Malgré ces temps difficiles pour les producteurs de porcs, en raison notamment du SDPS, plusieurs entreprises réussissent à maintenir de bonnes productivités. C’est le cas de la Ferme Jobel à Sainte-Luce, près de Rimouski, qui a remporté le titre de Ferme porcine de l’année, catégorie finisseur, au dernier Congrès du porc.

Daniel Cimon, coordonnateur du secteur porcin chez Purdel, coopérative agroalimentaire, estime que les bons résultats obtenus par les propriétaires de l’entreprise, Martine Bérubé et Jocelyn Beaulieu, découlent de leur grand souci du détail. « Avec un gain moyen quotidien standardisé (20-107 kg) de 875, une conversion alimentaire standardisée de 2,45 et un taux de mortalité de 1,33 %, il va sans dire qu’ils observent une régie rigoureuse à tous points de vue et qu’ils sont préoccupés par la qualité de leurs porcs », commente l’agronome.

Martine Bérubé et Jocelyn Beaulieu élèvent également 35 vaches en lactation.

La façon de faire de ces producteurs, qui exploitent aussi un élevage de 35 vaches en lactation, se résume par une foule de petites attentions et d’observations qui, combinées les unes aux autres, font la différence. De fait, à l’arrivée des nouveaux porcelets, Martine et Jocelyn chauffent la chambre 24 heures à l’avance pour que le plancher soit suffisamment chaud. L’entrée se fait dans le calme et la période d’engraissement est amorcée avec 33 ou 34 porcs logés dans un parc d’environ 15 mètres carrés (160 pi2). Après deux ou trois semaines, le nombre de porcs est réduit à 22 par parc. « C’est important pour leur bien-être qu’ils ne soient pas trop entassés », précise le
couple.

Jocelyn accorde une attention particulière au repérage des animaux malades afin de les isoler rapidement. « Si tu ne le remarques pas le matin, souvent le soir il sera déjà trop tard », précise-t-il.

Jocelyn observe de plus un horaire régulier pour réaliser ses travaux : « Les porcelets sont comme des enfants, la routine est importante pour eux », indique Martine. La pesée est faite en alternance tous les
15 jours. Lors de cette opération, les porcs prêts à partir sont identifiés d’une couleur, et ceux qui seront prêts la semaine suivante sont marqués d’une autre couleur. « C’est moins de stress pour les animaux et moins de travail pour nous », expliquent Martine et Jocelyn. Quand ils ont adopté cette façon de faire, ils craignaient d’avoir quelques ratés en ce qui a trait aux strates de poids à respecter. Mais avec des résultats de 96,5 % des porcs envoyés dans la bonne strate, ils ne sont plus inquiets.

Du point de vue de la régie alimentaire, les Bérubé-Beaulieu font un suivi rigoureux des programmes. « Nous utilisons une moulée multiphase (cinq phases) qui contient de la phytase », explique le producteur. Il vise ainsi à réduire la quantité d’azote et de phosphore dans le lisier. La moulée est servie à l’aide de trémies humides dont le bon fonctionnement est vérifié tous les jours.

Michel, le frère de Jocelyn, est employé à temps plein à la ferme. Il est avant tout responsable de la régie du troupeau laitier, mais participe à toutes les activités. De plus, les trois enfants du couple – Jérôme, Olivier et Catherine, âgés respectivement de 17, 13 et 12 ans – participent aux travaux de l’entreprise.

Au moment de leur nomination au concours Ferme porcine de l’année : Martine Bérubé et Jocelyn Beaulieu sontaccompagnés de Daniel Schiettekatte, responsable du concours et agronome au MAPAQ à granby.n.

Des débuts difficiles
Quand Martine Bérubé et Jocelyn Beaulieu ont eu l’idée de construire un engraissement de 1000 places en 1997, les citoyens de Sainte-Luce ont durement contesté ce projet. Encore marqué par l’événement, le couple tient à préciser ceci : « Nous avons fait des promesses aux citoyens et nous sommes fiers de les avoir tenues. »

Le titre de Ferme porcine de l’année vient donc mettre un baume sur leur plaie. « Nous avons été reconnus par les responsables du Congrès du porc, cela démontre que nous avons pris nos engagements au sérieux », commente Jocelyn, heureux de cet honneur.

Malgré cette joie, il persiste un peu d’amertume. « S’il existe une classe sociale qui a dû s’ajuster autant que les agriculteurs, j’aimerais bien le savoir », lance le producteur en soulignant que le plus pénible est d’assumer seul le coût de la protection de l’environnement.

En effet, au moment de réaliser leur projet, il leur fallait l’approbation de tout l’arrondissement. Mais une personne s’est opposée. Les producteurs ont dû modifier leurs plans et éloigner la porcherie de la voie publique et de l’étable. Or, lorsque les fosses pour étables à vaches sont devenues obligatoires, le couple a dû investir plusieurs dizaines de milliers de dollars pour en creuser une deuxième, la première étant trop à l'écart.

Cette infortune s’est toutefois révélée avantageuse. En effet, Jocelyn a eu l’idée de séparer son fumier de vaches en pompant le liquide vers la fosse de la porcherie. Une initiative heureuse. « D’abord, le fumier solide est un bon fertilisant pour mes terres sablonneuses, détaille-t-il. De plus, l’odeur de la matière solide est moins difficile à supporter que celle d’un fumier qui baigne dans son liquide. Enfin, l’odeur qui émane de l’union des deux liquides est différente de celle du purin de porc seul. »

Bien conçu pour bien élevers
Le bâtiment compte trois sections d’environ 330 porcs chacune. Deux chambres sont d’un côté et la troisième est séparée par l’infirmerie. On a installé un isolement entre les chambres des plus jeunes porcs et celles des plus vieux. « Nous commençons toujours notre travail avec les plus jeunes, précise ce producteur amateur de moto. Puis avant de se rendre dans l’autre section, nous changeons de bottes, de vêtements et nous nous lavons les mains. »

La ventilation est hybride : naturelle en été et mécanique en hiver. « Un très bon choix en fonction de leurs conditions », souligne Daniel Schiettekatte, responsable du concours Ferme porcine de l’année. Étant donné qu’ils sont près du fleuve, les ballons laisseraient entrer trop d’air en hiver, ajoute l’agronome du MAPAQ à Granby en précisant que l’ensemble du bâtiment a été
bien conçu.

L’eau, l’électricité, l’alimentation et la température sont sous alarme. « C’est important parce que s’il y a un problème électrique qui empêche la ventilation mécanique de fonctionner en hiver, nous avons une heure pour réagir, explique le producteur. Sinon, le taux d’ammoniac monte et l’animal peut suffoquer. » « L’hiver, c’est la ventilation qui est cruciale et l’été, c’est l’eau », renchérit Martine.

À l’automne dernier, ces producteurs ont acquis une génératrice stationnaire automatique pour remplacer celle qui fonctionnait avec un tracteur. Ce n’était pas un investissement rentable, a tenu à préciser ce producteur, « mais un investissement pour notre tranquillité d’esprit ».

Du point de vue de l’environnement, Jocelyn Beaulieu détient un PAEF en bonne et due forme. Karine Aubertin, de Purdel, est l’agronome responsable du suivi. « Ils sont aussi minutieux dans leurs champs que partout dans l’entreprise », souligne-t-elle.

De fait, l’épandage est donné à forfait et effectué avec rampes basses. La vidange de la préfosse est faite en considérant la direction des vents, et les citernes qui transportent le purin sont nettoyées avant tous les travaux à la Ferme Jobel. Ces producteurs évitent de faire épandre les fins de semaine, les jours fériés et les jours où le climat est sec. Enfin, le surplus de lisier est exporté au printemps chez un producteur receveur avec qui une entente a été signée.

Bien que le travail ne soit jamais complètement terminé, le couple tient à sa qualité de vie. « En alternance avec mon frère, nous nous accordons un congé toutes les deux semaines. » Martine et Jocelyn en profitent pour faire une randonnée à moto, aller souper chez des amis ou partager une activité en famille. Ils prennent aussi des vacances de courte durée pendant l’année car, disent-ils, c’est plus facile que de s’absenter pendant deux semaines complètes. Il faut dire qu’après quatre jours, Jocelyn se sent déjà d’attaque à reprendre le boulot.

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