ll n’y a pas de gagnants, ni de perdants. Nous sommes tous perdants », a conclu le Français Pascal Lamy en suspendant, le 24 juillet dernier, le cycle de cinq ans de négociations visant à libérer le commerce mondial agricole amorcé à Doha en 2001. Arrivé il y a à peine un an à la tête de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), avec en main une baguette magique, le nouveau directeur général n’a pu sortir une entente « surprise » de son chapeau. Et, parmi les 149 États membres, les poids lourds quittent la table des négociations avec un haussement d’épaules.

Malgré un blitz avant la date butoir du 31 juillet, les États-Unis et l’Union européenne n’ont pas réussi à s’entendre sur les litigieuses coupures de subventions à leurs agriculteurs, tandis que le géant brésilien frappe à leur porte avec un panier de denrées produites à moins cher. De leur côté, les deux grands protectionnistes, l’Inde et le Japon, n’ont pas voulu abaisser leurs tarifs de façon substantielle pour permettre un plus grand accès à leur marché.

Selon l’OMC, les gains engendrés par la libéralisation du commerce se chiffreraient à 287 milliards $ US, dont 86 seraient empochés par les pays en développement, extirpant au moins 66 millions de personnes des affres de la pauvreté. Les groupes tels Greenpeace et Oxfam n’ont pas manqué de condamner l’intransigeance de Washington et de Bruxelles sur l’aide à leurs producteurs, « privilégiant leur propre intérêt au détriment des pays pauvres, qui en payent la note ».

Du côté canadien, le président de l’Union des producteurs agricoles du Québec, Laurent Pellerin, s’est dit « soulagé » de l’aboutissement en cul-de-sac du présent round de négociations. « On nous a fait miroiter les marchés d’exportation, mais personne ne nous a dit combien on perdrait en mettant en jeu notre système de gestion de l’offre du lait, des œufs et de la volaille. » Toutefois, rajoute M. Pellerin, « l’OMC n’est pas morte. On reprendra sans doute l’exercice avec de nouveaux joueurs ». La grande question est « Quand? ».




En faisant le point sur le présent cycle de l’OMC lors de la réunion annuelle de la Fédération canadienne de l’agriculture (FCA) à Terre-Neuve en juillet dernier, le négociateur principal en agriculture du gouvernement canadien, Steve Verheul, a pointé les États-Unis comme grand responsable du présent échec. L’intransigeance américaine au regard d’une baisse de tarifs exigée aux principaux joueurs tout en maintenant une grande partie de ses subventions à ses propres producteurs aurait torpillé le deal.

Le président américain, George Bush, aurait pu utiliser son droit de Fast Track jusqu’en juillet 2008 pour faire passer en bloc l’entente américaine prise à l’OMC au Congrès. Sans cette procédure expéditive, cette entente risque d’être amendée ou déchiquetée par les intérêts de puissants lobbies agricoles (sucre, coton, maïs, blé, bœuf, porc, etc.). Les élections de mi-mandat prévues à l’automne lors du second terme du président Bush auraient ralenti les ardeurs de l’administration américaine à conclure l’accord multilatéral. De plus, cette même administration est à concocter un nouveau Farm Bill 2007 qui,
si on se fie au précédent, distribuera quelque 20 milliards de dollars de subventions par année aux producteurs américains. En conséquence, rien n’a véritablement changé. D’où la mine déconfite du directeur général Pascal Lamy qui entend néanmoins rester à son poste jusqu’en 2009.

Personne ne sait donc quand les négociations de l’OMC vont reprendre; « d’ici 4 mois ou 4 ans », a indiqué M. Verheul. En attendant, une panoplie d’ententes bilatérales et régionales, où les subventions ne sont pas en jeu sur la table, voit le jour. « Je suis sceptique face à ce genre d’entente bilatérale avec les États-Unis ou au sein de l’ALENA, qui inclut le Mexique, si on se fie au bois d’œuvre où l’on a dû mettre un dépôt temporaire d’un milliard de dollars, ou encore au dossier de la vache folle », a indiqué M. Pellerin, qui est aussi vice-président de la FCA. L’organisation exige du gouvernement Harper une version canadienne du Farm Bill américain pour rester dans la course.


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