Colonisée à la fin des années 1800 et officiellement devenue une province du Canada en 1906, l’Alberta est désignée comme étant le pays de la rose sauvage. Son surnom lui vient de cette fleur, emblème provincial depuis 1930, qui pousse en abondance sur ses terres. Avec quelque deux millions de vaches à bœuf et l'engraissement de 68 % des bovins canadiens destinés à l’abattage, c’est dans cette province qu’il se produit le plus de bovins de boucherie au pays. Cinq représentants du réseau CO-OP y ont effectué une mission professionnelle à la mi-juillet. Ils en sont revenus avec une expertise encore plus développée. Une expertise qui servira dans les élevages québécois.

La station de recherche de Lethbridge
La visite de la station de recherche d’Agriculture Canada, à Lethbridge, était un incontournable de la formation. Tim McAllister, chercheur canadien de grand renom, a lui-même présenté les recherches en cours. Surtout axés sur la nutrition et l’environnement, les projets sont nombreux et d’actualité. L’acidose, qui est source de pertes monétaires importantes dans l’industrie bovine, est le noyau des recherches. Oeuvrant depuis 17 ans à la station, M. McAllister a partagé avec le groupe ses expériences et ses principales conclusions sur ce sujet.

On étudie aussi le compostage de carcasses des ruminants, sujet d’autant plus important depuis la crise de la vache folle. La station possède un site d’essais fort bien conçu. Il s’agit de construire, pour faire le compost, une boîte à l’aide de grosses balles carrées dans laquelle on dépose un plastique enveloppant un mélange de fumier et de carcasses. Ce type de mélange, grâce à ces puits d’alimentation en oxygène, ne nécessite aucun brassage. À la demande internationale, cette recherche sera reprise, cette fois-ci pour vérifier s’il est possible, grâce à cette méthode, de détruire le prion causant l’ESB (maladie de la vache folle). Si c’est le cas, ce sera le seul moyen existant pour détruire efficacement le prion, un avancement qui sera bénéfique à l’échelle planétaire.

Allée d’alimentation chez Lost Lake Feed Yard.

Vache-veau

L’amélioration génétique était aussi au programme de la mission. Dans le monde du bovin de boucherie canadien, qui dit génétique dit Soderglen. Situés à Airdrie, au nord de Calgary, les ranchs Soderglen, propriétés de Stan Grad, vendent annuellement plus de 500 taureaux et 400 femelles de remplacement. Cette entreprise possède un troupeau de 1600 vaches réparties sur trois sites totalisant 22 000 acres. On retrouve plusieurs races dont le Charolais, le Angus (noir et rouge), le Simmental (noir et rouge), ainsi que des croisements de type F1 et F2 commercialisés sous le nom de MAX et 2MAX.

Pour la semi-finition de ses animaux, l’entreprise utilise une méthode de sevrage permettant de maintenir un faible taux de stress. Les veaux sont placés dans de grands enclos où chacun dispose d’environ 300 pieds carrés. Les enclos sont semés en orge au printemps et sont utilisés pour l’alimentation selon la méthode du swath grazing. Lorsque les animaux ont presque fini de consommer la récolte, la ration d’hivernement est alors graduellement introduite dans les mangeoires. Avec cette méthode, les stress du sevrage et de l'alimentation sont réduits de façon importante. Cette méthode se révèle, pour ces éleveurs, très efficace et économique.

Standard Hill Pay Off 20P, propriété de Benchmark Beef.


Située dans une région semi désertique, Benchmark Angus est la seconde ferme de type vache-veau visitée par les experts-conseils. Le Angus noir est à l’honneur sur cet élevage de 350 vaches, localisé près de Lethbridge. Depuis la fermeture de la frontière, le marché de taureaux de reproduction est saturé au Canada, c’est donc un défi constant de vendre tous les taureaux. Doug et Micheal Munton comptent sur la qualité de leurs animaux pour l’exportation d’embryons et de semences, entre autre vers le Brésil.

Les animaux qui ne sont pas conservés pour la reproduction sont tous engraissés et commercialisés par l’entreprise sous le nom de Benchmark Beef. Les Munton vendent toute leur production, ainsi que des bêtes provenant de leurs clients, à des entreprises locales. Lors de l’achat d’un taureau, les éleveurs peuvent se prévaloir des services de Benchmark pour vendre leur viande sous le même créneau. Pour alimenter le troupeau, l’entreprise possède 8000 acres dont 2000 en pâturages.

Parcs d’engraissement
Le pays de la rose sauvage pourrait aisément être converti sous le nom de pays du bœuf d’engraissement. De ses 208 parcs de 1000 têtes et plus, trois ont ouvert leurs portes au groupe d’experts-conseils. Situé entre Lethbridge et Calgary, dans une zone qu’on appelle le « feedlot alley », le parc de Rick Paskal, celui de la famille Gould et Rancher’s Beef ont été ciblés dès le départ. Ce qui frappe en premier c’est, bien sûr, la dimension de ces entreprises, entre 15 000 et 28 000 têtes par site!

Les infrastructures nécessaires à la production sont fort simples et comparables les unes aux autres; des rangées de parcs sur terre battue, entourés de brise-vent avec une allée centrale d’alimentation. Par contre, un deuxième regard suffit pour apprécier les différences propres à
chacune des installations.

Enclos de vêlage d’hiver à Soderglen Ranchs


Pour Lost Lake Feed Yard, un système automatisé de gicleurs permet un contrôle efficace de la poussière. Sur ce parc, tout est pensé en fonction de la qualité de vie des animaux. En passant d’une eau de grande qualité, à des systèmes de manipulations du bétail minimisant le stress, M. Paskal tenait à démontrer que le secret de la réussite réside dans le souci du détail.

Chez Chinook Feedlot, le côté environnemental préoccupe. C’est le seul emplacement visité qui possède un système élaboré de marais filtrants. Pour les propriétaires, la famille Gould, les rejets de phosphore et d’azote sur les terres et la pollution causée par ceux-ci sont des choses auxquelles il faut s’attarder le plus rapidement possible pour en limiter les effets néfastes à moyen et long terme.

Du côté de Rancher’s Beef, un regroupement de cinquante propriétaires, c’est la qualité de leur produit qui prône. Avec la crise de l’ESB, ces producteurs ont pris le contrôle de leur production, du troupeau vache-veau à la mise en marché. En partenariat avec Sunterra Farms, ils possèdent deux parcs d’engraissement d’une capacité totale de 40 000 têtes ainsi qu’un abattoir. Construit récemment, il pourra abattre jusqu’à 800 têtes par jour. La chaîne d’abattage étant à l’essai lors du passage des experts-conseils, elle n’a pu être visitée. La viande produite se retrouve sur les tablettes des supermarchés, dont Sunterra Market, propriété de la famille Price.


Main-d’œuvre
Comme au Québec, il y a un problème de taille auquel les producteurs doivent faire face; le manque de main-d’œuvre. Le plus grand concurrent de l’agriculture? L’industrie pétrolière avec ses salaires élevés et les conditions alléchantes pour les travailleurs. Cela pousse les propriétaires de parcs d’engraissement à hausser les salaires et offrir plusieurs avantages qui augmentent considérablement leur coût de production.

Bien que ces entreprises aient, en général, une dimension plus imposante et des méthodes de travail différentes de celles du Québec, il y a plusieurs points que l’on peut exploiter de façon similaire ici. L’expertise acquise lors de ce voyage démontre, encore une fois, que le réseau CO-OP et ses experts-conseils ont un grand intérêt envers le secteur du bovin de boucherie. Maintenant, à vous d’en profitez!.



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