Une magnifique étable des années soixante. Une cinquantaine de fières Holsteins, propres comme si elles attendaient de la visite. Papa, maman et deux fistons qui préparent leurs veaux pour les expositions agricoles de l’été.

Lorsque le soleil de fin d’après-midi plombe sur la ferme de Stéphane et Julie Villeneuve, près de Hawkesbury, dans l’est ontarien, on comprend facilement pourquoi les Productions R. Charbonneau ont choisi l’endroit pour y tourner le téléroman FranCoeur. La cour est spacieuse et l’étable bien éclairée. Anciens et nouveaux bâtiments donnent à l’endroit le coup d’oeil voulu : une ferme moderne qui n’a pas perdu son cachet d’autrefois.

Pendant quatre saisons de tournage, la ferme des Villeneuve est devenue celle des FranCoeur. Le téléroman à saveur agricole a d’abord été diffusé à TFO, la chaîne publique francophone de l’Ontario, puis à Radio-Canada. Les épisodes de la dernière saison sont présentement diffusés à Radio-Canada.

Stéphane et Julie Villeneuve n’ont pas seulement prêté leur maison et leur étable. Ils ont également laissé entre les mains de l’équipe de tournage leurs fils Mathieu, 12 ans, et Joey, 14 ans. Ils ont joué les fils « bâtards » de Josée FranCœur, celle qui rêvait d’aider son père et ses frères sur la ferme, mais qui a plutôt fuit vers de mauvaises fréquentations.

« Il fallait être patient. Pendant le tournage, un souper de famille pouvait durer trois ou quatre heures. Il ne fallait pas parler, mais entre les scènes, on faisait des blagues avec les comédiens », se souvient Mathieu, qui n’avait que huit ans quand les FranCœur sont venus s’installer chez lui pour la première fois.

Au petit écran, on a surtout vu Mathieu et Joey s’amuser comme des enfants de leur âge, à bicyclette ou sur un trampoline. Puis un jour, on les a vus s’ouvrir des bouteilles de bière et essayer de s’allumer des cigarettes. Leur mère Josée les avait laissés sans surveillance et les choses ont failli mal tourner... « J’ai été contente de voir que Joey n’était pas capable de s’allumer une cigarette! », lance d’un rire Julie Villeneuve.

Bien assis dans leur salon, qu’ils ont laissé meublé et peinturé comme chez la famille FranCoeur, les Villeneuve ont écouté religieusement les 44 épisodes des quatre saisons de FranCoeur. Ils y ont reconnu leur cuisine, leur étable et bon nombre de lieux facilement identifiables à Alfred, un village voisin.

Le tournage n’a rien eu d’envahissant, disent les parents. L’équipe s’est montrée des plus aimables et les comédiens se sont bien amusés avec les garçons. Les Productions R. Charbonneau ont tourné chez eux environ 15 jours par année, jusqu’à l’été 2005. Chaque soir, la famille retrouvait son chez-soi encombré d’éclairages et d’équipement divers.

Le tournage a très peu nuit aux activités régulières de la ferme. Les prises à l’étable devaient nécessairement se dérouler entre les deux traites. Par contre, il est arrivé que les travaux d’ensilage soient devancés pour qu’il n’y ait plus de circulation autour de la ferme au moment convenu.

Pour Paul-André (Olivier L’Écuyer) et Luc FranCoeur (Marc Bélanger), il était impensable de reprendre un jour la ferme
ensemble. Réussiront-ils à s’entendre?

« Ils ont mis mon nom au générique comme spécialiste des animaux! », dit Stéphane Villeneuve en riant. Qui aurait pensé qu’un jour, il promènerait ses vaches devant les caméras! Ou encore, qu’il les ferait beugler pour les bruits de fond!

« Nous avons appris pas mal de choses en accueillant les comédiens et les techniciens. On ne regarde plus la télévision de la même façon. Quand on voit une chemise rayée qui vibre à l’écran, on sait pourquoi! », ajoute Julie Villeneuve, qui travaille chez un courtier d’assurances à Saint-Isidore, près du siège social de AgriEst, centre agricole Coop.

D’après le père, c’est surtout l’équipe de tournage qui en a appris beaucoup sur la vie à la ferme. Il se souvient très bien des longues heures à parler d’agriculture avec le comédien Olivier L’Écuyer, qui joue le rôle de Paul-André FranCoeur.

