Grâce à ses chèvres Boer, Gérald Bérubé rafle toutes les bannières Exposant et Éleveur des expositions auxquelles il participe. Mais quel est donc son secret?

En plus de ses excellents résultats d’exposition, qui lui permettent de vendre la majeure partie de son élevage comme sujets reproducteurs, Gérald Bérubé s’est bâti une clientèle, friande de cette viande, sur le marché de Montréal et compte prochainement mettre sur pied un gîte à la ferme.

Pionnier de la race Boer au Québec, l’éleveur de Mascouche possédait une bonne expérience en développement de génétique. Il a déjà été propriétaire d’un troupeau de vaches Ayrshire qu’il a vendu à cause de problèmes de santé. Avec ses vaches rouges et blanches, il avait remporté plusieurs championnats aux expositions, raconte-t-il, dont le titre de Meilleur troupeau au Canada, en 1983, pour la production laitière.

Gérald Bérubé demeurait alors au Témiscamingue, sa région natale, qu’il a quittée pour s’installer au nord de Montréal. Son père était aussi producteur laitier, dans la Holstein. C’est à la ferme familiale que Gérald, impliqué dans les Jeunes ruraux, s’est initié aux animaux de race.

La passion de l’élevage ne l’ayant jamais quitté, Gérald est parti pour l’Alberta et la Saskatchewan. Dans ces provinces de l’Ouest, se trouvaient les plus gros troupeaux de chèvres de race au Canada. Il est revenu avec les meilleurs sujets qu’il a pu trouver. Son experte-conseil, Linda Limoges, de la coopérative Profid’Or soutient que certaines gens, comme lui, ont l’œil pour dénicher les meilleurs sujets reproducteurs. Quelle que soit l’espèce animale, il saura toujours choisir le meilleur sujet. À l’époque, ces petits animaux coûtaient très cher, raconte-t-il. La vache folle a fait baisser les prix. Quand les premiers cas ont été découverts, en 2003, Gérald faisait de l’exportation de sujets, dont 150 chèvres qui s’apprêtaient à partir pour Haïti. Tristement, elles sont demeurées à Mascouche.

Gérald Bérubé vient d’être nommé, en avril dernier, président du Regroupement des éleveurs de chèvres de boucherie du Québec. Il avait été président-fondateur de cette organisation pour ensuite siéger à titre de trésorier. Le revoilà à la tête.

Près de 70 % des chèvres et boucs Boer de la Ferme Chèvrefleurs sont vendus pour la race ou gardés pour renouveler le troupeau. Le 30 % restant est vendu vivant, à la ferme, pour la viande.


Portrait de l’entreprise
Aujourd’hui, la Ferme Chèvrefleurs compte environ 75 sujets dont 10 boucs. Un de ses boucs, Tipper, a été nommé Champion Suprême et Champion permanent, le seul à avoir reçu cette distinction au Canada.

Bien que ses chèvres de boucherie soient ses premières amours, il exploite aussi, avec un copropriétaire, Gérard Grégoire, une quinzaine de chèvres laitières de race Nubienne. Pour la première fois, cette année, ils ont participé à l’expo, celle de Trois-Rivières, avec leurs laitières. Deux d’entre elles ont remporté trois championnats.

Près de 70 % de ses chèvres et boucs sont vendus pour la race ou gardés pour renouveler le troupeau. Le 30 % restant est vendu vivant, à la ferme, pour la viande. Gérald ne fait aucune publicité pour la viande, le bouche à oreille est son meilleur véhicule promotionnel. Bien que cette denrée tende à être mieux connue et appréciée des Québécois, ce sont encore les différentes communautés (Italiens, Grecs, Haïtiens, etc.) qui en raffolent. Établi à moins de 15 minutes de Montréal, Gérald a l’avantage d’être à proximité de son marché.

Il est aussi propriétaire d’une centaine de moutons de race Dorper. Il s’est procuré récemment quelques sujets de race pure pour pouvoir participer à certaines expositions.

Les moutons de race Dorper n’ont pas de laine comme leurs confrères d’autres races, explique le producteur. Ils sont couverts de poil donc aucune tonte n’est nécessaire. L’absence de laine fait en sorte que la viande n’a pas le goût prononcé qui rebute certaines gens. Ce goût provient de la sécrétion d’une graisse, qu’on appelle lanoline. « Sa viande est donc plus raffinée que l’agneau que l’on a l’habitude de manger. »

Les chèvres Boer et les moutons Dorper sont deux espèces originaires de l’Afrique du Sud (voir encadré pour l’origine des Boer). Toutes deux sont désaisonnalisées. Ainsi, pas besoin de pratiquer la photopériode, les femelles viennent en chaleur à n’importe quel moment de l’année.

« L’aspect le plus fragile de l’élevage de chèvres, ce sont les chevrotages, précise l’éleveur, parce qu’elles ont des naissances multiples. Près de 75 % de mon troupeau donne naissance à des triplets. » À ce chapitre, les brebis Dorper sont reconnues pour leur remarquable rusticité. Elles peuvent agneler à des températures très basses. Et aussitôt nés, les agneaux sont debout.

Bien que les Dorper aient quelques atouts, Gérald ne démord pas : rien n’égale le caractère doux et souple de ses grosses chèvres à la tête brune et au corps blanc.

