À 36 ans, Pierre Boulet (prononcer Boulé) est l’un des plus importants commerçants d’embryons et d’animaux laitiers au Québec. Chaque année, plus de 2000 têtes et quelque 600 embryons sont transigés par son entremise.

Ses clients – il en compte plus de 200, la plupart au Québec, mais aussi en Ontario, dans les Maritimes et en Alberta – se retrouvent à tous les échelons de la production. Certains ne souhaitent que produire du lait et recherchent des animaux qui sont performants à ce chapitre. Pour d’autres, c’est d’abord la conformation des sujets et la possibilité de participer à des expositions qui comptent. Pour d’autres encore, le développement d’une solide génétique passe avant tout. Un producteur agrandit ses installations et a besoin d’une trentaine de vaches? Pierre Boulet saura les lui trouver. L’éleveur est sur tous les marchés : lait, génétique, exposition, expansion, transplantation embryonnaire, peu importe, le producteur de Montmagny a ce qu’il faut. Et s’il n’a pas sur place ce que les producteurs recherchent, qu’à cela ne tienne, il saura dénicher les animaux qui répondent à leurs attentes. Il n’est pas rare qu’il fasse expédier chez un client un plein camion d’animaux laitiers, soit 35 sujets. « Il est important de bien connaître l’objectif et le budget de notre client afin de lui fournir exactement ce dont il a besoin », indique Pierre Boulet.

L’entrepreneur insiste sur le fait que les 762 bêtes que comptait son élevage au moment de l’entrevue, en juin dernier, sont à vendre. De la première à la dernière. De la plus jeune à la plus âgée. Il ne fait aucune exception. Les prix, évidemment, varient beaucoup. De quelques centaines de dollars pour une vache que l’on n’utilisera qu’à des fins de production de lait, à plusieurs milliers, voire dizaines de milliers de dollars, pour des animaux de haut statut génétique. En 2003, Pierre Boulet a même obtenu 185 000 $ d’une vache qu’il possédait en partenariat avec un autre éleveur. « Notre ferme possède toutes les gammes de sujets laitiers, assure le producteur. Chacun y trouve son compte. » Il invite d’ailleurs les producteurs à venir visiter ses installations. Un site Internet présente la plupart des sujets à vendre avec toutes leurs caractéristiques. « Ce qui importe, souligne Pierre Boulet, c’est de satisfaire le producteur. C’est notre priorité. On veut que nos clients réussissent avec ce qu’on leur vend. Une vente, c’est important, mais la réussite de nos clients l’est encore plus. »

La Ferme Pierre Boulet inc. compte 712 vaches Holstein et 50 Jersey. Elles sont réparties sur plusieurs sites.

La Ferme Pierre Boulet, qui emploie six personnes, touche tous les aspects de la production laitière. En plus de la vente de sujets, Pierre Boulet fournit des conseils en élevage, génétique, alimentation et gestion de troupeau. Du coaching et du service, ni plus ni moins. Tous les animaux que l’entreprise commercialise sont vaccinés BVD et IBR. « Je ne mettrai jamais entre les mains d’un producteur des animaux qui ne lui conviennent pas. Par exemple, vendre des vaches élevées en stabulation attachée à un producteur dont le troupeau est en stabulation libre. Il faut prendre le temps de jaser avec les producteurs. » Il visite également les installations de ses acheteurs pour se familiariser avec leur façon de travailler. Souvent, les clients habitués ne se donnent même plus la peine de se rendre à la ferme de Pierre Boulet. Ils ont à ce point confiance en lui qu’ils se contentent de téléphoner et de faire livrer les animaux.

