Depuis les 10 dernières années, la production québécoise de pommes oscille entre 5,1 et 4,3 millions de minots. La tendance est plutôt à la baisse qu’à la hausse. Les dernières statistiques dénombrent 696 pomiculteurs qui comblent près de 75 % de la demande québécoise de pommes, fraîches et transformées. Différents modèles de vergers se profilent à l’horizon pour faire face aux innombrables défis actuels et annoncés. Nous en avons retenu trois qui, selon nous, sont équipés pour traverser le temps et combler adéquatement leur marché.

Tenter de faire le tour d’une production comme celle de la pomme n’est pas simple. Accusé d’être une production exigeante en produits de synthèse et polluante pour l’environnement, ce secteur illustre à merveille le conflit qui existe entre, d’une part, une agriculture qui ne demande pas mieux que de valoriser ses terres, de diminuer l’usage des pesticides et d’offrir des aliments de qualité et, d’autre part, une population qui, lorsqu’elle passe à l’acte, réclame un fruit esthétiquement attirant et savoureux. « C’était, je crois, vers la fin des années 90, raconte Daniel Ruel, directeur général de la Fédération des producteurs de pommes du Québec. Je faisais partie d’une équipe d’experts et nous participions à une audience de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire (ARLA) de Santé Canada, présidée par Ghislain Leblond. Il était entre autres question de la tavelure et des difficultés de contrer cette maladie. Nous voulions expliquer les stratégies de mise en place et la volonté des pomiculteurs de diminuer les arrosages de fongicides. Parallèlement à notre présentation, nous avions préparé des plateaux de pommes à offrir lors de la pause santé. Or, nous avions fait exprès d’apporter un plateau de pommes légèrement tavelées placé à côté de quatre autres plateaux de pommes non tavelées. Les pommes parfaites ont toutes été mangées tandis que les tavelées à peu près pas. Notre objectif était de démontrer à l’auditoire que nos pommes vendues en épicerie sont toujours mises en concurrence avec des pommes parfaites et lorsque nous sommes en situation de choisir nos aliments, nous le faisons toujours en fonction de l’apparence. C’est une réalité bien concrète qui influence la gestion de nos vergers. » Questionné sur l’état de la situation du secteur de la pomme au Québec, Daniel Ruel parle d’un temps difficile où il faut réfléchir ensemble à des solutions permettant aux pomiculteurs de mieux se positionner par rapport à la concurrence. « Nous sommes en train de perdre graduellement des parts de marché. Il faut tenter de les regagner en misant sur nos outils collectifs de mise en marché et sur de bonnes pratiques à la ferme. Pour les pomiculteurs cela signifie un renouvellement graduel des pommiers, un bon choix de variétés et la mise en place de techniques de production durables et respectueuses de l’environnement.

Dans un rapport publié en juin 2005, le Comité pomme lance un message clair, net et précis à tous les intervenants de l’industrie de la pomme : il faut renouveler les vergers, faire la promotion des pratiques de production fruitière intégrée (PFI) et renforcer tout le réseau de mise en marché. Parmi les objectifs énoncés, notons ceux de renouveler 25 % des arbres et de faire adopter les pratiques de PFI par plus de 90 % des agriculteurs, et ce, sur une échelle de sept années, soit de 2006 à 2012. Tout un programme! « Nous cheminons dans cette direction, soutient Daniel Ruel. Depuis trois ans, le verger du parc national du Mont-Saint-Bruno est devenu une vitrine pour l’expérimentation et la démonstration des techniques de production fruitière intégrée. Ces techniques amènent une gestion plus globale du verger. Autrement dit, sans mettre de côté les méthodes chimiques, la PFI tente de mettre au point des méthodes de lutte alternatives. Par exemple, on tente de protéger davantage les prédateurs naturels des ennemis de culture. »

