La coopérative de producteurs de sirop d’érable a clos son dernier exercice financier le 28 février dernier avec un chiffre d’affaires de 59 millions de dollars, en hausse de 11,4 % par rapport à l’année précédente. Cette hausse importante résulte de l’accroissement du volume transigé et de l’augmentation des prix pour refléter la hausse marquée du dollar canadien.

À près de 320 000 $, l’excédent net s’est radicalement redressé comparativement au dernier exercice, alors que l’on enregistrait à ce poste une perte de 1,33 million de dollars. Mais aux yeux des dirigeants de l’entreprise, qui emploie 142 personnes, c’est nettement insuffisant. Certains membres l’ont d’ailleurs signifié en assemblée : pour progresser, une entreprise doit dégager un minimum de profits. « La coopérative vise 5 % d’excédent net, fait savoir le président René Arès, confirmé à son poste pour une autre année. Cela représente environ 3 millions de dollars sur le chiffre d’affaires. On renoue ainsi avec le niveau de rentabilité qu’avait la coopérative avant la venue de l’agence de mise en marché. » « Nous visons également 15 % de croissance annuelle du volume d’affaires », ajoute Luc Lussier, directeur général.

« Des investissements très importants ont été consentis dans la division Les Délices de l’Érable en cours d’année, souligne le directeur général. Ils se sont traduits par l’ouverture d’un troisième bistro-boutique à l’Aéroport Montréal-Trudeau et par la mise sur pied de l’usine de troisième transformation à Plessisville. De nouveaux produits ont aussi été développés et sont commercialisés sous les marques Maple Gold et Shady Maple Farm. L’industrie acéricole évolue rapidement et les entreprises qui développeront leur chaîne de valeur auront le plus de chances de poursuivre leur croissance. »

La division Les Délices de l’Érable, dont les ventes ont progressé de 36,7 % au cours du dernier exercice, suscite l’enthousiasme des sociétaires. Nombre d’entre eux ont d’ailleurs proposé en assemblée qu’un bistro-boutique soit prochainement ouvert dans le Vieux-Québec. Le lancement du nouvel établissement pourrait, disaient-ils, coïncider avec les célébrations du 400e anniversaire de la ville de Québec, en 2008. Les dirigeants de Citadelle ont indiqué qu’ils sont actuellement à la recherche du site idéal dans la capitale.

Les ventes de produits de l’érable à l’étranger se portent bien aussi. La coopérative comptabilise des hausses de 13,2 % dans le reste du Canada, de 7,3 % aux États-Unis, de 11,9 % en Europe et de 9,1 % en Asie et en Océanie. Toutefois, la coopérative subit de plus en plus la concurrence de produits embouteillés à l’étranger sans mesure de contrôle en ce qui a trait à la qualité et à la pureté, de même que la présence de produits de marques privées vendus à moindres coûts.

Tout n’est évidemment pas rose dans le secteur du sirop d’érable. « En 2005, nos membres nous ont transmis une quantité de sirop inférieure à nos besoins, explique Luc Lussier, et ce, en raison des quotas imposés par la Fédération des producteurs acéricoles, particulièrement pour les sirops industriels. Les modalités d’accès à l’inventaire détenu par l’Agence de vente ont été connues après la période de réception du sirop des membres. Pour chaque livre achetée dans les classes utilisées pour les besoins industriels, nous étions tenus d’acquérir du sirop de deux classes supérieures, soit extra-clair et clair. Ces modalités étaient inatteignables puisque nous avions déjà comblé nos besoins à ce chapitre. Résultat : nous avons perdu un client industriel de près d’un million de livres. Une perte qui, bien entendu, a ralenti la progression de la coopérative. Nous espérons qu’à l’avenir, une meilleure harmonie et plus de transparence permettront d’éviter ces situations qui, une fois de plus, pénalisent l’entreprise lorsqu’elle s’en tient aux méthodes liées au mode coopératif pour ses approvisionnements. »

La coopérative de Plessisville a utilisé 2 % plus de sirop que l’année précédente en raison de la hausse des ventes qu’elle a enregistrée. Au cours de son dernier exercice, Citadelle a mis en marché 14,7 millions de livres de sirop d’érable, dont 12 millions provenaient de ses quelque 2000 sociétaires. La différence a été acquise de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec. « Il ne reste pratiquement plus de sirop industriel des années antérieures dans l’inventaire détenu par l’Agence, fait remarquer Luc Lussier. Aussi, sommes-nous hautement préoccupés par l’approvisionnement futur de nos marchés traditionnels. On a des problèmes d’approvisionnement, certes, mais la coopérative a mis en place tout ce qu’il faut pour assurer sa croissance. »

Quelles seront les priorités de la coopérative pour les années à venir? « Elles sont de deux ordres, indique le président René Arès. Au chapitre des affaires, nous voulons rentabiliser rapidement l’usine de troisième transformation et dégager davantage de trop-perçus afin de raviver l’intérêt des sociétaires. En ce qui concerne l’aspect associatif de la coopérative, des questions importantes devront être posées, dont celle-ci : pouvons-nous conserver notre statut de coopérative sans nouvelle adhésion de membre? Le statu quo à ce chapitre est très inquiétant, car il signifie ni plus ni moins le déclin de la coopérative. »

Les dirigeants de Citadelle sont troublés par la baisse marquée du nombre de membres qui résulte du « désintéressement des producteurs à l’égard d’une organisation qui ne leur est plus essentielle pour la mise en marché de leur sirop ». Le nombre de membres de la coopérative de producteurs de sirop d’érable régresse année après année. À la fin du dernier exercice, la coopérative comptait 2053 membres comparativement à 2121 membres à pareille date l’an dernier, soit 68 acériculteurs en moins. L’âge des sociétaires cause aussi de l’inquiétude. Nombre d’entre eux se retirent de l’agriculture ou sont sur le point de le faire, et la relève n’est pas au rendez-vous.

« Le contexte de gestion de l’offre régie par une agence de vente ne correspond pas au modèle coopératif, poursuit le président. Avec de moins en moins de membres et l’imposition de quotas, Citadelle devra de plus en plus acheter son sirop en dehors du réseau coopératif, auprès de non-membres ou de l’agence de vente. Il en résultera, à mon avis, un affaiblissement majeur de la coopérative. Dans un avenir rapproché, il importera de connaître l’opinion des sociétaires quant à l’adhésion de nouveaux membres. »

Ce dernier termine en soulignant que dans le contexte actuel, plusieurs semblent avoir perdu de vue la notion de membre propriétaire. Il faut se la réapproprier, car « Citadelle ça nous appartient ».

Cette année marquait la fin des festivités du 80e anniversaire de la coopérative, fondée en 1925 et dont le thème était 80 ans de coopération agricole dans la mise en marché de notre sirop d’érable. L’année 2005 a aussi été l’occasion de souligner 10 ans de partenariat avec la Coopérative des producteurs de sirop d’érable du Nouveau-Brunswick, une province où la production est en croissance.
Au cours de l’assemblée, le conseil d’administration de Citadelle a tenu à souligner l’engagement de Roger Béliveau, figure bien connue du milieu coopératif, dans la cause de la coopération, la défense de Citadelle et la promotion de l’agroalimentaire. « Mon seul regret, dit-il, ému, c’est d’avoir 65 ans, car j’aimerais recommencer et œuvrer à nouveau dans le merveilleux monde de la coopération, où il y a toujours des choses à découvrir. »


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