La production laitière en Californie est en progression constante depuis plusieurs années. Toutefois, la situation est aujourd’hui plus difficile et les producteurs doivent faire face à de grands défis. En effet, le prix du lait est à son plus bas, alors que celui des vaches et des terres atteint des sommets.

Le lait est payé environ 11 $/100 livres, ce qui représente un maigre 27 $ CA/hl! Une différence de plus de 40 $/hl avec la rémunération moyenne au Québec. Tout un contraste. C’est d’ailleurs ce qu’ont pu constater en juin dernier 24 experts-conseils en production laitière du réseau Coop. Au cours de cette exploration, nous avons visité quatre fermes aux dimensions différentes, mais dont les propriétaires vivent une même réalité, celle de trouver les moyens nécessaires pour assurer une bonne rentabilité à leur entreprise.

Les réalités de ces fermes sont un peu différentes des nôtres, mais les objectifs et les moyens à prendre ressemblent étrangement à ce que nous vivons ici. On entend beaucoup parler d’environnement, de régie ainsi que des prix du lait, des terres et des intrants. Alors, que ce soit pour un « modeste » troupeau de 350 vaches comme celui de la ferme Ocean View ou pour les 6000 vaches de Hilarides Dairy, on vise un maximum de production et des composants du lait élevés.


Des croisements de races
Pour aider au rendement en gras et en protéine, on a introduit dans plusieurs troupeaux de Californie des vaches Jersey de race pure ou encore des vaches croisées Holstein-Jersey. La ferme Hilarides Dairy, située au cœur de la vallée de San Joaquin, illustre très bien cette nouvelle avenue. Les 6000 vaches ont, au minimum, 50 % de sang Jersey et la plupart en ont entre 75 et 94 %. Les vaches et les génisses du troupeau qui compte au total 15 000 têtes sont toujours saillies par des taureaux Jersey. Cette ferme, qui est en production laitière depuis 1996, obtient de très bons résultats avec une moyenne de 26,3 litres par vache par jour avec 4,5 % de matière grasse. On fait la traite des vaches deux fois par jour dans un carrousel de 80 places. Les propriétaires projettent d’installer un deuxième carrousel d’ici le printemps 2007 afin de pouvoir traire 3000 vaches supplémentaires! Environ 2000 litres de lait produits par jour sont transformés à la ferme où l’on a érigé une fromagerie artisanale. La fromagerie est gérée par une des filles de Rob Hilarides, sous le nom de Three Sisters Farmstead Cheese. On y produit deux sortes de fromage bien à eux qui s’apparentent à du parmesan. Le reste du lait produit est acheminé à la Hilmar Cheese Company.

Three Sisters Farmstead Cheese, une fromagerie érigée à la ferme Hilarides Dairy, produit deux variétés de fromage qui s’apparentent à du parmesan.

Des Jersey de haut niveau

La ferme Alhem Jersey, située à Hilmar, nous a aussi fait ouvrir grand les yeux. On a pu y voir un troupeau de 3000 Jersey pur-sang produisant en moyenne plus de 20 000 livres de lait annuellement (l’équivalent de 8000 kg sur 305 jours) avec 4,68 % de matière grasse et 3,64 % de protéine. Impressionnant! Qu’il s’agisse de la qualité des installations et du troupeau ou encore des méthodes de régie hors pair, rien n’est laissé au hasard pour obtenir ces résultats. L’alimentation du troupeau est relativement simple. On retrouve un groupe de vaches en lactation et un groupe de vaches fraîches. Ces dernières reçoivent une ration en lait pour les 21 premiers jours et sont traitées trois fois par jour durant cette période. Autres chiffres impressionnants pour un troupeau de cette taille et ce niveau de production, l’intervalle entre les vêlages est de 389 jours et le compte de cellules somatiques moyen se chiffre à 131 000.

