Quand le service de garde de l’école Carrousel, de Sainte-Brigitte-des-Saults, a fermé parce qu’il ne répondait plus aux critères de subvention du ministère de l’Éducation, Muriel Dubois a vite pensé former une coopérative.


La vice-présidente de la coopérative agricole Covilac avait en fait deux options : former une coopérative ou fonder un organisme à but non lucratif. Avec sa concitoyenne Nathalie Roy,productrice de porcs, qui avait travaillé à mettre sur pied le service de garde subventionné, elle a entrepris des démarches auprès des parents pour connaître leurs besoins. « Puis, nous avons contacté la Coopérative de développement régional Centre-du-Québec/Mauricie ainsi que la Société de développement économique de Drummondville », explique Muriel, productrice laitière et présidente du conseil d’établissement. Après avoir analysé les deux possibilités, la coopérative s’est avérée la meilleure formule.

« Nous avons formé une coopérative de solidarité, plutôt qu’une de consommation, parce qu’elle nous permettait d’avoir des membres de soutien, en plus des membres utilisateurs et travailleurs », précise Muriel. La nouvelle entité se nomme la Coopérative de solidarité service de garde Le Carrousel (le nom usuel est la Coop de garde Le Carrousel).

Une vingtaine de citoyens – parents de futurs élèves, grands-parents et citoyens solidaires – se sont rapidement joints à la cause. Ces derniers ont droit de vote à l’assemblée générale et disposent d’un siège au conseil d’administration. S’ajoute une douzaine de parents, dont trois d’entre eux siègent à titre de membres utilisateurs. Une des deux employées siège comme membre travailleur. « À 20 $ la part sociale pour les membres de soutien et 25 $ pour les membres utilisateurs et travailleurs, nous avions une bonne base pour nous organiser », soutient Nathalie.

Le service de garde n’est ouvert qu’en après-midi, de 14 h 30 à 17 h 30. « Les parents n’ont pas besoin du service le matin parce que les cours commencent dès 7 h 55 », justifie Muriel. Andrée Moreau est éducatrice responsable et Jocelyne Guérin, surveillante aux dîners, agit comme
substitut.

En formant une coopérative, les deux prota-gonistes visent à ce que les parents prennent la responsabilité du maintien de ce service. Ainsi, à toutes les étapes du projet, ils ont été consultés. Par exemple, pour déterminer le coût quotidien, les organisatrices ont préparé trois scénarios avec Guy Provencher de la Coopérative de développement. Après les avoir présentés aux parents, ceux-ci ont opté pour le scénario à 9,50 $ par jour, ce qui permettait de constituer un fonds de roulement substantiel (3000 $), sans toutefois engranger trop d’excédents.

« Entre le moment où la décision a été prise de mettre sur pied une coopérative et le jour de l’inauguration officielle, le 18 octobre 2004, il s’est écoulé seulement deux mois », souligne Nathalie, qui assume la présidence de la Coopérative de solidarité. Quant à elle, Muriel nous dit : « J’ai dû me retirer de cette organisation pour éviter les conflits d’intérêts, étant donné que je suis
présidente du conseil d’établissement. »

Tous les parents doivent signer un contrat annuel de fréquentation, s’engageant à payer pour tout le temps réservé, que l’enfant soit présent ou non.

Nathalie Roy et Muriel Dubois.


La comptabilité et la perception hebdomadaire des frais de garde sont assumées béné-volement par Rose-Marie Bouten, la mère de Muriel. Pascal Larivière, contrôleur à Covilac se charge du travail de vérification des livres.

« Pour éviter un surplus de travail à nos bénévoles, on ne verse pas de ristournes », commente la présidente de la coopérative de garde. Ils ont plutôt convenu qu’ils baisseraient les coûts quotidiens en cas de trop-perçus.

C’est ce qui s’est produit après la première année d’exploitation : les frais pour l’année suivante ont été réduits à 8,50 $ par jour. En plus, ils ont eu suffisamment de fonds pour organiser un voyage de fin d’année et une fête de Noël. « Nos surplus proviennent principalement des présences sporadiques, c’est-à-dire d’enfants qui viennent au besoin », a noté Nathalie.

