Ferme Claumond
« Je ne voulais pas que mon entreprise meure et là, je suis sûr qu’elle sera entre bonnes mains. »

- Jean-Claude Paradis, médaillé d’or

De gauche à droite, Jean-Claude Paradis, son épouse Gisèle Filion, sa fille Hélène et son gendre Jean-François

Il y a pourtant tellement de fermes qui sont plus prestigieuses que la nôtre, » lance Jean-Claude Paradis avec sa conjointe Gisèle Filion de la ferme Claumond inc., une entreprise avicole et de grandes cultures située à Saint-Edmond-de-Grantham dans la région du Centre-du-Québec. « On n’a pas investi dans la beauté de nos bâtiments, mais un producteur ne ramasse pas plus d’œufs et n’est pas plus productif parce qu’il a de la céramique dans son entrée. Les juges n’ont pas non plus regardé s’il manquait de la peinture ici ou là. Ça prouve que le Mérite agricole n’est pas un concours d’esthétique mais que ça se passe au niveau de l’opération. »

En 1969, la Fédération octroie un quota additionnel de 5000 poules à tous les producteurs afin de stimuler la production avicole au Québec et fait ainsi passer la production de la ferme familiale à 6500 poules; c’est alors que Jean-Claude Paradis prend la relève. La ferme ne possédait alors que
16 hectares de terrain et il faudra encore plusieurs années avant que les projets d’expansion ne puissent se matérialiser. « J’aimais la terre et j’avais toujours rêvé de cultiver, mais ça a pris plusieurs années avant qu’il y ait des terres de libres dans le coin », ajoute M. Paradis.

Dès 1975, la production de grains est suffisante pour que la ferme installe une moulange et produise toute la moulée nécessaire pour nourrir leurs animaux. Aujourd’hui la ferme Claumond possède deux poulaillers, soit 50 800 pondeuses, 26 000 poulettes d’élevage et exploite 719 hectares de maïs-grain, de céréales, de soya et de haricots. Et c’est cette complémentarité qui, d’après M. Paradis, fait le succès de l’entreprise et a permis que leur système d’exploitation soit basé sur l’autosuffisance alimentaire de leur cheptel.

Des défis, Jean-Claude Paradis en a relevé plusieurs. Actionnaire d’un des plus gros postes de mirage de l’Agence de vente de la Fédération des producteurs d’œufs de consommation, il travaille à trouver des solutions lorsque Pro-Oeuf cesse ses opérations. Il aide à mobiliser et à concerter des dizaines de producteurs pour former une nouvelle agence, ce qui l’amène à assumer les fonctions de président-fondateur de Nutri-Oeuf dès 1987. Actif auprès des producteurs, il travaille également une dizaine d’années en tant qu’administrateur et à titre de président du syndicat.

La ferme Claumond se démarque également sur le plan de la gestion de l’entreprise et aussi par sa façon d’optimiser son fonds de terre. Chef de file, elle instaure de nouvelles pratiques culturales au début des années 1990, notamment le semis direct, la culture par billons pour le maïs-grain, et avec l’aide du Groupe Durasol, entreprend l’utilisation d’engrais verts et la culture intercalaire. Tous les conseils du club environnemental d’ailleurs ont été mis en place afin de protéger les sols et de stimuler l’activité biologique puis des structures d’entreposage seront spécialement conçues pour mieux gérer le fumier.

Jean-Claude Paradis, un optimiste de nature, dit qu’il n’a pas peur de l’avenir. Son adage préféré est celui qu’il faut investir pour réussir et avec sa conjointe ils sont très heureux de penser que toutes les années investies dans l’entreprise sauront profiter à leur fille Hélène et leur gendre Jean-François. « Ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir de la relève », ajoute M. Paradis.

Terres maraîchères Norvie
« Une de mes grandes fiertés, c’est d’avoir su transmettre l’amour, la passion du monde agricole à mes enfants, de leur avoir appris la discipline, le dépassement de soi, la beauté de la nature et le désir de s’améliorer d’année en année. »

- Normand Bournival, médaillé d’argent

?Michel Côté et Sylvie St-Yves

Je me sens comme Michel Côté (le comédien) tellement je suis en demande dernièrement! », lance Normand Bournival des Terres Maraîchères Norvie. Normand et sa conjointe Sylvie St-Yves sont producteurs maraîchers. Ils cultivent de la pomme de terre, du chou, du brocoli et de l’asperge ainsi que des céréales, à Saint-Étienne-des-Grès en Mauricie. Ils se disent surpris mais très fiers d’être récipiendaires de la médaille d’argent.

