Les produits de la Coopérative La Récolte de Chez-Nous occupent une place de choix dans le panier des consommateurs du Nouveau-Brunswick.

Loin de se laisser abattre par les grosses chaînes d’alimentation qui recherchent les fournisseurs les moins chers, huit producteurs du Nouveau- Brunswick, qui partageaient un intérêt commun pour la promotion de produits locaux, ont formé en 1998 la coopérative La Récolte de Chez-Nous. Ils ont développé un modèle d’entreprise collective qui a pour but l’équité sociale, la viabilité environnementale et économique.

Que ce soit à travers la coop La Récolte de Chez-Nous, leurs produits d’appellation Eco-Logik ou de leur marché des fermiers au centre-ville de Dieppe, ils ont réussi à se tailler une place de choix dans le panier des consommateurs, en offrant à la population urbaine d’excellents produits à prix raisonnables. Une solution où tout le monde y gagne.

Donald Daigle, président de la coopérative La Récolte de Chez-Nous, est producteur maraîcher depuis 1980. Sa ferme, Les Jardins d’Acadieville, est située dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, à 60 km de Moncton. Il connaît bien les effets dévastateurs de la mondialisation. La région, jadis reconnue comme étant la capitale canadienne du chou de Bruxelles, comptait une soixantaine de producteurs maraîchers en 1982. Vingt ans plus tard, il n’en restait que deux. « On perdait des producteurs comme de la rosée au soleil, explique-t-il. Le marché de la fraise, entre autres, était saturé. À 0,50 $ la livre, personne ne faisait d’argent. »

Les producteurs se sont réunis et ont évalué ce que coûte la production de fraises dans le sud-est du Nouveau-Brunswick. De là est venue la décision de faire front commun et de couper les liens avec les chaînes d’alimentation. Plusieurs ont essuyé des pertes sèches selon M. Daigle, « mais à moyen et à long terme, on s’est aperçu que c’était bien meilleur pour nous autres. Il fallait trouver une façon de faire réaliser au monde qu’il y a un coût à être en agriculture. »

La plupart des fermes avaient déjà des kiosques au bord de la route et parvenaient ainsi à écouler un certain pourcentage de leur production. Mais lorsque les membres de La Récolte de Chez-Nous se sont mis à échanger ces produits entre eux, ils ont automatiquement gagné accès à huit, voire dix kiosques supplémentaires.

Le marché acceuille régulièrement plus de 7000 visiteurs chaque samedi.

« Depuis deux ans, quelqu’un s’occupe de la distribution entre les kiosques. Il ramasse mes produits et les emporte chez un autre producteur et, le soir, me rapporte ce qui n’a pas été vendu. Il y a une grosse clientèle qui fait confiance à nos produits. Quand on dit que c’est du brocoli local, elle le prend mais si tu dis que c’est pas du local, beaucoup de clients le laissent là. »

La Récolte de Chez-Nous a beaucoup misé sur la publicité et l’éducation de sa clientèle au fil des ans pour sensibiliser les gens à l’agriculture locale. « Souvent tu peux acheter les fraises moins cher dans les chaînes de magasin que chez les producteurs mais elles ne sont pas de la même qualité. Si tu achètes un casseau de fraises et que tu en jettes la moitié, finalement ça fait des fraises qui sont chères », ajoute M. Daigle.

Le groupe a de plus établi un code horticole pour ses produits, une éco-étiquette qui s’appelle : Eco-Logik. Il s’agit, plus ou moins, d’un code de conduite pour une production durable; une assurance-qualité qui visiblement plaît aux consommateurs et qui a une valeur monnayable. Elle permet aux producteurs de non seulement aller chercher des prix plus élevés pour leurs produits mais aussi d’écouler toute leur production même si les prix de leurs denrées sont en général plus élevés que ceux de l’épicerie.

En 2005, La Récolte de Chez-Nous innovait à nouveau avec le lancement du marché des fermiers de Dieppe, un projet de 3 millions $ fait en partenariat avec la ville de Dieppe et l’Agence de promotion économique du Canada atlantique (APECA). La coopérative, qui compte maintenant 25 membres, était fière de lancer un projet qui permettrait aux agriculteurs d’avoir accès à une clientèle urbaine. Le marché, d’une superficie de 18 000 pieds carrés, accueille régulièrement plus de 7000 personnes chaque samedi, qui visitent 120 marchands offrant toute une gamme de produits frais de la ferme.

Plusieurs agriculteurs, grâce aux ventes directes, ont vu leur revenu doubler mais, lance M. Daigle : « Je ne voudrais pas lancer le message que tout est beau. Ça demande beaucoup plus d’énergie car au lieu d’avoir deux, trois clients, tu en as mille. Par contre, quand tu fais des ventes directes, c’est de l’argent dans tes poches que tu reçois. Avec les épiceries, il fallait parfois laisser nos pommes de terre à 4 $ du 50 livres et attendre 60 jours avant d’être payés. »

Avec le marché des fermiers de Dieppe, la coopérative La Récolte de Chez-Nous se rapproche de son but, qui est d’offrir une assiette complète de produits locaux aux consommateurs. Mais les projets ne s’arrêtent pas là. Le slogan du marché De la campagne à la ville sera bientôt suivi d’un autre qui incitera les gens de la ville à redécouvrir la campagne. Le groupe travaille à mettre sur pied une véritable industrie agrotouristique qui offrira diverses destinations et toute une gamme de services : des tables champêtres, des réceptions de mariages, des visites à la ferme et une liste de producteurs chez qui les consommateurs pourront aller faire de l’auto-cueillette. « Mais avant de se lancer dans l’agro-tourisme, il faut en connaître les principes », lance M. Daigle. À cet effet, le groupe a embauché un consultant pour développer une stratégie de marketing et mettre sur pied des alliances avec l’APECA, l’Agence de tourisme du Nouveau-Brunswick et le ministère de l’Agriculture. « Plusieurs sont déjà fin prêts, poursuit-il. Le verger Béliveau vient d’ouvrir un musée de la pomme à Memramcook, M. Tomate à Rogersville a ouvert une boulangerie et opère un kiosque de crème glacée en plus d’offrir toute une gamme de légumes et il y a Jeff Everett, producteur de fraises, qui s’est lancé dans le vin et a acheté une maison datant des années 1800 pour en faire un gîte du passant. Notre but est de fournir à tous les agriculteurs intéressés un coffre à outils afin que toutes les fermes qui entrent dans le programme soient fin prêtes pour éviter que la clientèle n’ait de déception. »

Tous ces projets ont réduit le temps que Donald Daigle a à consacrer à sa ferme. C’est le prix à payer, juge-t-il, pour travailler pour une cause qui lui tient à cœur. Pour ce faire, il a dû réorienter la production des Jardins d’Acadieville en optant pour des cultures qui, ironiquement, requièrent moins de mise en marché directe. Soixante pour cent de sa production de carottes est maintenant sous contrat avec Oxford pour la transformation et, depuis 2000, il a développé une clientèle qui lui permet d’écouler à la ferme, de façon profitable, 8 à 10 acres de pommes de terre annuellement. « J’ai sacrifié ma ferme pour ces projets-là mais, d’un autre côté, je ne voudrais pas donner à mes enfants une ferme qui ne soit pas rentable. »

Retour



Copyright © 2014 La Coop fédérée | Tous droits réservés