Quand Éric, Benoît et Pierre-André Bourget, des Productions maraîchères Bourget et frères inc., ont pris la relève, ils se sont mis en mode croissance avec la bénédiction de leur père. « Les gens ne croyaient pas en leur réussite », souligne Christine Bourbonnais, experte-conseil à La Coop des Frontières. Ils étaient trop jeunes, disait-on.

Contre toute attente, les frères, âgés maintenant de 31, 32 et 33 ans, ont atteint leur but. De 34 hectares qu’ils exploitaient il y a une dizaine d’années, ils en cultivent maintenant 205. Ils
produisent à Mercier, près de Montréal, des piments, des brocolis, des concombres et du blé en rotation. Pour venir à bout de cette production, ils emploient une soixantaine de personnes, dont un peu plus du tiers sont des Mexicains ou des Guatémaltèques.

Ces (encore) jeunes producteurs ont même remporté en 2005 le prix Or provincial du programme de reconnaissance Les PME de la Banque Nationale, qui honore les entreprises qui ont su s’élever au-dessus de la mêlée et se démarquer avec brio.

Les choses ont bien changé depuis les labours par leurs ancêtres, six générations plus tôt. Il n’y a encore pas très longtemps, à l’époque de leur père, ils vendaient leurs légumes au marché public de Lachine. Aujourd’hui, ils font affaire avec des distributeurs et écoulent la plus grande partie de leur production aux États-Unis, un marché qui permet de négocier un volume plus important. Le quart de leur production dessert tout de même le Québec, où les chaînes d’alimentation sont ciblées.


Recherche et développement
Plusieurs choix ont dû être effectués pour assurer une croissance viable. Avant l’expansion, les Bourget cultivaient du chou plutôt que du brocoli. « Le chou nécessitait beaucoup d’heures de travail l’hiver, et nous ne pouvions pas consacrer assez d’énergie à l’entretien et à la fabrication de machinerie. Nous n’étions donc jamais prêts le printemps venu », explique Pierre-André. Les produits ne se vendant pas plus cher qu’il y a 20 ans, il fallait aussi trouver le moyen de réduire les coûts en augmentant la vitesse de production pour un résultat identique ou meilleur qu’avant. Leur solution : changer de culture, ce qui leur donnait le temps de concevoir leur propre machinerie, mais aussi, de passer plus de temps avec leur famille.

Pierre-André est diplômé en génie mécanique, une formation avantageuse pour relever les défis de l’entreprise. Ses frères sont également habiles dans ce domaine. Ils soutiennent que « grâce aux crédits d’impôts provincial et fédéral pour la recherche et le développement, ça vaut le coup de travailler à développer ses machines ». Ce programme permet la concrétisation de projets d’envergure visant à améliorer notre performance et notre compétitivité sur les grands marchés extérieurs.

Pour innover dans leur domaine et trouver des idées, les jeunes associés effectuent quelques voyages pendant l’hiver. À la dernière saison froide, l’aîné de la famille est allé visiter, en Californie, la coopérative Sunkist et la compagnie Prime Time, réputées pour la qualité de leurs produits. « J’y ai vu une méthode d’emballage que je vais pouvoir appliquer ici », souligne Pierre-André, encore impressionné par la modernité des installations de ces deux entreprises. À l’automne 2005, Benoît a fait un voyage en Hollande et en Espagne – un article sur ce périple a été publié dans Le Coopérateur d’avril dernier. Il y a visité un site où se produisent 30 000 hectares de culture abritée (en serre). Des idées ont aussi germé à la suite de ce voyage.

Benoît s’occupe de la plantation des brocolis et des piments, de la récolte des piments verts, des relations avec les employés et de l’entretien mécanique.

À ce jour, une vingtaine d’équipements ont été conçus pour améliorer l’efficacité de l’entreprise et lui permettre de rester compétitive. Par exemple, la productivité avait doublé en créant une récolteuse à piments dont le système s’apparente à une corde à linge qui transporte des paniers, vides et pleins. Cet appareil avait l’avantage de limiter les déplacements des cueilleurs dans les rangs et de maintenir les plants dans un meilleur état. Déjà, ce système a été remplacé par un convoyeur transportant les paniers grâce auquel on quadruple les rendements.

Plusieurs de leurs appareils n’ont pas coûté cher à mettre au point. C’est le cas d’une récolteuse à brocolis (voir photo page 24) fabriquée à partir d’une récolteuse à coton acquise en Caroline du Sud. « C’était l’époque où le coton n’était plus subventionné et que les producteurs américains vendaient leurs machines à rabais. Nous l’avons adaptée pour effectuer toutes les étapes de production, de la récolte à la mise en boîte », explique avec fierté le spécialiste en génie mécanique. Il ne reste qu’à ajouter une caméra vidéo pour que le conducteur voit ce qui se passe dans son angle mort, en même temps qu’il conduit et qu’il forme les boîtes. Le producteur veut aussi y fixer des toiles sur le côté, pour protéger les travailleurs du soleil et du vent, ainsi qu’une radio « car les Mexicains veulent écouter leur musique », précise-t-il.

