C’est par pur plaisir que Laval Lapointe élève sept races laitières sur sa ferme de Adstock, en Beauce. Depuis huit ans, Holstein, Ayrshire, Jersey, Canadienne, Suisse Brune, Guernsey et Shorthorn laitière cohabitent en parfaite harmonie à la ferme Alaska.

En fouillant sur Internet, je suis tombé sur le site Breeds of Livestock sur lequel on décrit toutes les races bovines - laitières ou de boucherie - existantes au monde, mentionne Laval. C’est un site fascinant. » Ses recherches le mènent aux diverses races laitières que l’on retrouve au Canada. Il découvre que sept races sont officiellement reconnues, c’est-à-dire qu’elles font l’objet d’un contrôle laitier et dont les sujets peuvent être enregistrés. Passionné d’élevage des bovins laitiers, ce fils d’agriculteur et ancien conseiller du MAPAQ décide alors qu’il accueillera sur sa ferme au moins une représentante de chacune d’elles.

L’entreprise dont il a fait l’acquisition avec sa conjointe Lina en 1990 était d’abord peuplée de Holstein croisées. Petit à petit, elles ont toutes fait place à des sujets de race pure. La Jersey est la première race à se joindre aux Holstein. « J’avoue avoir un faible pour les Jersey, dit-il, j’en possède actuellement sept. En plus de ses soixante sujets Holstein (laitières et génisses), Laval héberge deux Canadienne, deux Guernsey, deux Suisse Brune, deux Ayrshire et une Shorthorn laitière. Voilà pour les races officielles. Mais ce n’est pas tout. D’autres se sont ajoutées à la bande. Il a récemment fait l’acquisition d’une Montbéliarde et d’une Normande, deux races françaises.


« J’adore le coup d’œil que donnent toutes ces belles bêtes lorsque j’entre à l’étable », indique le producteur de 45 ans.

« Ces vaches se gèrent et s’alimentent sensiblement de la même façon, dit-il. En raison de sa taille, la Jersey est plus facile à manipuler. La Suisse Brune, quant à elle, m’apparaît plus têtue que les autres, bien qu’il ne puisse s’agir que du sujet que je possède. »

Toutes de race pure, ces vaches ont leur dossier bien à jour dans le bureau de la ferme. Laval sait où dénicher la semence nécessaire pour assurer la pureté génétique des descendants de ses sujets. « Il faut être rigoureux, tient-il à mentionner, car certaines races ont été croisées avec d’autres dans le but d’en accroître la productivité. C’est le cas de la Shorthorn laitière, qui a été croisée avec la Holstein, et de la Canadienne, chez laquelle on retrouve du sang de Suisse Brune. »

Cette passion de l’élevage et, soit dit en passant, son amour des livres, ont amené Laval à collectionner de nombreux ouvrages anciens traitant de notre patrimoine agricole, et plus particulièrement de races bovines. Sa bibliothèque est garnie d’ouvrages tels que Histoire de la race bovine Canadienne, datant de 1940, Les Bovins, écrit par le Frère Isidore et publié par l’Institut agricole d’Oka en 1934, et L’Agriculture : Études sur notre milieu, édité en 1943, de Esdras Mainville qui a été directeur de l’école des Hautes études commerciales de Montréal. C’est en dévorant ces ouvrages qu’il a appris à quand dataient toutes les importations d’animaux de races pures au Canada : pays d’origine, acheteur, année et lieu d’importation. Tout y est minutieusement inscrit. Il possède également de nombreux recueils de l’Ordre national du Mérite agricole et une collection assez rarissime d’ouvrages de l’Ordre du défricheur. Ce concours méconnu invitait à l’époque les producteurs des régions périphériques, où l’agriculture était plus difficilement praticable, à y participer. Son plus vieux bouquin date de 1852. Il aime l’odeur que dégagent ces vieux ouvrages et fouiner dans les librairies d’occasion à Québec, Sorel, Rivière-du-Loup ou Chicoutimi est pour lui un réel plaisir. Il peut consacrer une journée entière à cette activité et ne mettre la main, au bout du compte, que sur deux livres pour lesquels il n’hésite pas à investir quelques dizaines de
dollars. Les ouvrages publiés avant le XXe siècle l’intéressent tout particulièrement. « En lisant ces livres, on constate que bien des choses ont changé, mais qu’en revanche, certaines bonnes vieilles méthodes sont encore d’actualité », fait remarquer Lina qui partage aussi ce goût pour la lecture.