« L’âge moyen de mon troupeau est d’environ 3 ans, répond l’éleveur quand on lui demande quelle est la durée de vie moyenne de ses animaux. Pour faire de l’expo, il préfère avoir un troupeau jeune et fringant. Il convient toutefois qu’une chèvre un peu âgée, qui a une très bonne génétique, satisfera parfaitement un acheteur, au budget limité, qui veut se constituer un bon troupeau de race.

Ces animaux ne peuvent chevroter plus de trois fois tous les deux ans. La période de gestation est de cinq mois et le sevrage s’effectue entre l’âge de dix et douze semaines.

Gérard Bérubé exploite aussi, avec un copropriétaire, Gérald Grégoire, une quinzaine de chèvres laitières de race Nubienne.

Une alimentation simple
« La base de l’alimentation de ces ruminants est le foin sec de 2e et 3e coupe », souligne la conseillère de Profidor. L’essentiel est de leur procurer une masse musculaire, alors les protéines et l’énergie sont importantes. Les moulées offertes à l’occasion sont ajustées en fonction des résultats d’analyse du foin. Puis, ils ont accès à du minéral en tout temps.

Les moulées qui complètent les fourrages sont la Transilac (laitière), offerte durant la préparation au chevrotage, et une moulée laitière balancée en fonction de la qualité des fourrages, durant la lactation. Au tarissement, le fourrage est complété par du Pro-Bloc 305, minéral de tarissement. Les chevreaux reçoivent, à la dérobée, la moulée début Goliath 19.

Les m de race Dorper n’ont pas de laine comme leurs confrères d’autres races. Ils sont couverts de poils. L’absence de laine fait en sorte que la viande n’a pas le goût prononcé qui rebute certaines gens. On en retrouve une centaine à la Ferme Chèvrefleurs.outons

Des projets plein la tête
Gérald Bérubé aime les petits animaux. Son étable est occupée par différentes bêtes toutes aussi rares et originales les unes que les autres. Zébu miniature, lama, âne, oiseaux exotiques, chevaux, vache de race Dexter (les plus petites au monde), lapins (de race Mini-Rex) et cochons vietnamiens sont quelques-uns des animaux qui composent son jardin zoologique. Pourquoi tout cela? Pour ouvrir un gîte à la ferme, animer les enfants et faire participer les visiteurs aux travaux. Les rénovations de la maison bicentenaire sont déjà commencées et la date d’ouverture est prévue pour 2007.

Sur le plan de l’élevage, son objectif est de poursuivre le développement de son troupeau de race Boer. Il souhaite aussi faire connaître davantage la viande de chèvre aux consommateurs québécois. Selon l’Association canadienne de la chèvre de boucherie, la production canadienne ne comble pas la demande des différentes communautés ethniques puisque le Canada a importé pour 3,5 millions de dollars de viande caprine en 2004. Il y a donc une grande demande à combler.

1. Chèvres Nubienne s-2. Zébu miniature- 3. Paon Black Shoulder- 4. Coq Araucana -
5. Poules Sebright (brune), Soyeuse (blanche) et Cochin bleue (tachetée noire)d

?L’origine de la race Boer
La chèvre Boer a été développée dans le cap oriental de l’Afrique du Sud il y a une cinquantaine d’années. Elle portait alors le nom de Boerbok, qui signifie, en Afrikaans, « la chèvre du fermier ». En 1987, la génétique a été exportée vers l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Cinq ans plus tard, une compagnie néo-zélandaise, Landcorp Farming Inc., a travaillé avec l’université de Olds, en Alberta, pour importer la Boer en Amérique du Nord. Les éleveurs canadiens ont alors acheté des embryons congelés et développé l’industrie. En 1995, plusieurs sélectionneurs se sont regroupés pour former le Canadian Boer Goat Association (CBGA) qui assume, depuis, les responsabilités d’enregistrement de la race de chèvres Boer. L’Association compte quelque 180 membres au pays, dont un peu plus d’une trentaine au Québec. Elle estime à plus de 20 000 la population de chèvres Boer au Canada.

(Source : CBGA)

Portrait de l’élevage au Québec
En 2005, quelque 114 exploitants, de 10 têtes et plus, se spécialisent dans l’élevage de la chèvre de boucherie Boer, pour un total d’un peu plus de 3200 têtes. Cette même année, près de 12 000 chèvres ont été abattues dans les différents abattoirs du Québec. (Sources : Syndicat des producteurs de chèvres du Québec et MAPAQ)

La consommation de viande de chèvre
Fait étonnant : 95 % des chèvres élevées dans le monde le sont pour leur viande. La consommation de cette viande rouge est encore marginale au Québec. Selon une étude de marché, faite en 1995, les Québécois consommeraient en moyenne un animal de l’espèce caprine pour dix de l’espèce ovine. Ce ratio serait toujours valide aujourd’hui. Cette proportion appliquée aux données canadiennes indique que 0,08 kg de viande caprine est consommé par habitant chaque année, comparativement à 33 kg pour la viande de volaille. Toutefois, le vieillissement de la population influencera certainement la demande dans les prochaines années, considérant que la viande caprine se démarque sur le plan nutritionnel par rapport aux autres viandes. (Monographie de l’industrie caprine, MAPAQ).

?(Source : Association canadienne de la chèvre de boucherie)

La viande caprine est de 50 à 65 % moins grasse que la viande de bœuf tout en contenant la même proportion de protéines. Elle compte aussi 40 % moins de gras saturé que le poulet sans la peau et bien moins que le bœuf, le porc et l’agneau.


 
Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés