Pour répondre à la demande du marché, vous devez produire des porcs pesant 6,25 kg et plus. Deux voies sont possibles : en augmentant le gain moyen quotidien de près de 60 grammes en engraissement, soit de 20 à 107 kg, ou en débutant avec des porcs plus lourds. Commençons par exposer la deuxième option.

Une partie de la solution se trouve donc en maternité. Plus les porcelets arrivent pesant à l’engraissement, moins ils mettent de temps pour se rendre au poids du marché. Aussi, et cette partie est plus souvent négligée, plus ils sont uniformes à l’entrée, moins le temps nécessaire au vidage de la section ou du bâtiment sera long, ce qui réduira la durée totale de l’élevage. Pour obtenir des lots uniformes en poids et en âge, il faut utiliser la conduite en bandes en maternité (voir Le Coopérateur, mars 2006). Une fois le remplissage du local effectué sur une très courte période, que peut-on faire en maternité pour augmenter le poids au sevrage?

Bien avant la naissance, vous pouvez influencer les performances de vos porcs à l’engraissement. La qualité de la semence choisie a un impact majeur à ce chapitre. On observe un écart de vitesse de croissance à l’engraissement pouvant aller jusqu'à 100 grammes par jour, selon les différentes semences disponibles sur le marché. Soyez vigilants et faites votre choix en fonction de vos objectifs.

Une fois la semence choisie, vous devez obtenir un poids lourd à la naissance. Un poids moyen de porcelets se situant autour de 1,65 kg assure un bon démarrage de la portée et des gains supérieurs tout au long de la croissance (voir Tableau 1). Pour augmenter vos chances de les avoir lourds à la mise bas, évitez de la déclencher trop hâtivement, soit pas plus de deux jours avant la date prévue. Rappelez-vous que le porcelet a un gain moyen quotidien de près de 100 grammes pendant les derniers jours de gestation.

L’utilisation supplémentaire d’aliments en fin de gestation peut aider à avoir des porcelets plus lourds et plus vigoureux à la naissance. Dans ces conditions, ils seront plus aptes à stimuler la glande mammaire à produire du colostrum au jour 0. Pour chaque 100 grammes de poids de plus à la mise bas, il y a 26 grammes supplémentaires de colostrum ingéré (voir Figure 1). Plus ils boivent de colostrum, plus leur gain de poids pendant les premières 24 heures est élevé.

Source : Pellois, EDE Bretagne


La courbe montre que certains porcelets n’ayant pas consommé suffisamment de colostrum vont perdre du poids pendant la première journée (-200 g), alors que d’autres vont faire jusqu’à 500 grammes de gain. La différence est élevée et cela même pour un poids identique à la naissance. Le gain de poids pendant les premières 24 heures a un impact majeur sur le poids au sevrage. La prise de colostrum est très importante et doit être facilitée (Le Coopérateur, janvier 2006).

L’assistance aux mises bas est donc primordiale. Aider les porcelets naissants en les asséchant, en les dirigeant vers les tétines et en disposant un globe infrarouge supplémentaire derrière la truie peut faire toute une différence.

 

Source: La Coop fédérée

La distribution de vos truies dans le troupeau (courbe de parité) est aussi un facteur qui influence les performances à la naissance. Les truies âgées donnent des porcelets de poids beaucoup plus variables à la naissance. Il faut éviter de se retrouver avec un troupeau qui vieillit. Un renouvellement planifié se situant entre 38 et 40 % prévient ce problème.

Pendant la lactation, l’utilisation de complément lacté ou d’aliment à la dérobée peut aider bon nombre de portées à augmenter leur poids de sevrage. Les truies avec des portées très nombreuses, les truies à faible capacité laitière et les cochettes sont toutes des truies qui limitent la croissance de leur portée.

La figure 2 démontre qu’avec la génétique présente aujourd’hui dans les élevages, il peut être judicieux d’utiliser un aliment distribué à la dérobée en cage de mise bas. Plus la portée est nombreuse, plus il y a avantage à distribuer tôt de l’aliment à la dérobée. En clair, dans cette étude, pour les portées de plus de 8 porcelets, l’utilisation d’aliment à la dérobée à partir du jour 5 de lactation permet l’obtention de poids de sevrage plus lourd, lorsque comparé à la distribution d’aliment deux jours avant le sevrage.