La production fruitière intégrée
Initié en Europe il y a une dizaine d’années, ce principe fait actuellement son chemin tant aux États-Unis qu’au Canada. « Les programmes de production fruitière intégrée (PFI) connaissent actuellement un développement rapide dans le monde », peut-on lire en guise d’introduction du programme de PFI destiné aux pomiculteurs québécois. La première version du document de travail conçu à l’intention des pomiculteurs compte 131 questions réparties en 12 sections distinctes. Comparable à un cahier des charges en évolution, ce document permet de dresser un premier portrait du verger sur une période donnée pour ensuite mesurer les progrès accomplis. Chercheur à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), l’agronome Gérald Chouinard est le responsable du comité d’intervenants ayant développé et rédigé le programme de PFI. Il nous explique l’esprit de ce programme. « Il s’agit d’un guide de bonnes pratiques au verger. Un choix de deux à cinq réponses est suggéré pour chacune d’elle, allant de la situation la moins acceptable à l’idéale. » À partir de cet automne, une première enquête sera réalisée afin d’avoir un juste portrait de l’application de ces pratiques. Quelle est la différence avec la production biologique? « L’esprit est sensiblement le même, admet le chercheur. Ces bonnes pratiques amènent les pomiculteurs à penser globalement leur verger avant d’agir localement. La grande différence est que les interventions chimiques ne sont pas complètement bannies. » À ce chapitre les connaissances actuelles permettent entre autres de savoir l’effet de chacune des molécules chimiques autorisées sur la faune auxiliaire. Par exemple, pour chacun des fongicides et des insecticides pouvant être utilisés, nous connaissons mieux les effets sur la faune environnante utile au verger. Côté aménagement, on favorisera davantage des pommiers nains et semi-nains. Ces arbres ont l’avantage de produire plus de fruits de qualité avec moins de pesticides. La PFI est l’orientation adoptée à l’unanimité par tous les spécialistes de l’industrie pomicole. « Cette voie est prometteuse, précise Gérald Chouinard. Elle permet aux pomiculteurs de cheminer graduellement tout en assurant un rendement viable de leur verger. »

La tavelure et la brûlure bactérienne
Si les pomiculteurs semblent assez bien maîtriser les populations d’insectes au verger, ils ragent encore contre la tavelure et de plus en plus contre la brûlure bactérienne. Comme consommateur, on ne peut que se demander pourquoi l’industrie ne favorise-t-elle pas davantage des variétés résistantes? Phytopathologiste rattachéà l’IRDA, Vincent Philion connaît ces maladies et leur manière de se développer au verger. « La tavelure peut être contrôlée si on s’applique à suivre toute une série de bonnes pratiques. Il faut bien comprendre toutefois que les variétés dites résistantes finissent par devenir sensibles à cette maladie, compte tenu de notre climat plus humide. Si on regarde du côté européen, c’est exactement ce qui s’est passé. La résistance à la tavelure s’est grandement affaiblie. » Est-ce ce qui arrive avec la variété Liberty, la plus connue des variétés résistantes? « Cette pomme n’a tout simplement pas passé le test du goût auprès des consommateurs, souligne le chercheur. Plusieurs pomiculteurs ayant planté cette variété sont actuellement en train de les éliminer progressivement de leur verger. Ce qui dicte le choix des variétés est surtout le goût des consommateurs, donc le marché. Qu’on le veuille ou non, le choix de nos variétés est très influencé par les variétés offertes en épicerie qui gagnent en popularité et qui peuvent être produites sous notre climat. C’est entre autres le cas des variétés Honeycrisp et Gala. »


Et le feu bactérien?
Selon l’agronome chercheur également fils de pomiculteur, cette maladie est en recrudescence depuis quelques années. « Cette bactérie a été identifiée pour la première fois au 19e siècle. La brûlure bactérienne n’est donc pas un problème nouveau. Ce qui change progressivement est la fréquence des attaques qui est favorisée par une chaleur excessive au printemps. » Le réchauffement du climat y est donc pour quelque chose? « Oui, mais il n’explique pas tout, nous renseigne le phytopathologiste. Notre système de production devenu plus intensif et axé vers des arbres nains crée, dans une certaine mesure, des conditions pour que se propage plus facilement la maladie. » En cas d’infection grave, il est recommandé de couper les arbres ou encore d’employer le seul antibiotique homologué en production végétale qui est la streptomycine. « Ce produit est très peu employé dans nos vergers, souligne Vincent Philion. Les pomiculteurs demeurent très rébarbatifs… » Questionné au passage sur le mode de régie biologique, Vincent Philion admet que plusieurs bonnes techniques développées en régie bio sont adaptables en régie traditionnelle et c’est tant mieux. « Toutefois, il faut être bien conscient que le bio n’est pas fait pour tout le monde et que ce choix est très exigeant. Il faut être prêt à expérimenter, à perdre des rendements et à investir beaucoup d’effort pour développer son marché, ce qui n’est pas donné à tout le monde. »

