans les champs et avons besoin de beaucoup moins de machinerie. Je n’ai qu’à faire un appel quand j’ai besoin de commander la moulée et, par conséquent, nous sauvons beaucoup de temps à l’étable. De plus, à la fin de l’hiver, nous avons fait l’acquisition d’un distributeur automatique de concentrés, ce qui simplifie la préparation des repas. Opter pour une moulée complète et un ensilage en balles rondes pour conserver le fourrage sont pour moi des façons rapides et efficaces de nourrir mes vaches. C’est une question d’investir du temps où c’est vraiment payant. » Une formule qui, visiblement, lui réussit. Si la tendance se maintient, la Ferme Maupasan songera bientôt à acheter du quota…

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