Le tableau 2 indique que dans cet essai, pour les portées nombreuses, la distribution d’un complément lacté augmente de 200 grammes le poids des porcelets au sevrage.

Il y a d’autres facteurs à surveiller pour obtenir le poids de portée le plus lourd possible au sevrage. Parmi ceux-ci, il y a la consommation de la truie. Tout doit être fait pour la maximiser (Figure 3, page 28). Plus elle mange, plus elle produit de lait et plus la croissance de la portée est élevée. Rappelons que l’utilisation de lampe infrarouge offre aux porcelets une température élevée répondant à leur besoin, autour de 32 °C, et prévient les baisses de consommation chez les truies (occasionnées par les températures élevées). Par contre, il ne faut pas disposer le globe latéral trop près de la tête et des mamelles de la truie.

Souce : Klindt, 2003


Surveillez les mouvements d’air dans la cage de mise bas. Un déplacement d’air supérieur à 0,1 m/s crée une sensation de baisse de température de l’ordre de 1 °C chez le porcelet. Pour un porcelet nouveau-né, une diminution de 1 °C sous la température optimale peut se traduire par un recul du gain de poids de 18 % la première journée (150 g), lié au phénomène de thermorégulation.

Source : Swin Day, Kansas State


Le nettoyage des cages de mise bas (savonnage, lavage, désinfection, séchage) effectué correctement brise les cycles de maladies et peut augmenter le poids au sevrage de plus de 20 %.Un débit d’eau suffisant à la tétine permet à la truie de consommer la quantité dont elle a besoin. Certains jours, elle doit produire jusqu’à 12 litres de lait pour satisfaire aux besoins de sa portée. Il faut un débit de trois litres à la minute.

La constipation chez la truie limite la production de lait et peut en influencer la teneur en éléments indésirables (toxines). Il peut être judicieux, dans certains cas, d’utiliser des produits pour prévenir la constipation (Sélection Transit).

L’ajout dans l’aliment de certains additifs destinés à en améliorer l’utilisation permet aussi d’augmenter le poids des porcelets au sevrage. Des études récentes sur l’utilisation du BMD dans des troupeaux québécois démontrent qu’il est possible d’augmenter le poids individuel au sevrage de plus de 200 grammes.

Source : Swine Day, Kansas State


En portant attention à tous ces éléments et en favorisant l’application d’autres stratégies (âge au sevrage, état de chair en lactation, etc.), il est possible de rencontrer des objectifs de poids élevés au sevrage (5,6 kg à 16 jours, 6,8 kg à 21 jours). Le tableau 4 nous démontre que les efforts déployés pour obtenir le poids le plus lourd possible au sevrage permettent réellement d’augmenter le poids des porcs expédiés à l’abattoir après une présence en bâtiment d’une durée fixe.

Ces méthodes peuvent vous permettre d’améliorer vos performances en engraissement et de rencontrer les exigences de la nouvelle grille sans réduire votre inventaire ou agrandir vos bâtiments.

Source : Ferme Frampton, CRF


Pour obtenir 6,25 kg de poids supplémentaire, sans allonger la présence des porcs dans les bâtiments, il faut augmenter le gain moyen quotidien de 56 grammes par jour en site 3. Et le tour est joué.

Revoyons nos façons de faire, c’est-à-dire les points de régie, en sites 2 et 3, qui ont un impact important sur le gain moyen quotidien des porcs en croissance.

La préparation des bâtiments
Quelles conditions offrons-nous à nos porcelets et à nos porcs? Le mode de conduite qui permet le vide complet des locaux entre les groupes de porcs est à privilégier. L’idéal est de vider le bâtiment au complet. Pour cela, il faut une source de porcelets de bonne taille (voir Les bandes aux 4 semaines, Le Coopérateur agricole, mars 2006). Si le bâtiment ne peut être vidé au complet, il faut à tout le moins vider le local. Le tableau 1 démontre les avantages de ce mode de conduite sur la conduite en continu.