Stéphane Villeneuve ne s’est pas gêné pour faire changer quelques scènes de travaux agricoles. Puis quand le scénariste Guy Boutin a reçu la commande de nouveaux épisodes, il est retourné à Hawkesbury pour le consulter. C’est grâce à sa suggestion que les FranCoeur s’intéressent un jour à la vente d’embryons.

À quelques exceptions près, les images diffusées à TFO et Radio-Canada reflètent fidèlement la vie d’une famille d’agriculteurs d’aujourd’hui. Pour le producteur Robert Charbonneau, il n’était pas question de réaliser un énième téléroman sur le bon vieux temps à la campagne. Dans FranCoeur, il est question du transfert de la ferme, de la vache folle et des problèmes financiers.

Julie, Joey, Mathieu et Stéphane Villeneuve ont prêté leur maison et leur ferme pour le tournage de FranCoeur, le premier téléroman jamais réalisé en français en Ontario.

Luc FranCoeur (Marc Bélanger) est véritablement passionné par l’agriculture, mais arrivé à l’âge adulte, il se questionne. La relation avec son père est difficile et celles avec les jeunes femmes, nombreuses. Le paternel (Guy Migneault) préférerait voir la ferme entre les mains de son fils aîné Paul-André. Celui-ci est marié à la dédaigneuse Sophie Pouliot (Lina Blais), qui finira par quitter son emploi en ville pour accepter l’offre de son beau-père. Inutile d’ajouter que Luc et Paul-André sont comme chien et chat...

Rien à voir avec l’histoire de famille des Villeneuve. Après avoir été partenaire de la ferme familiale avec son père pendant douze ans, Stéphane en est devenu propriétaire à part entière avec son épouse en 1998. Leurs fils Mathieu et Joey participent à la traite, aux côtés de leur oncle Michel, qui est employé à temps plein.

Mathieu et Joey prendront-ils le relais, comme le font Luc et Paul-André dans FranCœur? « Ils ne sont encore que des enfants, mais ils donnent un bon coup de main », répond leur père.

Grand passionné de génétique, Stéphane Villeneuve a su transmette à ses fils le plaisir de participer aux expositions agricoles. Mathieu et Joey sont membres d’un club 4H. L’été, ils courent les expositions avec leurs veaux et récoltent les prix. Joey s’est même rendu jusqu’à la Royal Agricultural Winter Fair, à Toronto.

Photo du haut : ?À chaqueprintemps, Joey choisit un veau qu’il préparera pour les expositions agricoles de l’été.
Photo du bas : ?Chaque deuxième soir, Mathieu vient donner uncoup demain lors de la traite.

« Quand des gens me disent qu’ils ont été impressionnés par mes fils, c’est vraiment agréable. La famille, c’est plus important que tout le reste », dit le père.

Le mur du bureau attenant à l’étable est tapissé de prix. À chaque année, ce Franco-Ontarien remporte le titre de premier exposant ou de premier éleveur à l’exposition du comté de Prescott de Holstein Canada. Ses vaches se distinguent régulièrement à la foire de Toronto. Stéphane Villeneuve aime tellement l’univers des expositions qu’il a même un jour apporté ses vaches au Wisconsin.

« J’aime le monde. J’aime recevoir de la visite », dit celui qui reçoit à chaque année jusqu’à 12 autobus d’agriculteurs du Québec et de l’Ontario.

C’est en voyageant et en accueillant chez lui ses confrères qu’il a pu rentabiliser l’aspect le plus motivant de son entreprise : la génétique. La vente d’embryons représente aujourd’hui le quart de son chiffre d’affaires. Des animaux ayant le préfixe Vioris se retrouvent ainsi un peu partout dans le monde. Son rêve est d’en tirer la moitié de ses revenus.

« D’autres se concentrent sur la machinerie, les bâtiments ou les grandes cultures. Moi, c’est la génétique ». Stéphane et son épouse ne possèdent que 250 acres de terre et ils n’ont aucune intention d’agrandir leur troupeau de 55 vaches en lactation.

Au fil des ans, ses embryons se sont retrouvés en Allemangne, en France, en Irlande et au Japon. Son dernier dada : les Holsteins rouges. Seule la couleur est différente, soutient-il. Mais comme elles sont rares, elles suscitent beaucoup d’intérêt. Une mode, peut-être, mais Stéphane Villeneuve en tire profit.

Chose certaine, Stéphane Villeneuve et sa famille ont beaucoup de plaisir à ouvrir les portes de leur ferme. Parions que leurs vaches en ont tout autant!


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