Question de marché
Dans les vergers d’ici comme ailleurs, se défile à l’horizon un nouveau type d’infrastructure, caractérisé par des pommiers nains plantés très serrés. Il s’agit de verger de haute densité. Le coût de replantation d’un tel verger est évalué à 25 000 $ l’hectare. Ces vergers visent le marché de gros volumes. Au Québec, certains pomiculteurs ont déjà entrepris le virage de la haute densité. D’autres par ailleurs évoluent autrement. Certains prennent la voie de la ferme à vocation multiple où l’on transforme sur place en plusieurs sous-produits ou encore en élargissant la gamme d’aliments cultivés. Certains autres, plus téméraires sans doute, ont opté pour la voie du bio. Parce qu’ils approvisionnent des marchés bien distincts, les propriétaires des trois vergers présentés dans le cadre de ce reportage ne partagent pas tous la même vision des choses. La diversité des modèles de production aura-t-elle sa place en pomiculture au Québec? C’est, entre autres, ce que souhaitent ces pomiculteurs de Dunham et de Saint-Hilaire.

Les pommes du Québec en bref
En 2004 : près de 60 millions de tonnes étaient cultivées à travers le monde. Cela représente 3,4 milliards de minots. Un volume qui augmente entre autres à cause de la Chine, premier pays producteur de pommes, suivi des États-Unis, de la Pologne et de la France. Le Québec, quant à lui, produit à peine 0,15 % de la production mondiale. Un grand jardin, quoi!

La production québécoise de pommes est destinée surtout au marché frais dans une proportion de 55 %. Le reste est destiné au marché de la transformation.

Des variétés pour tous les goûts
Sur la douzaine de variétés offertes en épicerie, quatre, parfois cinq en saison des récoltes, proviennent du Québec. Il s’agit de la McIntosh, la Lobo, la Cortland, l’Empire et la Spartan. Actuellement, les pomicul-teurs présents sur le marché de gros tentent une percée avec la Royal Gala et la Honeycrisp.

À côté des variétés dévelop-pées pour approvisionner le marché frais des épiceries, il y a les dizaines d’autres présentes dans les vergers spécialisés dans l’autocueillette et la vente à la ferme. Plusieurs sont résistantes à la tavelure dont la Redfree, la Bel Mac, la Liberty, la Trend, l’Alexandre, la Richelieu, etc.






Les pommiers nains et semi-nains occupent de plus en plus d’espace dans nos vergers et remplacent graduellement les arbres de type standard. En 2004, ces derniers ne représentaient plus que 36 % de l’ensemble des pommiers de la province. Ces arbres sont-ils appelés à disparaître du paysage? Pas nécessairement, concède Monique Audette, pomicultrice et agronome, responsable de la Ferme expérimentale d’Agriculture et Agroalimentaire Canada à Frelighsburg. Il reste qu’un des grands constats que l’on peut faire après plusieurs années de production, c’est que la culture du pommier de type standard s’avère peu rentable. Monique Audette connaît bien le secteur québécois de la pomme puisqu’elle y travaille depuis 22 ans. Elle et son conjoint Luc Vincent sont propriétaires d’un verger de 14 ha, en processus de replantation vers la haute densité. Pour eux, c’est la voie de l’avenir si l’on souhaite approvisionner le marché de gros.Acheté en 1996, ce verger de Dunham se renouvelle en haute densité depuis 2000. « Il ne reste que 4 ha de pommiers standards, souligne Monique Audette. La densité moyenne du verger est d’environ 2800 arbres à l’hectare, soit un taux d’occupation plus élevé que la moyenne des vergers qui est de 1100 arbres à l’hectare. « Le fait d’avoir notre propre pépinière d’arbres nous permet de viser une telle densité, explique la copropriétaire du verger. Le coût nous revient à 2 $ l’arbre au lieu de 6 $. »