On y voit assez clairement que le tout plein – tout vide améliore le gain moyen quotidien. Certaines données présentées ici valent plus que les 56 grammes par jour que nous recherchons. Pour ceux qui travaillent encore en rotation, la migration vers une conduite en tout plein – tout vide ne peut que vous apporter des améliorations de gain moyen quotidien. En plus, vous améliorerez la conversion alimentaire et réduirez la mortalité.

Une des explications de la supériorité de ce mode de conduite, c’est qu’il permet un lavage complet et une désinfection des locaux et des équipements. Le tableau 2 présente les effets bénéfiques du nettoyage de l’environnement dans lequel seront placés les porcs. Au simple lavage, il faut y voir la nécessité de détremper (utilisation d’un détergent) et de désinfecter.

Le lavage à l’eau seule ne suffit pas. Il faut utiliser un savon pour faire le détrempage et compléter le nettoyage par une bonne désinfection. Le séchage des surfaces dans un laps de temps court termine cette étape importante destinée à débarrasser l’environnement des pathogènes qui s’y retrouvaient. Le cycle des maladies est donc coupé. Les nouveaux arrivants ont peu de chance d’attraper ce qu’avaient les précédents. Encore une fois, entre le pire scénario et le meilleur, il y a 51 grammes par jour. C’est quasiment ce que nous recherchons (tableau 2).

Source : London Swine Conférence (avril 2005)

Une autre composante de l’environnement est la qualité de l’air offert aux porcs. Il doit être de température qui correspond au stade de croissance des porcs, ne pas trop varier autour de l’objectif souhaité, être peu chargé en gaz et en humidité et ne pas se déplacer trop rapidement au niveau des porcs. Le tableau 3 indique l’effet de la température sur les performances des porcelets en site 2. D’autres études démontrent aussi l’importance de ce facteur pour l’engraissement, il est donc primordial de respecter les consignes de température.

On voit bien l’impact négatif des températures trop froides sur le gain moyen quotidien des porcelets. Dans le meilleur scénario (no 3), il est à 413 grammes par jour alors qu’il n’est plus qu’à 337 grammes dans le scénario no 1. Une différence de 76 grammes, ce qui représente 3,1 kg à la sortie de la pouponnière. En saison froide, il faut donc chauffer les locaux. En saison chaude, c’est l’inverse, il faut suffisamment ventiler pour éviter que les hautes températures affectent à la baisse la prise alimentaire et le gain (figure 1).

Une fois la bonne température offerte à nos animaux, il faut surveiller les courants d’air. Une vitesse de déplacement d’air trop élevée provoque un effet de refroidissement. Pendant la saison froide, l’air qui circule à la hauteur des porcs ne devrait pas se déplacer à plus de 0,2 mètre par seconde (m/s). Chaque augmentation de 0,1 m/s au-dessus de cette vitesse entraîne un effet de refroidissement équivalent à 1 degré Celsius. Il faut donc éviter les courants d’air trop fort au niveau des porcs en hiver. En saison chaude, par contre, l’effet de refroidissement que crée le courant d’air est souhaité.

Le taux d’humidité de l’air ambiant est aussi à vérifier. Un taux élevé aura une incidence négative sur la prise alimentaire et le gain moyen quotidien (tableau 4).

Puisque l’effet d’un taux d’humidité élevé est plus important en saison chaude, il faut être vigilant.
La teneur en gaz de l’air est aussi un facteur important. Plus elle sera élevée, moins il y aura d’oxygène disponible pour les animaux. Lorsque trop abondants, plusieurs gaz présents peuvent avoir des effets négatifs sur les performances. Le tableau 5 présente les seuils à ne pas dépasser pour trois d’entre eux.

? Les moyennes non affectées du même indice sont significativement différentes (P < ,05)
Source : Le Dividich, 1979


L’alimentation
L’utilisation d’un mode de distribution à volonté n’est plus à remettre en question, tant en site 2 qu’en site 3. Les porcs doivent avoir accès en tout temps à de l’aliment frais et sans restriction afin de favoriser le gain moyen quotidien maximal.