L’objectif est d’optimiser la consommation des vaches tout en leur offrant un maximum de confort. C’est ainsi que ces éleveurs obtiennent de tels résultats de productivité, de longévité et de classification. Plus de 300 vaches de ce troupeau sont classifiées Excellente. On y pratique aussi régulièrement la transplantation embryonnaire. De plus, les propriétaires y ont élevé le meilleur taureau Jersey vivant actuellement aux États-Unis, Alhem Lemvig ABE. Ils vendent d’ailleurs de nombreux taureaux à des producteurs des environs, environ 200 par année selon Joe Machado, gérant des opérations de la ferme et employé depuis 38 ans. Les acheteurs possèdent généralement des troupeaux Holstein et cherchent à faire des croisements pour augmenter les composants du lait.

Le groupe ayant participé à la Mission professionnelle COOP-CRF Californie 2006.

La plus grosse fromagerie sur un site du monde
Pas étonnant de voir autant de Jersey, car la plupart des producteurs de la région livrent leur lait à une fromagerie locale, la Hilmar Cheese Company. Cette fromagerie, fondée en 1984 par 12 producteurs Jersey, reçoit quotidiennement plus de 4,8 millions de litres de lait provenant d’au-delà de 270 fermes! On y produit ainsi près de 500 tonnes de fromage chaque jour. Actuellement, 20 % de tout le lait utilisé pour produire des fromages Cheddar, Monterey Jack et plusieurs autres provient de troupeaux Jersey. Ces fromages sont vendus principalement aux États-Unis. La fromagerie paie en moyenne 11,30 $/100 livres de lait et offre des bonis en fonction des taux de gras et de protéine et du compte en cellules somatiques. Ainsi, un troupeau comme celui de la ferme Alhem Jersey reçoit une prime de plus de 0,25 $/100 livres de lait pour la qualité du produit livré.

Fondée par 12 producteurs Jersey en 1984, la fromagerie Hilmar Cheese Company raconte ses origines grâce à son centre d’interprétation et de visite.

Des maniaques d’exposition
Les autres producteurs visités mettent beaucoup l’accent sur la génétique et les expositions. Ils y travaillent très fort. La Ferme Ocean View, que nous avions visitée l’an passé, offre toujours une visite très intéressante, avec 84 vaches Excellente sur les 350 qu’elle possède. Le propriétaire, Darryl Nunes, préparait la tenue d’un gros encan pour le mois d’août où sont vendues plus de 100 têtes, dont 70 de la ferme Ocean View et une trentaine de consignations de l’extérieur. Il s’agit d’une vente de sujets élites provenant de familles comptant au moins cinq générations de T.B. ou EX. Darryl Nunes y a participé avec succès en 2003 avec la première vente « Harvest of Excellence ». Quand on discute avec lui, on comprend vite que la génétique est réellement sa passion. C’est aussi ce qui l’aide à se tirer d’affaire avec un troupeau plus petit et des installations moins modernes que la moyenne. Il confie que le fait que sa ferme soit moins automatisée que les plus grosses l’oblige à manipuler un peu plus les animaux. Cela oblige aussi le producteur à travailler avec sept employés, ce qui représente un ratio UTP/vache plus élevé que la moyenne. Mais être proche de ses bêtes lui permet de déceler rapidement les anomalies. Il estime son coût de production à environ 14 $ par 100 lb de lait. Il comble le manque à gagner par les ventes de sujets.

Du côté de la ferme Nelson, située à Ceres, l’attraction est toujours Nelson Estimate Liz 2, cette jeune vache issue d’un clonage réalisé en 2001. Elle a obtenu la plus haute classification pour une vache de deuxième lactation avec la mention Excellente 92 points. Elle était déjà grosse l’an passé, elle est maintenant énorme avec plus de 67 pouces de hauteur à trois ans.

La Ferme Nelson domine toujours les arènes d’exposition. Cette année encore, les propriétaires de cette entreprise ont exposé la Championne Junior de réserve au Utah State Show. Il s’agit de la première fille de Liz 2 par Durham. Quelle famille! Chez les Nelson, tout est mis en œuvre pour élever des génisses d’exposition : alimentation, régie journalière, entretien du poil : rien n’est laissé au hasard. Ils consultent d’ailleurs régulièrement un expert-conseil du réseau Coop, Joël Lepage, qui travaille à La Coop des Frontières et qui fait le trajet Québec-Californie pour leur apporter des conseils et préparer les animaux de la ferme lors des expositions importantes.