Les avantages de la haute densité
« Tout repose sur un bon choix de porte-greffe, d’une bonne préparation du site et bien entendu des cultivars souhaités, explique Monique Audette. Il est important de garder à l’esprit que les arbres nains possèdent des racines réduites donc plus fragiles, qu’il faut bien nourrir et irriguer. Le site doit être à flanc de colline à l’abri des gels meurtriers et des vents desséchants. C’est un point que nous avons bien évalué avant d’acheter le verger, fait remarquer la pomicultrice. Cela dit, le fait de travailler avec des arbres nains et rapprochés diminue le temps consacré à la taille d’hiver. Comme l’arbre fait moins de bois, les fruits reçoivent davantage d’ensoleillement et sont plus colorés. On parle d’une production plus uniforme qui demeure moins exigeante en main-d’œuvre et en quantité de produits à pulvériser. Ce qui est onéreux dans un tel verger est le coût d’implantation. Après, les frais d’opération sont dans l’ensemble moins élevés qu’un verger de pommiers standards. » Un tel modèle de verger est-il compatible avec la PFI? « Absolument, affirme l’agronome. Contrairement à ce que nous pourrions être porté à croire, ce verger permet d’utiliser moins de produits de synthèse à l’hectare. Entre autres, il permet l’utilisation d’un pulvérisateur à rampes verticales qui offre plus de précision et moins de dérive. Aussi, l’applicateur à herbicide à pression peut être remplacé par un appareil muni d’un atomiseur qui nécessite moins d’eau et de produit. Des opérations telles que le fauchage et l’application d’herbicide peuvent être effectuées simultanément, ce qui contribue à réduire la consommation de carburant. » Lors de notre passage au verger, on ne s’est pas du tout plaint des pluies excessives des dernières semaines. « La tavelure est plus facile à gérer, car encore une fois, la vigueur réduite des arbres offre moins de points d’entrée à la maladie et leur petite taille permet une meilleure couverture des produits fongicides. »

Une douzaine de porte-greffes de pommiers nanifiant est actuellement offert sur le marché. Tous ont été évalués par le réseau d’essai de cultivars et porte-greffes de pommiers (RECUPOM).


Un financement difficile à obtenir
Tant d’avantages et pourtant, lorsqu’est venu le temps d’emprunter les fonds pour le renouvellement en haute densité, il a fallu frapper à plusieurs portes pour finalement obtenir le financement souhaité de Financement agricole Canada qui offrait un programme spécifique dédié à la replantation d’un verger. Certes, un tel verger exige un savoir-faire et des connaissances pointues en terme de porte-greffe, de cultivars et de soins apportés aux arbres. « C’est de l’horticulture de détails, fait valoir l’agronome. On ne cultive pas l’arbre nain comme on cultive l’arbre standard. »

Des fruits plus faciles à vendre
Selon les propriétaires du Verger du Lac, les pommes produites dans un verger à haute densité sont plus uniformes, une qualité recherchée des acheteurs. « Nous devenons en meilleure position pour négocier, explique Luc. Cette année, le couple espère un volume de 16 000 minots au total, pour l’ensemble du verger. Le rendement visé pour un verger de haute densité est de 40 tonnes à l’hectare, soit 2095 minots. « Un rendement possible avec des arbres standards, nuancent les pomiculteurs, mais avec une qualité moindre et des frais d’exploitation plus élevés. »

Le verger compte une douzaine de variétés différentes de pommes, dont les plus nouvelles sont la Honeycrisp, la Royal Gala, la Ginger Gold, la Pinova et la Sunrise. Si la Honeycrisp fait partie des nouvelles variétés à promouvoir, sa culture n’est pas facile pour autant. L’arbre exige vigilance au niveau de la fertilisation, de l’irrigation et de l’éclaircissage. Toutefois, cette variété s’avère peu sensible à la tavelure mais pas totalement résistante. Le fruit se conserve longtemps au froid et arrive à maturité à la fin de septembre.

Les vergers de pommiers conduits en haute densité ne sont certes pas fait pour tout le monde. Toutefois, ce modèle offre l’avantage d’optimiser la qualité et la quantité de pommes tout en étant moins exigeant en temps de travail et en frais d’exploitation.