L’utilisation d’une charte de croissance établie en fonction du potentiel de l’élevage permet de valider en cours de route si tout se déroule bien. Son utilisation sur une base hebdomadaire facilite la détection rapide des retards de croissance et permet d’apporter les correctifs nécessaires.

Il importe de contrôler le nombre de porcs par trémie. Pour une trémie humide à deux trous, au plus 22 porcs devraient y avoir accès. Pour une trémie sèche à quatre trous, cinq porcs par trou est adéquat. Alors, laquelle choisir? Plusieurs études rapportent qu’avec la trémie humide on obtient un meilleur gain quotidien qu’avec la trémie sèche. Que l’on soit équipé de trémies sèches ou humides, le débit d’eau est important pour ne pas limiter le gain journalier des porcs (tableau 6).

Une restriction de la quantité d’eau disponible peut limiter la consommation d’aliment et diminuer le gain journalier des porcs. Enfin, pour ne pas limiter le gain journalier des porcs, le nombre de têtes par point d’eau est à contrôler. Pour les bols, on recommande entre 10 et 18 porcs par unité, contre 10 à 15 pour les tétines.

L’utilisation d’antibiotiques comme facteur de croissance pour augmenter le gain journalier des porcs est fort répandue, et ce, depuis longtemps. Leur efficacité est reconnue comme étant plus grande en bas âge et particulièrement lorsque les conditions de santé des animaux sont inférieures. Chez des porcelets en site 2 affectés de plusieurs pathologies, l’amélioration du gain journalier peut atteindre 2 à 14 %. En engraissement, l’amélioration varie de 2 à 4 %. Par contre, avec les méthodes d’élevage récentes qui permettent de conserver un très bon statut sanitaire, il arrive fréquemment que leur utilisation n’apporte aucune amélioration des performances des porcelets en site 2 et des porcs en site 3. Tout dépend de la régie et de la situation sanitaire.

Si plusieurs maladies sont présentes au sein du troupeau, les performances seront affectées à la baisse. Selon la pathologie présente et sa sévérité, le gain peut être réduit de plus de 100 grammes par jour. Dans tous les cas de maladies, l’essentiel est d’intervenir rapidement lorsqu’elles commencent à se manifester. C’est ce qui fera la différence entre de bons et de mauvais résultats.

Le relevé d’abattage reçu de l’encan électronique contient de l’information sur le statut sanitaire du troupeau. Les données portant sur la qualité des viscères sont importantes à consulter et à utiliser. Le tableau 7 montre l’impact, sur les performances des porcs, des taches blanches présentes sur le foie.

Un niveau élevé de taches blanches sur le foie peut entraîner une baisse du gain de près de 100 grammes par jour. Il importe de surveiller les statistiques de son troupeau sur ce point.

Le Paylean, un nouvel additif disponible sur le marché, améliore les performances des porcs lorsqu’il est utilisé, et ce, peu importe la génétique, le sexe et la régie en place. Cet additif, distribué pendant une moyenne de 28 jours permet d’augmenter le gain journalier des porcs. Résultat : les porcs pèsent deux kg de plus au bout de 28 jours (validé en ferme de recherche par La Coop fédérée). Ce nouvel additif, qui n’est ni un antibiotique ni une hormone, est un outil intéressant pour augmenter le poids des porcs au moment de l’expédition à l’abattoir.

Les moyennes non affectées du même indice sont significativement différentes (P < ,05)
Source : Le Dividich, 1979

Mise à jeun et regroupement
La mise à jeun et le regroupement des porcs avant l’envoi à l’abattoir est une étape très importante. Une erreur à ce chapitre serait très décevante puisqu’on annulerait tous les efforts déployés jusqu’ici pour produire des porcs plus lourds. La mise à jeun se fait pour améliorer les capacités de conservation de la viande. Elle doit être réalisée au plus 18 heures avant l’expédition vers l’abattoir. Une période plus longue de mise à jeun va occasionner une perte de poids de la carcasse.