Jean-Philippe Lecomte est représentant pour la Ferme Pierre Boulet inc. « Je suis à l’affût de ce qui se passe dans le marché, dit-il. Je fais un suivi auprès de nos clients établis et aussi de la prospection. Il faut être prêt à répondre à la demande lorsqu’un producteur nous approche. C’est pourquoi il faut bien connaître le marché et les projets qui se développent. On sait par exemple que l’élevage en stabulation libre est une tendance à la hausse. On élève donc des animaux adaptés à ce type d’aménagement. On sait aussi que le lait d’automne incite plusieurs producteurs à acheter des vaches pour cette période. L’été, ce sont les expositions. Les producteurs veulent des vaches clippées et lavées. Dans l’étable, nous en avons toujours qui sont prêtes. Les expositions, c’est l’occasion pour des producteurs d’introduire sur leur ferme une vache souche, de faire de l’élevage et de se monter un troupeau de qualité. » « On vend des troupeaux entiers, poursuit Pierre Boulet, ou on en bâtit. Pour nous, tout est possible. On est pas des décourageux. » « Un producteur atteint d’une grave maladie et qui avait vendu ses vaches et loué son quota est venu nous voir, une fois guéri, pour se relancer dans la production, fait savoir Jean-Philippe. Nous lui avons monté un troupeau à sa mesure. »

Alfred Boulet et Jeannette Cloutier, les parents de Pierre. Ils sont toujours présents aux encans et aux expositions..

Les 712 Holstein et 50 Jersey de la Ferme Pierre Boulet inc. sont réparties sur plusieurs sites. De ce nombre, environ 200 sont en lactation et distribuées sur huit fermes, dont 110 à
Montmagny, le site principal de l’entreprise. Les autres se retrouvent sur d’autres exploitations à travers le Québec. Les producteurs qui gardent ces vaches se paient avec le lait qu’elles produisent. Lorsque Pierre a besoin de sujets, il fait le tour de ses différents sites d’élevage. Il achète également des sujets d’éleveurs en Ontario et dans les Maritimes, où il se rend fréquemment.

La cinquantaine de Jersey qu’il tient en réserve lui permet de satisfaire un marché qui se développe de plus en plus auprès d’éleveurs de Holstein. En effet, cette race fait un nombre grandissant d’adeptes. Plusieurs producteurs de la race noir et blanc souhaitent en posséder quelques-unes en raison de la qualité du lait qu’elles produisent, pour occuper des stalles devenues trop petites pour leurs vaches, ou alors, pour effectuer des croisements.

Marc Drapeau, employé à la ferme, prépare Pierstein Rubens Madisol TB89 pour l’exposition. Elle a été Grande Championne à l’Expo de Bellechasse, en juillet dernier.

N’allez pas croire que tout ce va-et-vient d’animaux affecte la qualité de la production du troupeau de Pierre Boulet. La production moyenne s’élève à 9800 kilos et la dernière classification a permis d’enregistrer 7 nouvelles vaches Excellente – le précédent record canadien était de 6 pour une même classification –, dont deux Pierstein, le préfixe de l’entreprise, et 13 nouvelles Très Bonne au premier veau. Bien qu’il n’existe que depuis 14 ans, déjà 16 vaches Excellente le portent. La Ferme Pierre Boulet compte présentement 21 vaches Excellente, 66 Très Bonne et 33 Bonne Plus. Pour ceux qui se questionnent sur la gestion du quota d’une telle entreprise, les entrées et sorties de vaches s’équilibrent et permettent de respecter les droits de production.

Pierre Boulet a déjà possédé 1300 têtes de bétail. C’était avant l’épisode de la vache folle, en mai 2003, qui a littéralement sapé le commerce d’animaux laitiers vers les États-Unis. Pierre y expédiait une quantité importante de taures âgées de 6 mois à 2 ans. La demande y était très forte. Tout ce commerce s’est effondré du jour au lendemain. Alors aux prises avec un surplus de sujets, il n’a eu d’autres choix que de les écouler sur le marché québécois et de réduire son propre inventaire.

À l’arrière, de gauche à droite : Éric Lecomte, Benoit Gaudreau, Jean-Philippe Lecomte, Gilbert Valois, Carl Laliberté et Serge fournier. À l’avant, la famille Boulet : Sarah-Maude, Pierre et sa conjointe Katie Coates, Charles et Carole-Anne.