Répartition des types de pommiers au Québec
Le tiers des pommiers actuellement en production est de type nain. Cette proportion ira en augmentation d’ici les années à venir. C’est, à tout le moins, ce qui est perçu par les pomiculteurs et intervenants interrogés dans le cadre de ce reportage

Les endroits où les Québécois achètent leurs pommes
73 % dans les épiceries
17 % dans les fruiteries
10 % à la ferme et dans les marchés publics

Sources : Monographie de l’industrie de la pomme au Québec, MAPAQ 2003Statistiques de la Fédération des producteurs de pommes du QuébecL’horticulture en bref, portrait 2004, MAPAQ 2005Les Québécois et les pommes, rapport d’analyse remis à la Fédération des producteurs de pommes du Québec, Baromètre, recherche marketing et sondage d’opinion, juillet 2002

Variétés anciennes de pommiers…
Des variétés anciennes de pommiers sont, depuis deux ans, multipliées dans le cadre d’une activité pédagogique supervisée par le professeur Guy Langlais de l’ITA de La Pocatière. « Le taux de réus-site des greffes est de 85 %,car cela démontre l’intérêt des jeunes de contribuer à la sauvegarde de notre patrimoine génétique. précise l’enseignant. C’est très rare d’avoir autant de succès dans le cadre d’un projet étudiant. J’aime le dire »L’inventaire génétique à ce jour dénombre 27 variétés anciennes de pommiers autrefois cultivées dans le Bas-Saint-Laurent.



Françoise Robert a 29 ans et gère avec son père Michel et son frère Marc-Antoine un verger situé à Saint-Hilaire. Microbiologiste de formation, elle a fait le choix d’exercer le métier de pomicultrice et d’assumer la gestion d’une entreprise fondée en 1930 par ses grands-parents.Située en bordure de la route 116 qui, jusqu’en 1967, était la voie de passage vers Québec, on comprend bien pourquoi l’entreprise a développé le marché de détail, soit la vente à la ferme et l’auto-cueillette de pommes. Toute la production est vendue au kiosque, ouvert àl’année depuis 1991. Environ la moitié est transformée en sous-produits, dont le jus et plusieurs variétés de cidres artisanaux.

Une clientèle différente
Si vous avez l’occasion de vous rendre sur place, vous aurez le loisir de découvrir et de déguster plus d’une trentaine de variétés de pommes, des plus anciennes, comme la Alexandre, la Richelieu, la Rouville ou encore la Fameuse jusqu’aux plus récentes dont la Honeycrisp et la Liberty. « Cela me surprend toujours d’apprendre que la variété de pommes McIntosh soit encore la plus populaire auprès des consommateurs, précise Françoise. Ici à la ferme, les gens demandent autre chose. » La disponibilité d’autant de variétés explique probablement la renommée du verger. Autre particularité importante à souligner : les pommes légèrement meurtries ou présentant quelques défauts d’apparence ne sont pas boudées par la clientèle. « Il y a trois ans, notre verger a été complètement affecté par la grêle, se rappelle Françoise. Toutes nos pommes étaient légèrement blessées. Pourtant, nos clients les ont quand même achetées! C’est un très gros avantage de pouvoir expliquer aux gens ce qui passe au verger. Ils sont capables de comprendre que la nature nous empêche parfois de produire des fruits sans défaut. »

Portrait du verger
Situé au pied du flanc nord du mont Saint-Hilaire, le site est tout à fait propice à la production fruitière. Les quelque 3000 pommiers qui s’y retrouvent occupent autour de 20 hectares. Nous sommes loin de la haute densité. La moitié des arbres sont de type standard. « Ces arbres ont plus de 60 ans. Tant et aussi longtemps qu’ils seront en santé, ils feront partie du nombre. » En accord avec le fait que les pommiers nains soient plus faciles à cultiver, Françoise souligne l’importance de maintenir une quantité de gros pommiers, entre autres, pour la beauté du paysage. « Il reste que les arbres nains et semi-nains sont beaucoup plus faciles à traiter et rendent la cueillette de fruits plus agréable et moins exigeante. » Des poiriers prennent place tranquillement et annoncent de bonnes récoltes dans les années à venir. « Avec le réchauffement graduel du climat, nous renseigne la jeune pomicultrice, les poiriers vont probablement occuper de plus en plus de place dans les vergers ouverts au public. »Comme la plupart des fermes ayant développé le marché de détail, l’éventail des produits cultivés et offerts en kiosque est généreux. Outre une érablière dont l’on tire des sous-produits, l’entreprise possède une production de petits fruits variés et un élevage de cerfs roux qui, en plus de garnir le comptoir de pièces de viande de cerf, servent d’attraction touristique lors des visites éducatives guidées et disponibles sur réservation.