Le regroupement des porcs avant l’envoi àl’abattoir ne doit pas se faire plus de 24 heures précédent la sortie. Le déménagement de porcs étrangers dans un nouveau parquet occasionne une baisse de gain journalier de près de 50 %. Il ne faut donc pas le faire 2 ou 3 jours avant la sortie.

Comme nous pouvons le constater, il y a plusieurs éléments sur lesquels nous pouvons, même devons intervenir afin d’augmenter le poids des porcs au moment de les expédier vers l’abattoir. Seuls les efforts constants et la remise en question fréquente de nos façons de faire pourront amener une amélioration des performances.



Depuis deux ans, le poids maximum permis pour une carcasse de porc à l’abattoir a augmenté de 8 kilogrammes (la borne supérieure de la strate payante est passée de 92 à 100 kg). Cette nouvelle grille soulève une question. Quel est le poids d’expédition le plus profitable pour l’éleveur?

Comparons deux porcs, soit un de 89 kilos de carcasse et un de 99 kilos. Ces deux porcs sont dans la strate de poids idéale de la grille de classement, mais sont-ils aussi payants l’un que l’autre? Supposons un prix de pool de 1,20 $ et un indice de 112. Le porc de 89 kilos rapportera 119,62 $. Celui de 99 kilos aura un indice d’environ 111,6 et rapportera 132,58 $, une différence de 12,96 $ en faveur du plus lourd. De ce revenu supplémentaire, il faut soustraire certains coûts. À ce poids, la conversion alimentaire est d’environ 3,5. Donc pour faire ces 10 kilos de carcasse supplémentaire (99 vs 89 kg), le porc devra manger 43,75 kilos de moulée de plus. Avec une moulée à 220 $ la tonne, le coût supplémentaire d’aliment est de 9,63 $. Il reste donc un revenu net supplémentaire de 3,33 $ pour payer le temps d’élevage plus long.

Une fois cet exemple bien compris, regardons l’avantage économique de vendre les porcs à différents poids. Le tableau 1 fait la comparaison de différents poids de carcasse, dite lourde, comparés à 85 kg. En supposant toujours un prix de pool de 1,20 $ et un prix de moulée de finition de 220 $ la tonne, on y voit clairement l’avantage des carcasses plus lourdes.

Une autre façon de visualiser l’avantage de faire des porcs lourds (voir figure 1) montre la marge sur le coût alimentaire en fonction du poids d’abattage.

La marge sur le coût alimentaire est calculée comme suit : le revenu tient compte du poids de la carcasse, de l’indice obtenu par celle-ci et du prix du marché. On lui ajoute l’ASRA et on y soustrait le coût du porcelet et celui de la moulée. La simulation est encore produite avec un prix de pool à 1,20 $ le kilo et une moulée de finition à 220 $ la tonne.


À la figure 1, on note qu’en deçà de 75 kg et au-dessus de 108 kg, la marge sur le coût alimentaire est négative. Ce qui signifie qu’avec les conditions utilisées ici, et surtout avec la nouvelle grille, il n’est pas payant d’expédier ses porcs en visant ces poids de carcasse. La strate idéale, c’est-à-dire là où la marge sur le coût alimentaire est positive, se situe entre 85 à 100 kg. Entre 85 et 100 kg de carcasse, on voit bien que la marge la plus haute est tout juste avant 100 kg. Le poids de carcasse le plus payant est donc celui qui se situe le plus près de 100 kg.

Aussi, la figure 1 montre la différence de marge entre le porc régulier (réclamé par la charte de la FPPQ) et le porc certifié Coop. L’idée du porc certifié Coop est d’offrir aux abattoirs une carcasse encore un peu plus lourde. La possibilité de faire un porc encore plus lourd permet à l’éleveur de répartir le coût du porcelet sur plus de kilos vendus. Pour le porc certifié Coop, le poids idéal se situe entre 95 et 103 kg de carcasse. L’escompte Coop sur la moulée a été retranché du coût d’alimentation, permettant d’augmenter la marge sur le coût alimentaire.

Ceci étant dit, où prendra-t-on l’espace pour faire ces kilos supplémentaires? Si on décide d’ajouter des pieds carrés au bâtiment (pour ceux qui ont la possibilité de se poser cette question), combien ça coûte?