La Californie, société distincteu

Le prix des terres
Le prix varie en fonction de la situation géographique. Plus les terres sont situées à proximité des villes populeuses, plus leur coût est élevé. Le prix moyen se chiffre à 10 000 $ l’acre. Il y en a donc qui valent 7000 $ et d’autres, 20 000 $. Près des grandes villes et des autoroutes, le prix peut monter, tenez-vous bien, jusqu’à 200 000 $ l’acre. Ce sont généralement des promoteurs immobiliers qui paient ces sommes astronomiques.

Le prix des vaches
Une vache laitière se vend environ 2000 $, soit environ 30 % de plus que chez nous, où on en trouve une grande sélection pour pas plus de 1500 $. Toutefois, le prix des vaches de haut statut génétique est à peu près semblable à ce qu’on retrouve au Québec.

Le coût de la main-d’œuvre
Les ouvriers (trayeurs, responsables de l’entretien, etc.) sont payés aux alentours de 10 $ l’heure. Ils
travaillent généralement 10 heures par jour. Les responsables de troupeau gagnent pour leur part de
60 000 $ à 75 000 $ annuellement avec, en plus, une maison fournie et un programme d’assurance-maladie. Les employés de l’entreprise Ahlem Farm gagnent plus de 3000 $ par mois. Ils profitent également d’une caisse de retraite.

L’alimentation des vaches
Elles sont généralement nourries de fourrages, d’ensilage de maïs, d’ensilage d’avoine et de foin sec de luzerne. Pour ce qui est des concentrés, on retrouve du maïs floconné, de la graine de coton, des écales d'amandes et des suppléments protéiques à base de canola.

L’approvisionnement en eau
L’eau est une denrée précieuse, mais elle ne pose pas problème, car les producteurs sont passés maîtres dans l’art de la récupérer et de la réutiliser.

Nelson Estimate Liz 2, du haut de ses 67 pouces, est issue d’un clonage réalisé en 2001.

Tout comme pour la ferme Ocean View, le bas prix du lait est une réelle préoccupation pour les Nelson. Avec la vente de plus de 100 jeunes vaches par année, ils réussissent tout de même à se tirer d’affaire. Les installations sont plus modernes que chez Darryl Nunes, ce qui leur permet de faire tout le travail avec six employés. Il faut dire qu’ils ne possèdent que 40 acres de terre.

L’objectif de cet article n’est pas de lancer un débat entre les producteurs de Holstein et de Jersey. Il s’agit d’illustrer que, dans un contexte différent du nôtre, des producteurs se sont donné différents moyens pour améliorer la rentabilité de leur entreprise. Pour certains, c’est par la taille imposante du troupeau, pour d’autres, c’est en misant aussi sur une génétique de haut niveau. Mais les objectifs sont semblables : beaucoup de lait, de bonnes composantes et des équipements productifs. Par exemple, la ferme Ocean View ne compte que sur deux tracteurs de 60 ch pour effectuer ses travaux. Ailleurs, les salons de traite fonctionnent jour et nuit. Si ce n’est pas le cas, on grossit alors le troupeau. Rien à voir avec la chance que l’on a de pouvoir traire de 30 à 40 vaches avec un minimum de revenu garanti. Il faut aussi savoir distinguer deux modes de pensée : coût minimum et profit maximum. Dans cette optique, je pourrais paraphraser le coloré Elvis Gratton : « Y l’ont-tu l’affaire les Amaricains! » Non pas que je les pense supérieurs et qu’il faille copier leur façon de faire avec leurs immenses troupeaux, mais à cause de leurs nombreuses contraintes, ils nous ouvrent les yeux sur plusieurs points importants. Nous devons être efficaces pour atteindre un maximum de rentabilité… Et c’est là que je vous dirais… Think Big!

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