Leurs projets de recherche et de développement ne visent pas toujours la confection d’une machine. l’été 2005, ils ont testé la faisabilitéd’utiliser le maïs comme brise-vent naturel dans les champs de piments pour réduire la présence de la pyrale, un insecte ravageur. « Nous avons planté un rang de maïs à tous les 12 rangs. Résultat : la pyrale a tendance à aller vers le maïs, et le piment est ainsi moins touché. »

Pierre-André, diplômé en génie mécanique, voit au développement de nouvelles méthodes et machines. Il est aussi chargé des relations publiques, de la vente des produits ainsi que des semis de concombres et de la récolte de brocolis.

Plasticulture et mini-tunnels
Depuis plusieurs années, les trois frères utilisent la technique des paillis de plastique et la fertigation goutte à goutte dans les champs de piments et de concombres. « Avec cette méthode, on augmente nos rendements d’environ 80 % et ça nous permet de récolter trois semaines plus tôt que la normale », s’entendent à dire les trois frères.

Depuis quatre ans, ils ont ajouté des mini-tunnels par-dessus les paillis. Ces tunnels de plastique permettent aux plants de pousser plus rapidement. « Ils protègent aussi les plants contre le gel du printemps », précise Christine Bourbonnais.

Pour mieux exécuter ce travail, les maraîchers ont acheté une nouvelle machine à fixer les paillis et les mini-tunnels. C’est un appareil de fabrication française qui incorpore le plastique directement dans la terre. « Il est plus dispendieux, mais il sera vite rentabilisé parce que le désherbage n’est plus nécessaire étant donné que le paillis et le tunnel fixés ensemble éliminent l’espace utilisé par les mauvaises herbes », souligne Éric.


Ressources humaines
Bien que les trois hommes puissent vaquer à toutes les opérations, la répartition des tâches a été clairement établie en fonction des compétences de chacun. Éric est donc responsable des semis en serre, de l’irrigation des champs, d’où son surnom de faiseur de pluie, et de la récolte des concombres et des piments rouges. Benoît s’occupe de la plantation des brocolis et des piments, de la récolte des piments verts, des relations avec les employés et de l’entretien mécanique général. Finalement, Pierre-André s’occupe des semis de concombres, de la récolte de brocolis, de la vente des produits, des relations publiques et, surtout, de tout ce qui a trait au développement de nouvelles méthodes ou machines.

Éric est responsable des semis en serre, de l’irrigation des champs et de la récolte des concombres et des piments rouges.

Doris Lussier Bourget, la mère des trois frères, travaille aussi pour Les Productions maraîchères Bourget et frères. « C’est une personne très importante dans notre entreprise », lance Benoît. Elle est responsable de toute la comptabilité, voit aux besoins de la main-d’œuvre étrangère et, de surcroît, prépare tous les dîners pour ses fils. « Ces repas sont des moments privilégiés pour discuter entre partenaires », soutient le jeune homme. Quant à leur père, il est décédé il y a cinq ans, mais s’il était encore là, il serait sans doute très fier d’eux.

Enfin, l’aspect humain n’est pas négligé dans cette entreprise. « Tous les samedis après le travail, durant la saison des récoltes, nous organisons une réunion bière et chips », raconte Pierre-André. De plus, avant que le personnel étranger retourne dans son pays à l’automne, ils organisent une fête de fin de saison réunissant tous les employés. Par ces rencontres et des matchs sportifs amicaux, les Bourget visent à créer un esprit d’équipe et, surtout, à démontrer de la reconnaissance envers leur main-d’œuvre assidue.


Protection de l’environnement
Les Bourget sont aussi membres du réseau de dépistage Prisme, en plus de siéger au conseil d’administration. « Un dépisteur arpente les champs quatre jours par semaine et nous fait un compte rendu précis des insectes ou des maladies observés. Ainsi, lorsque vient le temps de faire les arrosages, nous pulvérisons seulement les parcelles de terrain où le seuil de tolérance est dépassé. Nous réduisons le nombre de traitements, épargnons du temps et de l’argent et, surtout, nous nous assurons de protéger l’environnement, notre allié », expliquent en détail Benoît et Éric.

En somme, les trois frères sont promis à un bel avenir, dans un domaine où la relève se fait trop rare. Ils ont su relever les défis de l’agriculture moderne et faire taire les sceptiques.

Doris Lussier Bourget, la mère des trois frères, tient la comptabilité de la ferme, voit aux besoins
de la main-d’œuvre étrangère et aide au champ lorsque c’est nécessaire.

Les Bourget conçoivent leur propre machinerie. Ils en ont conçu plus d’une vingtaine à ce jour, notamment cette récolteuse à brocolis fabriquée à partir d’une récolteuse à coton.

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