Supposons qu’un naisseur-finisseur dispose de 17 chambres pour ses 17 semaines de présence en engraissement; s’il veut garder ses porcs une semaine de plus, il devra construire une chambre supplémentaire. Sans donner tous les détails, mentionnons qu’il coûtera entre 1,00 $ et 1,25 $ par semaine par porc pour payer les frais fixes et variables, occasionnés par cette chambre supplémentaire. Si on soustrait ces frais de pension du revenu net présenté au tableau 1, on obtient les avantages économiques suivants à faire du porc lourd (tableau 2).

Les données du tableau 2 indiquent que même si on investit pour ajouter une chambre à notre bâtiment afin de sortir ses porcs à un poids supérieur et répondre à la nouvelle grille, il reste un profit et que celui-ci est encore plus intéressant à mesure qu’on se rapproche de 100 kg de carcasse. Mais doit-on absolument investir pour garder les porcs plus longtemps (pour les rares à qui cette option est disponible)?

Avoir l’avantage d’un porc lourd sans allonger le temps de présence totale du lot dans le bâtiment, serait le meilleur des deux mondes. Il est possible de le faire avec une stratégie d’expédition bien planifiée. Voici comment.

Il suffit de réaliser que des porcs plus lourds auront besoin de plus d’espace que les porcs réguliers. Si on est habitué d’offrir à ses porcs 0,70 m2 (7,5 pi2), on garde le même nombre de porcs entrés dans le bâtiment (ou la chambre). Il est important que le poids des porcs soit le plus homogène possible si on veut éviter d’avoir trop de petits porcs au vidage.

Du début de l’élevage jusqu’à environ 85 kg, tout se déroule comme on le faisait jusqu’à maintenant. Quand les plus gros porcs sont rendus à 85 kg carcasse, on enlève un ou deux porcs par parc de façon à avoir au moins 0,75 m2 par porc. On dispose alors de suffisamment de surface pour faire des porcs lourds. Suite à la première expédition vers l’abattoir, on saute une semaine d’expédition. Les porcs seront plus lourds lors de la prochaine sortie. Il suffit ensuite de faire les expéditions suivantes en pesant les porcs de façon à se donner une strate de 10 kilos, soit de 90 à 100 kg carcasse pour le porc régulier ou de 93 à 103 kg pour le porc certifié Coop. On devrait avoir environ trois semaines d’expédition avec des poids lourds. Quand il est temps de vider la chambre (ou le bâtiment), on sort tous les porcs peu importe leur poids. Cette étape est très importante. Il faut faire le vidage après le même nombre de jours de présence qu’on le faisait avec l’ancienne grille. Si on vidait à la semaine 17, on vide encore à la semaine 17. À ce moment, on doit viser à avoir un maximum de 25 % des porcs restants lors du vidage et ceux-ci ne doivent pas inclure plus de 5 à 10 % de porcs de moins de 85 kilos. Si ces pourcentages sont dépassés, la pénalité sur l’indice découlant de ces porcs sera trop importante. Dans ce cas, il est impératif de revoir son poids d’entrée ou les différents éléments techniques mentionnés dans les deux articles précédents pour augmenter son gain moyen quotidien.

Le tableau 3 présente cette stratégie d’expédition. Il n’y a pas de livraison vers l’abattoir à la deuxième semaine. À la troisième, les porcs sont beaucoup plus lourds et le vidage se fait encore à la sixième semaine.

Il est donc possible de faire des porcs lourds sans investir un sous dans ses bâtiments. Il suffit de modifier sa façon de travailler.

Compte tenu du contexte actuel, vous ne pouvez laisser passer cette occasion d’augmenter vos revenus. Elle sera bénéfique au bilan financier de votre entreprise. Produire des porcs lourds, c’est aussi permettre aux abattoirs d’améliorer leur efficacité, efficacité accrue dont bénéficiera toute la filière. Si vous avez des questions concernant cette façon de procéder, n’hésitez pas à consulter votre expert-conseil coop.

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