La valorisation des engrais organiques occupe une place importante dans la pratique des fermes québécoises. L’optimisation de l’application de ces engrais représente donc un élément essentiel pour réduire leurs impacts sur l’environnement (sol, eau, air).

Les engrais organiques, bien qu’ils constituent une source importante d’éléments nutritifs, peuvent présenter des risques liés aux pertes d’éléments et de contaminants dans l’environnement si leur utilisation est mal gérée.

Gérés d’une façon convenable, les engrais organiques comportent plusieurs avantages. Ils permettent d’apporter les éléments fertilisants nécessaires aux cultures, la matière organique essentielle au maintien d’une bonne structure de sol, permettant ainsi de réduire les risques de pertes de sol par érosion, et contribuent à l’amélioration de l’aération et de la capacité de rétention en eau du sol.


La gestion des applications des fumiers et lisiers doit tenir compte de plusieurs paramètres:

Le type et la nature de l’engrais organique par une bonne connaissance de leur composition.
La maîtrise de la dose appliquée.
Le choix de la période d’épandage en lien avec les conditions climatiques, la culture qu’on désire fertiliser et les caractéristiques de la parcelle.
L’adoption de bonnes pratiques d’application, comme l’incorporation de l’engrais suite à l’épandage.


Les nombreux types d’engrais organiques présentent des concentrations différentes en éléments fertilisants qui doivent être prises en compte dans le cadre d’une gestion optimale. Les lisiers contiennent une grande proportion d’azote sous une forme minérale (azote ammoniacal), leur permettant de libérer cet élément d’une façon plus rapide et avec une disponibilité élevée pour la plante.

Dans le cas de fumier solide, comme le fumier de bovins de boucherie, la proportion d’azote organique est plus grande, ce qui veut dire que la libération de l’azote est graduelle sur une plus longue période.

La caractérisation du produit, par des analyses faites en laboratoire des déjections organiques produites au niveau de la ferme, constitue un outil important qui aide à gérer cette ressource avec une efficacité agronomique et environnementale.

Le respect de la dose recommandée doit permettre d’apporter la quantité d’éléments nutritifs requise par la culture visée avec une efficacité d’assimilation et une réduction des pertes par ruissellement, qui sont engendrées par un dépassement de la capacité de rétention ou d’absorption du sol.

Plus la dose apportée est grande, plus le risque de pertes par ruissellement est grand. En respectant la dose correspondant aux besoins de la culture, on minimise aussi les pertes par lessivage de l’azote vers la nappe d’eau souterraine. Le réglage des équipements d’épandage est un moyen permettant de maîtriser la dose appliquée.

D’autres facteurs entrent en considération pour minimiser les pertes par ruissellement, comme la pente du terrain et le type de sol. Évidemment, les terrains à faible pente doivent être favorisés et d’autant plus dans le cas d’applications à l’automne.

Les engrais organiques, suite à l’épandage, passent par un processus de minéralisation et subissent des transformations biologiques et chimiques qui finissent par une libération des éléments nutritifs sous leur forme assimilable par la plante. Ces éléments assimilables, s’ils ne sont pas absorbés, risquent d’être perdus dans l’environnement, d’où l’intérêt de synchroniser la libération des éléments nutritifs avec le prélèvement par les plantes.

La vitesse de minéralisation dépend du type et de la composition des fumiers et lisiers, de la température et des caractéristiques du sol comme le taux d’humidité, le niveau d’aération, les conditions de compaction et le drainage.

L’état de la parcelle au moment de l’application est aussi déterminant sur le devenir des éléments nutritifs. Une parcelle saturée en eau crée des conditions idéales de pertes par dénitrification de l’azote disponible sous la forme de nitrates. La dénitrification produit du protoxyde d’azote (N2O), un gaz à effet de serre. Des pertes par ruissellement se produisent aussi dans les conditions de parcelle saturée en eau.

L’adoption des bonnes pratiques d’application des fumiers et lisiers permet de maîtriser les pertes d’éléments nutritifs dans l’environnement et de maximiser l’efficacité de leur utilisation.

L’incorporation des fumiers et lisiers est une pratique bénéfique dans un cadre de valorisation. Elle constitue une bonne pratique de gestion contre l’érosion du sol. Elle permet aussi de réduire considérablement le risque potentiel de pertes d’azote par ruissellement et par volatilisation, augmente la disponibilité des éléments nutritifs pour la plante et minimise les odeurs.

Le délai d’incorporation est important dans cette optique de gestion. Dépendamment de la nature et du type de fumier, plus le délai d’incorporation est court, plus l’efficacité d’utilisation est élevée.

Par exemple, pour un taux d’application de 25 t/ha de fumier de bovins laitiers, l’apport en azote disponible sera de 43 kg/ha lorsque l’incorporation du fumier est pratiquée en moins de 24 heures alors qu’il ne sera que de 37 kg/ha si le fumier reste en surface. Pour un même taux d’application de 25 t/ha mais de lisier de porc, l’apport en azote disponible sera de 54 kg/ha dans le cas d’une incorporation simultanée contre 45 kg/ha si l’incorporation est faite en moins de 48 heures.

Dans le cas des fumiers solides, l'incorporation dans le sol est recommandée dans les 24 heures suivant l’épandage afin de minimiser les pertes. Quant aux lisiers, l’utilisation de systèmes permettant l’enfouissement ou l’incorporation simultanée est recommandée. Les pertes par volatilisation de l’azote sont élevées lorsque l’engrais organique n’est pas incorporé et reste exposé plus longtemps au soleil.

Les outils utilisés pour l’incorporation sont multiples : systèmes d’incorporation simultanée combinés à la citerne à lisier, sarcleur, chisel, charrue à versoirs, herse à disques ou herse à disques déportés (offset).

Rappelons que la présence de résidus de culture réduit le risque de pertes d’azote dans le cas d’épandages en post-récolte.

Dans un programme de valorisation des engrais organiques, une combinaison de plusieurs des critères mentionnés (analyse des fumiers et lisiers, dose d’application respectant les besoins de la culture et la capacité du milieu récepteur, le choix de la période d’épandage et l’incorporation dans un délai rapide), vont permettre de tirer des bénéfices environnementaux avec une bonne efficacité agronomique.

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