La PFI : un principe de base
« Nous appliquons ce principe depuis déjà très longtemps, sourit Françoise. La gestion globale du verger, la lutte intégrée, la présence des prédateurs, les traitements minimums, l’aménagement de l’espace pour mieux contrôler les populations d’insectes ont toujours fait partie de notre manière de cultiver les pommiers. Nous essayons de minimiser les traitements contre la tavelure. C’est probablement plus facile parce que nous ne cherchons pas la perfection du fruit. »Les propos de Françoise font réfléchir. « Lorsque l’on prend le temps d’expliquer aux gens ce qui se passe, ils sont très ouverts et prêts à se contenter d’une apparence de fruit moins parfaite », a-t-elle souligné. Voilà qui laisse croire qu’un marché bien précis peut se développer à l’ombre des plus populaires. Certes, la vente à la ferme ou au marché public directement par les producteurs ne représente que 10 % du volume des pommes produites au Québec. Qu’importe, ce modèle de ferme entretient un lien essentiel avec les consommateurs. Un lien qui fait que dans la tête des gens, l’agriculture d’ici est encore en vie.

Projet Ruralys
Il s’agit d’un espace de conservation et de production où sont produites et multipliées des variétés anciennes d’arbres fruitiers provenant de la Côte-Sud et du Bas-Saint-Laurent. Le verger est situé sur les terres du Centre de développement bioalimentaire du Québec (CDBQ) à La Pocatière. Le projet vise l’inventaire des cultivars anciens de la région,leur production et leur mise en marché.Les variétés devront répondre aux critères de saveur, de rusticité et de facilité de culture. On parle ici de variétés de pommes, de cerises, de prunes et de poires provenant de notre région qui seront greffées sur des sujets (ex : pomme Alexandre, St-Laurent d’été, St-Laurent d’hiver, Prunes Damas, la Duchesse, la Golden Rossette, poires d’hiver, poire La Pocatière (5 à 10 par variété)) et mises en contenants. Les cultivars pourront ensuite être mis en terre dans le verger de conservation en vue d’une production plus massive ou être vendus tels quels, soit aux individus intéressés, ou aux pépiniéristes désirant offrir un produit de production fruitière spécifique à notre région. Trois partenaires s’associent avec Ruralys dans ce projet : l’ITA, campus de La Pocatière, le CDBQ et la Ferme-école La Pokita.



De la pomme bio, oubliez cela, ce n’est actuellement pas possible à produire dans l’état actuel des connaissances techniques! » Voilà une réflexion souvent entendue et répétée. Propriétaire depuis 1988 des Cidreries du verger Gaston, une ferme certifiée bio située à Saint-Hilaire, Christian De Cavel n’est pas nécessairement en désaccord avec cette affirmation. « Si l’on s’entête à cultiver des variétés traditionnelles de pommiers, soit de la McIntosh, de la Lobo ou encore de l’Empire, on fait mieux de demeurer en régie conventionnelle. Autrement, on fait face à de très faibles rendements et à un fruit qui ne sera bon que pour être transformé. C’est d’ailleurs ce qui arrive avec les deux tiers de son verger, composé d’arbres standards et de variétés conventionnelles. Les pommes sont récoltées pour ensuite être transformées en jus et en cidre bios.

Christian De Cavel a décidé de réorienter son verger, il y a dix ans, vers une régie biologique tout simplement parce que les traitements le rendaient malade. Le tiers de son verger de 3 ha a été complètement rénové. On parle de 1500 pommiers nains aux variétés résistantes à la tavelure. Il s’agit de la Redfree, la Bel Mac, la Liberty et la Trend. Cette année, plusieurs arbres ne produiront pas faute d’avoir été affectés par un ensoleillement trop élevé. Il s’agit de la brûlure du sud-est. « C’est un peu comme un coup de soleil de la peau, nous renseigne le pomiculteur. Sans être spécifique aux pommiers, cette maladie qui affecte surtout les jeunes arbres est causée par des températures trop chaudes l’hiver, endommageant ainsi l’écorce des jeunes pommiers sur toute sa longueur. » La récolte attendue cette année se situera autour de 1800 minots.

