« Les acacias, les nomades avec leurs chameaux, le mode de vie des habitants, tout est tellement différent d’ici. Je m’étais préparée à courir 50 km par jour dans le désert, mais le dépaysement, on ne peut pas s’y préparer », déclare Nathalie Dumais, qui a participé au Grand Raid du Sahara, en Mauritanie, du 30 janvier au 5 février dernier.

La propriétaire d’une ferme laitière et d’élevage de sujets de race pure Holstein, à Sainte-Hélène de Kamouraska, a déjà pris part à plusieurs marathons. Mais cette fois-ci, avec trois autres coureuses du Bas-Saint-Laurent, elle s’est lancé tout un défi en se rendant en Afrique pour y courir l’équivalent de cinq marathons dans un lieu aussi énigmatique que le désert.

Le Grand Raid du Sahara, qui en était à sa deuxième édition, est une activité organisée par un groupe de Français qui permet aux sportifs de se dépasser en parcourant 220 km, en cinq jours, dans le plus grand désert du monde. Ils peuvent réaliser l’épreuve en course à pied ou à la marche.

Celle qui a été nommée Jeune Agricultrice de l’année 2003 a été charmée par le paysage envoûtant du sable à perte de vue, mais l’exercice était parfois éprouvant. La condition des sols a été le facteur le plus ardu de la course. « Je m’étais entraînée en courant sur l’accotement enneigé pour simuler l’effet du sable, mais ça n’a rien de comparable. Courir, avec un sac à dos pesant 5 kg, sur une surface molle, c’est très dur pour les mollets et la traction est pratiquement nulle. »

Pour ajouter à la difficulté, les conditions n’étaient pas les mêmes tous les jours. La trentaine de participants, issus de partout dans le monde, couraient tantôt dans le sable plat, tantôt dans lesdunes. Le groupe a même traversé un cratère dont la base de roc a raidi les muscles de quelques-uns. « Le lendemain, mes genoux ne pliaient plus. J’ai dû faire trois à quatre kilomètres avant d’être à nouveau à l’aise. »

Chacun des participants visait un objectif différent. « Le nôtre était de faire la course au complet et nous avons réussi », explique Nathalie pour signaler qu’aucune d’entre elles ne visait la première place. Le vainqueur est Tony Vencelj, originaire de la Slovénie. Il est suivi, en deuxième position, d’un Français puis d’un Mauritanien.

Même si l’exercice est ardu, les coureurs ne sont pas reçus dans un grand hôtel tout confort. Au contraire, ils dorment sous un bivouac. « On doit s’adapter aux conditions de vie africaines, ça fait partie des règles », raconte la jeune productrice. Chacun apporte son sac de couchage parce que la nuit, la température chute à 0 °C. Quant aux journées, elles sont chaudes, le mercure s’élève à 30 °C, mais heureusement à cette période de l’année, le climat est sec et confortable.

Mis à part quelques instruments de survie – boussole, appareil GPS, couverture et deux litres d’eau – que chacun doit avoir dans son sac à dos, les participants n’ont pas à transporter tentes et nourriture. Une équipe d’organisateurs français et mauritaniens voit à la logistique des repas et du transport des bivouacs.

« Tous les soirs, les responsables préparaient le pain pour le petit-déjeuner du lendemain », explique la marathonienne. Ainsi, café noir, pain et confiture constituent le premier repas de la journée : « Il était souvent pris à la noirceur pour être à la ligne de départ entre 7 et 8 heures », ajoute-t-elle. Le repas du midi était pour le moins léger : des oranges, des fruits secs et de l’eau étaient distribués à des points de ravitaillement, situés environ tous les 12 km. Le repas du soir, plus généreux, était composé de viande – provenant d’un animal tué durant la journée (chèvre, chameau, etc.) – servie avec couscous et légumes.

Plus qu’un défi personnel
Cet événement est doublé d’un volet huma-nitaire, dont l’objectif est, selon le site Internet de l’organisation, de développer l’autonomie hospitalière dans cette partie du désert pour permettre aux habitants d’accéder aux soins essentiels de base. Ainsi, durant l’épreuve, l’équipe Médecins du désert voit notamment à approvisionner les dispensaires médicaux en place et à offrir des soins et des médicaments à la population locale. Par ailleurs, plusieurs coureurs ont apporté des fournitures scolaires pour les jeunes africains.

« Les organisateurs de cette activité visent donc à aider le peuple à s’organiser plutôt que de lui donner ce dont il a besoin, raconte Nathalie. Par exemple, il est interdit d’offrir des bonbons aux enfants. » On suggère plutôt aux coureurs d’encourager les Mauritaniens qui, regroupés en coopératives, vendent des articles qu’ils ont fabriqués : foulards, etc. « Ces gens, qui n’ont presque rien, étaient très heureux de voir qu’on encourageait l’un des leurs. C’est un peuple sympathique et chaleureux. Leurs manières de faire sont très différentes d’ici. Par exemple, des jeunes hommes de 18 à 20 ans se tenaient la main en s’appelant mon frère. »

Au nombre des règlements de participation à la course, il y a bien sûr le respect du peuple mauritanien, mais aussi de la nature et des ressources. « Pas question, par exemple, de jeter un papier dans le désert ou de gaspiller l’eau, précise Nathalie, ils veulent un désert pur, un désert propre. » Chaque participant a droit à seulement deux litres d’eau par jour pour se laver. Pour ce qui est de l’eau potable, il n’y a aucun rationnement, mais celui qui la gaspille s’expose à recevoir une pénalité.

Répéterais-tu l’expérience ? « Oui, mais pas tout de suite », répond promptement la mère de deux jeunes filles âgées de 9 et 13 ans. L’entraînement a été exigeant, explique-t-elle, et sa conciliation avec les tâches de l’entreprise, les activités des enfants et les engagements sociaux de Rock, son conjoint, a été plutôt ardue.

En attendant de pouvoir se lancer un autre défi du genre, Nathalie se promet bien de conti-nuer à participer à des marathons de 42,2 km dans les grandes villes du monde. « Ça me permet de voir autre chose, de découvrir d’autres cultures. J’en ai besoin », conclut-elle.


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