Laurent Bousquet satisfait son intérêt pour la langue française par la lecture. L’histoire, la géographie et la politique sont les sujets qui l’animent le plus.

En effectuant une tournée des propriétés de son entreprise, Laurent Bousquet s’émeut lorsqu’il raconte qu’une des batailles entre les patriotes et les loyalistes, vers 1837, s’est déroulée sur sa terre de Saint-Charles-sur-Richelieu.

« J’adhère à la mouvance nationaliste, les gens le savent, mais je ne ferai jamais de politique active », tient à préciser ce deuxième vice-président de La Coop fédérée. Son intérêt lui vient de ses ascendants. Toutefois, son père, Hubert, et sa mère, Louise Perrault, étaient des militants passablement actifs.

Laurent n’a jamais été un sportif! Jeune, il s’intéresse bien plus à la ferme qu’à courir après une rondelle ou frapper une balle. À l’école, il est brillant. S’il avait suivi son intérêt du moment, il aurait étudié en lettres. Mais qu’est-ce que les mots amèneront à l’agriculture, se demandait-il à l’époque. Il décide donc de s’inscrire en sciences pures. Quelques semaines plus tard, n’y trouvant pas ce qu’il cherchait, il bifurque vers les sciences de la santé. Peine perdue : on le retrouve plus souvent à la cafétéria qu’en classe, en train de préparer la prochaine offensive contre le candidat du parti opposé qui se pointera sur le campus. Après quelques années de ce régime, n’y tenant plus, il retourne sur la ferme, où il se sent plus utile.

Cela ne l’empêche pas de développer un intérêt particulier pour la langue française, qui le poursuit toujours. Il comble cet appétit par la lecture. L’histoire, la géographie et… la politique sont les sujets qui l’animent le plus. À travers ce passe-temps, il élargit ses connaissances et goûte au plaisir de jouer avec les mots, ce qui le servira bien dans sa carrière.

Aîné d’une famille de six enfants, il est propriétaire, à La Présentation, de la Ferme Grand Rang 1977 inc. avec ses trois frères – Claude, Stéphane et Pierre. Marié à Lorraine Brodeur depuis plus de 30 ans, ils ont quatre enfants : François, employé à la ferme et destiné à prendre la relève; Robin, occupe un emploi en comptabilité et assume cette fonction dans l’entreprise; Rémi, étudiant en anthropologie à l’Université de Montréal et Roxane, boulangère compétente et dévouée dans une épicerie à grande surface.

L’entreprise
La Ferme Grand Rang est spécialisée en production de semences select (blé, orge, soya) et en culture commerciale (maïs, soya et légumes de transformation). Comptant 1000 hectares, dont une érablière de 1000 entailles, les terres acquises au cours des années sont disséminées à l’ouest de Saint-Hyacinthe, à La Présentation, Sainte-Madeleine, Beloeil et Saint-Charles-sur-Richelieu.

Outre la passion commune des Bousquet pour la politique, les trois dernières générations ont chacune porté le sceau de producteur modèle. Hubert était un éleveur Holstein reconnu et William avait fait sa marque en tant que premier Canadien français à être couronné maître-éleveur, en 1950. Bref, les générations se suivent et se ressemblent.

Les quatre frères ont toutefois brisé une vieille tradition familiale en abandonnant la production laitière pour ne s’adonner qu’aux cultures. Déjà, le grand-père avait un penchant pour les travaux aux champs et Laurent éprouvait le même intérêt.

« Il a commencé à conduire la machinerie à cinq ans, raconte Claude Bousquet, le frère cadet. Déjà en bas âge, il était plus fiable que bien des hommes que mon père engageait. »

En tant qu’aîné, Laurent est en quelque sorte le pivot de l’entreprise. Bien que les relations soient bonnes entre les frères, il affirme que les fermes de groupe ne sont pas faites pour tout le monde. « J’ai vu quelques entreprises où la vie en groupe était difficile. » De son point de vue, elle comporte un avantage indéniable : la possibilité de se libérer pour s’impliquer

L’entreprise de Laurent Bousquet et ses trois frères, Claude, Stéphane et Pierre, est spécialisée en production de semences select (blé, orge, soya) et en culture commerciale (maïs, soya et légumes de transformation).