Pierre s’est lancé en production en 1993, avec 35 têtes qu’il hébergeait sur l’entreprise de son père, Alfred. Il loue alors une ferme à Montmagny et s’y établit avant d’en faire l’acquisition en 1998. Au fil des ans, le nombre de sujets du troupeau s’est multiplié. Dès l’âge de 8 ans, Pierre faisait partie de groupes de jeunes éleveurs. À 15 ans, il achetait et vendait des vaches, gérait la production d’embryons, recevait et conseillait les clients.

Pierre, sa sœur Johanne et leur père pratiquent en plus le métier d’encanteur depuis de nombreuses années. Les Encans Boulet inc. est d’ailleurs l’une des plus importantes entreprises de ce type au Québec. Johanne et Alfred effectuent la gérance d’une cinquantaine d’encans annuellement, et Pierre est encanteur. Il le fait depuis 1993. Les Boulet ont déjà organisé une centaine d’encans par année. Le nombre décroissant d’entreprises agricoles au Québec a eu un effet sur leur volume d’affaires à ce chapitre.

Pierre Boulet est propriétaire ou copropriétaire de plus de 75 vaches classées Excellente et de 93 animaux nominés All Canadian ou All American. Il a aussi amassé 54 bannières d’Éleveur ou d’Exposant, dont 6 à la Royal Winter Fair de Toronto.

Pierre Boulet a également fait sa marque aux plus prestigieuses expositions d’Amérique du Nord. Il est propriétaire ou copropriétaire de plus de 75 vaches classées Excellente et de 93 animaux nominés All Canadian ou All American depuis 1993. Il a amassé 54 bannières d’Éleveur ou d’Exposant, dont 6 bannières d’Exposant à la Royal Winter Fair de Toronto. Il a aussi été le plus jeune producteur de toute l’histoire de cette exposition à décrocher la bannière d’Éleveur. Il n’avait alors que 34 ans. « L’exposition est un excellent moyen pour faire la promotion des sujets et des embryons », indique Pierre.

Malgré ses multiples occupations, il est très présent sur le plancher, auprès de ses employés. Il met la main à la pâte. Les employés apprécient sa présence au moment de la traite et lors de l’alimentation des vaches. Pierre délègue beaucoup et fait confiance. Des réunions d’employés permettent de faire le point, de partager des idées, d’améliorer l’efficacité, de donner de l’information à propos des projets à venir. L’éleveur et commerçant tient toutefois à souligner qu’il n’est pas seul et que beaucoup de monde travaille avec lui.

Un projet qui mijote depuis un bout de temps : regrouper sous un même toit tous les sujets en élevage pour faciliter la vente et la visite des acheteurs. Plus des deux tiers des 900 embryons produits chaque année sont vendus. Le reste est implanté dans des vaches receveuses. Les embryons peuvent être vendus avec ou sans garantie. Les prix diffèrent, bien entendu. Lorsqu’une garantie est incluse dans la vente, 60 jours après l’implantation, une échographie est réalisée sur la vache receveuse. Si elle porte une génisse, Pierre ajustera son prix en fonction du statut génétique du sujet. Les taureaux des meilleures vaches sont aussi vendus.

Ne nous a-t-on pas toujours donné à entendre qu’un producteur de lait s’acquitte de tâches si astreignantes qu’il n’a plus de temps pour quoi que ce soit d’autre? Même s’il n’est pas seul, Pierre Boulet prouve le contraire.

L’entreprise utilise peu de machinerie. Pierre se concentre là où sont ses forces et sur ce qui rapporte le plus : la production de lait ainsi que le commerce d’embryons et de sujets laitiers. Le programme alimentaire de son troupeau comprend du maïs humide, des suppléments protéiques, des minéraux et du foin, dont 80 % sec et 20 % en grandes balles d’ensilage carrées. Le foin est produit à forfait par son père. Pierre fait affaire avec La CoopRivière-du-Sud, Sébastien Moffet est l'expert-conseil qui assure le suivi des recommandations alimentaires du troupeau.

 

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