Les pommes bios sont très en demande dans les marchés publics. Tous les dimanches de septembre et d'octobre, Christian De Cavel se rend au marché bio d'Outremont.

Des produits de rechange à l’essai
Les variétés résistantes à la tavelure demeurent toutefois attaquées par trois ennemis majeurs dont les recherches actuelles offrent quelques solutions de rechange aux produits de synthèse. Il s’agit de l’hoplocampe, le carpocapse et le charançon de la prune. Membre d’un club d’encadrement technique, le pomiculteur travaille également en étroite collaboration avec le chercheur d’Agriculture et Agroalimentaire Canada, Charles Vincent, pour l’essai d’un produit composé d’un insecticide viral à base de granulose. Il s’agit du Virosoft qui semble avoir le potentiel de réprimer le carpocapse de la pomme. « Nos vergers bios sont de vrais laboratoires. Nous devenons des sites d’expérimentation avec les fonds budgétaires en moins, dit-il en souriant. C’est le lot de tous les agriculteurs bios qui souhaitent faire évoluer la science et l’état des connaissances techniques. »

La grande différence : le temps au verger
Vendues au kiosque de ferme et dans certains marchés publics spécialisés comme le marché bio d’Outremont, les pommes bios se vendent très bien. « Ce qui me console est que la pomme bio est payée à sa juste valeur, ce qui n’est pas le cas des pommes traditionnelles. » On parle d’un prix pouvant varier entre 25 $ et 35 $ le minot vendu au détail, comparativement à 13 $ pour la pomme standard. Selon son expérience, les pommes bios ne coûtent pas plus cher à produire. Le rendement est moindre, mais le coût de production est comparable à celui de la pomme conduite en régie traditionnelle. La grande différence est le temps passé au verger. Au plan désherbage par exemple, il peut être jusqu’à 20 fois plus élevé comparativement au désherbage chimique. Il faut être prêt à faire ce genre de choix. « Ce qui m’encourage est que la demande pour le bio est en augmentation continuelle, renseigne le pomiculteur. La saison se termine toujours avec un manque de pommes pour combler la demande. Si on se décidait à ne planter que des variétés résistantes à la tavelure, ce serait déjà un pas dans la bonne direction et en faveur de la santé de tous les pomiculteurs! Nous avons les atouts pour faire du Québec une petite Suisse. »

L’importation
En 2003, le Québec a importé près de 24 000 tonnes, soit autour de 1,3 million de minots destinés au marché frais (67 %) et à celui de la transformation (33 %). Ces pommes proviennent des États-Unis, de l’Afrique du Sud, du Chili et de la Nouvelle-Zélande. Elles sont de catégorie Extra fantaisie, signifiant une coloration du fruit entre 70 % et 100 %. Ces variétés sont par ordre d’importance : Granny Smith, Royal Gala, Rouge délicieuse, Braeburn et la Caméo.

L’exportation
La quantité de pommes exportées semble varier d’une année à l’autre. Au début des années 2000 les exportations se sont situées autour de 19 %. Ce volume semble être partagé par le marché frais et transformé. Actuellement, la quantité produite tend à diminuer et la proportion de pommes exportées se situe entre 5 % et 8 %, selon Daniel Ruel de la Fédération des producteurs de pommes.

Les pommes bios
Les dernières statistiques disponibles colligées en 2004 par l’organisme Canadian Organic Growers dénombrent 189 vergers de pommiers certifiés bios répartis à travers le Canada. De ce nombre, 133 sont situés en Colombie-Britannique, 25 en Ontario et 12 au Québec. Ces derniers ne sont pas tous ouverts au public. Actuellement, cinq d’entre eux possèdent suffisamment de pommiers pour en faire une spécialité et produire une qualité de fruits apte à être vendue à l’état frais. Ces pommes bios sont vendues surtout en saison dans certains marchés publics, épiceries spécialisées, kiosques à la ferme ou encore dans des foires alimentaires.

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