?De fait, il a toujours été actif dans les organisations agricoles notamment le syndicat de gestion et la Fédération des cultures commerciales. Il a siégé au sein du comité d’urbanisme de sa localité. Une expérience qui ne lui a pas plu. « Ce n’était pas ma manière de faire les choses », explique-t-il. Il a abandonné après un an.

En 1996, il est élu au conseil d’administration de Comax, sa coopérative. Il en deviendra président trois ans plus tard. À ce titre, il a la préoccupation de voir à ce que tout le monde s’exprime. « Il est l’opposé du dictateur », commente Robert Brunet, directeur général de cette coopérative.

En 1999, il est désigné pour siéger au conseil de La Coop fédérée. Dès 2002, il se retrouve au comité exécutif et est élu deuxième vice-président l’année suivante. Il quittera la présidence de Comax pour mieux assumer ces nouvelles fonctions.

Au conseil d’administration de La Coop fédérée, il a la réputation de ne pas mâcher ses mots. Une caractéristique qui le fait sourire, « je tiens ça de ma mère », mais qui l’inquiète aussi. Sensible, il craint que sa franchise blesse. Pourtant, plusieurs assurent que cette façon directe de s’exprimer ne brusque personne. Au contraire. « Son humour, son adresse à manier les mots, ajoutés à ses compétences en agriculture en font quelqu’un d’habile à nuancer ses propos et à capter l’attention des membres du conseil », soutient le président, Denis Richard qui, de toute évidence, apprécie les qualités de son deuxième vice-président.

Pour se faire une opinion sur un sujet qu’il connaît peu, Laurent Bousquet consulte abondamment et n’a pas la prétention de détenir toute la vérité. « Quand il nous demande notre avis, c’est véritablement pour l’avoir et non pour nous donner le sien », a noté Luc Pelland, actuel président de Comax.

Il est aussi profondément humain. « C’est un trait de caractère qu’on retrouve rarement de façon aussi pointue », tient à préciser Ghislain Cloutier, premier vice-président. Il a une propension naturelle à faire de la coopération, tant dans le sens propre du mot que dans le sens de la formule d’affaires. Il dit souvent qu’il n’a pas l’impression de se priver en partageant. « Ça ne peut pas nuire de faire avancer tout le monde en même temps, plutôt que seulement soi. »

La coopération agricole ne se limite pas à l’offre d’un produit ou d’un service. Vue ainsi, cette formule n’est d’aucune utilité dans la région de Saint-Hyacinthe, argumente-t-il, car la multitude d’offres permet d’obtenir des prix intéressants. « Mais pour qui veut être actif dans ces commerces, influencer au niveau décisionnel et participer aux trop-perçus, la coopération devient importante. » Elle est aussi indispensable pour les régions où les producteurs sont peu nombreux et moins bien servis. « Pendant longtemps, les compagnies privées ne s’y intéressaient même pas alors que la coopération y était », poursuit-il.

Malgré ses interventions solides qui mènent souvent le débat vers de nouvelles pistes, son ouverture et sa sollicitude envers ses collègues, Laurent Bousquet demeure un homme réservé. « Il ne se livre pas facilement », commente Luc Forget, qui a été élu au conseil d’administration de La Coop fédérée en même temps que Laurent.

Pour Claude Lafleur, chef de la direction : « C’est un homme qui possède une personnalité riche, capable de parler aussi bien des dernières technologies agricoles que du dernier livre
inscrit sur la liste de Bernard Pivot. J'envie sa vaste culture. »


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