Ce retour dans le passé ne lui fait pas pour autant perdre sa vision du présent et de l’avenir. Disons qu’il est plutôt bien collé sur la réalité. La génétique de haut niveau, l’alimentation de pointe et les méthodes poussées de gestion sont ses outils de tous les jours. Membre d’un groupe-conseil en gestion et d’une coopérative d’approvisionnement, Laval bénéficie des plus récentes innovations en la matière. Aussi a-t-il lui-même procédé à ses propres évaluations d’efficacité. Il a comparé deux années, soit 1993 et 2003, aux chapitres de la productivité et du temps nécessaire pour effectuer les diverses tâches à la ferme. L’exercice lui a permis de constater qu’en 2003, la production laitière moyenne de son troupeau s’était accrue de 22 % par rapport à 1993, et qu’au cours de la même période, le temps requis pour réaliser les travaux avait chuté de 10 %.

Laval Lapointe a récemment fait l’acquisition d’une Montbéliarde et d’une Normande, deux races françaises.


Tout ce progrès ne s’est pas fait au détriment de la qualité de vie du couple. « En 16 ans, la ferme n’a que très peu grossi, souligne Lina qui possède un baccalauréat en éducation physique. Notre qualité de vie est une priorité. Nos familles respectives n’habitent pas notre région, mais ça ne nous empêche pas de les fréquenter régulièrement. Nos deux filles, Anne-Marie, 12 ans, et Joannie, 17 ans, ne manifestent pas, pour le moment du moins, d’intérêt particulier à prendre la relève et nous ne bâtissons pas l’entreprise dans l’espoir qu’elles suivent nos traces. Bien sûr, si elles se montrent intéressées, nous les aiderons. »

« Lorsque nous avons adhéré au groupe-conseil, notre entreprise faisait alors partie de la moyenne, pour ce qui est du nombre de vaches, souligne Laval. Elle est aujourd’hui sous la moyenne. Quand nous avons acheté, il y avait 18 fermes laitières dans la paroisse. Il n’en reste plus que 7. Mais curieusement, les entreprises restantes ne sont pas beaucoup plus grosses qu’avant. »

La production moyenne du troupeau Alaska, qui compte 35 sujets en lactation, atteint 7916 kilos (4,1 %; 3,4 %). Si vous croyez que ces taux élevés de gras et de protéine ne sont dus qu’à la présence des races de couleur, détrompez-vous. « Mes Holstein aussi testent élevés en gras et en protéine, indique le diplômé de l’Institut de technologie agroalimentaire de La Pocatière. Certaines, à 4,86 et 3,62, en produisent autant que les vaches des autres races réputées pour produire beaucoup de gras et de protéine. » L’athlétique éleveur, dont le principal loisir consiste à courir des marathons de 42 kilomètres, mise sur la rentabilité bien avant la productivité. « Mes vaches sont payantes, souligne Laval, c’est pourquoi je suis patient avec elles. Je ne m’en défais pas même si leurs premières lactations sont plutôt moyennes. Je leur laisse le temps d’exprimer leur plein potentiel. L’une d’entre elles avait d’ailleurs commencé dans les 6000 kilos pour produire, quelques années plus tard, 10 000 kilos et décrocher, en plus, le titre Excellente. »


RACES DE VACHES - Les données de 200
Ferme Alaska 5

Race Nombre de
sujets
Production PATLQ*
Ayrshire 1 8063 3,9 - 3,3 7350 4,00 - 3,35
Canadienne 2 5363 4,2 - 3 5482 4,22 - 3,57
Guernsey 3 6119 4,3 - 3,2  
Jersey 3 5901 4,7 - 3,8 5774 4,84 - 3,82
Shorthorn
laitière
1 7288 3,3 - 3,2  
Suisse
Brune
1 7101 4,3 - 3,5 7593 4,18 - 3,52
Holstein 24 8550 4,1 - 3, 9495 3,80 - 3,24
  Le troupeau compte actuellement 2 vaches Excellente (dont une Canadienne), 11 Très Bonne, 21 Bonne Plus, 4 Bonne, 7 non classifiées et une trentaine de taures. *Relevés publiables. Les races Guernsey et Shorthorn sont exclues, car le nombre de relevés publiables était inférieur au minimum de 5.  



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