Muriel et Nathalie sont de toute évidence satisfaites du succès de cette organisation. « On compte 35 présences/enfants par semaine, soutient Nathalie dont les deux fils, Pierrick et Alec, fréquentent le service de garde. La fille de Muriel, Pénélope, se prévaut aussi de ce service. D'ailleurs, les deux femmes soulignent que les enfants aiment tant aller au service de garde que leur présence fait parfois l’objet d’une récompense de la part des parents.

Ce n’est toutefois pas le cas de Félix Landry, 10 ans, écolier en 5e année et nullement intimidé de parler à une journaliste. Ce dernier n’aime pas toujours son service de garde parce qu’il doit parfois faire du bricolage ou jouer à l’ordinateur alors qu’il préfère faire du sport. « Au moins, on ne nous empêche pas d’emmener nos cartes de hockey », lance-t-il.

« C’est plus stable qu’avant, commente Éric Rajotte, le père de Jacob. Particulièrement en ce qui a trait aux éducatrices. » L’avantage d’une coopérative est que les membres ont leur mot à dire sur le choix des éducatrices qu’ils emploient. « Cette formule revient moins cher parce que le coût quotidien est entièrement déductible d’impôt, ce qui n’était pas le cas avec le service subventionné », dit-il.

Liette Demanche, directrice de l’école, est d’avis que le passage à un service de garde coopératif ne faisait qu’alléger sa tâche sur le plan administratif et disciplinaire. « On cohabite bien », ajoute la directrice. Les seules touchées dans ce projet, selon elle, sont les travailleuses dont les conditions salariales sont un peu moins intéressantes qu’à titre d’employées de la commission scolaire.

Pour Andrée Moreau, éducatrice, le désir de demeurer dans son milieu l’emportait sur le salaire. « J’aurais pu faire de la suppléance dans d’autres écoles, mais j’aurais eu à me déplacer.
Les conditions qu’on m’offrait ici me convenaient parfaitement. »

Quand tout le monde s’y met
La réussite de ce projet tient à l’appui de toute la collectivité. D’abord, grâce à plusieurs ententes entre la municipalité et la Commission scolaire, la Coop de garde Le Caroussel ne paye pas de frais de location du local où se déroulent les activités. De plus, elle a accès au gymnase et à la cour gratuitement. Puis, la municipalité rembourse l’assurance responsabilité du service de garde, s’élevant à 750 $ annuellement.

Le député provincial, Michel Morin, a donné 300 $ pour le démarrage de la coopérative. La caisse populaire paie les frais d’administration du compte tous les ans. La Société Saint-Jean-Baptiste, où Nathalie siège au conseil d’administration, alloue 300 $ annuellement pour renouveler le matériel périssable d’arts plastiques et de bricolage.

Nathalie et Muriel songent à multiplier leurs tentacules. Comme l’école Carrousel ne compte que 56 élèves – « un village sans école perd de grandes possibilités de développement », disent-elles –, elles aimeraient récupérer les jeunes d’un village voisin, Saint-Joachim, dont l’établissement scolaire est fermé depuis longtemps. Les enfants de cette municipalité vont à l’école de Saint-Charles-de-Drummond qui, déjà, explose en raison du trop grand nombre d’enfants. « Pour éviter aux parents de conduire leurs enfants à Sainte-Brigitte, alors que la plupart d’entre eux se dirigent vers Drummondville, soit en direction opposée, nous voulons fonder une autre coopérative de garde qui serait établie à Saint-Joachim », précisent-elles. Un autobus amènerait les élèves de Saint-Joachim à l’école Carrousel et les ramènerait dès la fin des classes.

Plusieurs discussions positives ont eu lieu jusqu’à maintenant avec la Commission scolaire. Les deux femmes, on ne peut plus déterminées, n’attendent qu’une décision favorable pour s’activer et fonder leur deuxième coopérative de garde.


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