« Notre ferme a toujours eu une croissance constante, explique Normand Bournival. Le maraîcher, c’est avant tout un secteur de mise en marché qui demande d’avoir de bons contacts. » D’après sa conjointe Sylvie, Normand a le tour de vendre son produit et cite son expression préférée qu’il a reprise de Michel Bergeron, l’ancien entraîneur de hockey : « À travail égal, c’est le talent qui l’emporte. » « Car s’adapter aux aléas du marché, vendre le meilleur produit au meilleur prix et selon un échéancier favorable à ton entreprise, c’est tout un défi et ça demande des habiletés en commercialisation et ce, bien au-delà des exigences de la production », explique M. Bournival. Par ailleurs, il dit craindre les effets de la mondialisation à plus long terme. « La mondialisation c’est un rouleau compresseur qui avance tranquillement et je crois qu’il va falloir une politique agroalimentaire très forte pour permettre aux agriculteurs d’ici de rester en affaire, une qui favorise les productions locales, ajoute-t-il. C’est un peu comme au hockey. Si les gars d’en avant mesurent tous 2 m (6 pi 6 po) et pèsent 102 kg (225 lb), tu as beau être vite comme Yvan Cournoyer mais si tu ne fais que 1,65 m, ils vont t’écraser. »

Normand parle aussi de sa plus grande fierté, celle d’avoir réussi à cultiver des terres qui étaient abandonnées, des terres arides, sans matières organiques, remplies de coteaux de sable, vestiges de l’épidémie de sauterelles du siècle dernier. « Moi, quand je prends une poignée de terre et que je vois un ver de terre, je me réjouis, je me dis : "mission accomplie". Petit gars, je me souviens d’avoir dit à mon grand-père que je voulais défricher la terre familiale pour la cultiver. Je suis, si on veut, un colonisateur des temps modernes. »

« Normand n’est pas né à la bonne époque, reprend avec un sourire sa conjointe, Sylvie. Je l’aurais imaginé au temps de Séraphin à défricher des coins de pays. Il approchait des gens pour louer leurs terres qui étaient tout en bois et moi je disais – tabarouette, pas encore une terre à bûcher! » Car il faut comprendre qu’effectivement toutes les terres que la ferme Norvie loue ou dont elle a fait l’acquisition ont demandé beaucoup de travail pour être remises en état cultivable. Quant au bois de ces terres, il a servi à bâtir la maison et les bâtiments de ferme, dont les chevrons ont tous été fabriqués à la main par Normand.

Le thème agroenvironnemental amène Normand à parler de développement durable et d’agriculture de proximité car, selon lui, le discours ne devrait pas se limiter à la protection des plans d’eau, à la gestion de matières organiques, à la fertilisation et aux pesticides. « Certains magasins de grandes surfaces demandent aux producteurs d’envoyer leurs produits à des centres
d’emballages et c’est eux qui vont acheminer les produits à leur entrepôt avant qu’ils n’aillent en magasin, poursuit M. Bournival. Des pommes de terre locales auront parfois parcouru 1000 km avant de finir en magasin alors qu’elles sortent d’un champ situé à moins de 15 km d’un magasin. Si l’on considère le gaspillage de carburant, l’usure des routes, la pollution que ça représente, on voit à quel point c’est une aberration sur toute la ligne. »


Les Atocas de l’Érableie
« Nous sommes fiers d’avoir réussi dans un domaine aussi compliqué que la canneberge et d’avoir su se tailler une position enviable dans le marché mais encore plus important, c’est le fait que nos deux fils marcheront dans nos traces. »

- Pierre Fortier, médaillé de bronze

?De gauche à droite, Michaël, Katie, Pierre Fortier, son épouse Josée Poisson et Charles.


Dans les années 90, plusieurs entreprises ont changé de vocation et c’est aussi le cas pour celle de Pierre Fortier et de Josée Poisson. Après plusieurs années difficiles dans la culture maraîchère à cultiver des terres qui ne s’y prêtaient pas, la décision fut prise de faire le saut dans la canneberge. Une production complexe, peu connue au Québec à l’époque, qui demande de grands changements et de gros investissements.

Pierre Fortier et Josée Poisson ont misé juste. Leur entreprise, les Atocas de l’Érable, située à Notre-Dame-de-Lourdes non loin de Victoriaville, a connu un essor formidable depuis sa création en 1994. Il s’agit de la troisième plus grosse entreprise au Québec. « La canneberge, c’est compliqué et c’est probablement ça qui nous attirait, explique Pierre Fortier. On ne voulait pas investir dans un domaine qui était familier et où tout le monde pourrait se lancer. »

Il n’y a effectivement qu’une quarantaine de producteurs qui se soient lancés dans une telle aventure au Québec. Et le mot « aventure » est de mise. Avant de se lancer en production, l’entreprise a dû faire l’acquisition de terres boisées, propices à la culture des canneberges et concevoir un système opérationnel qui faciliterait toutes les étapes de la production. Une fois les terres défrichées, tous les champs ont été transformés en d’immenses bassins rectangulaires, nivelés au laser et drainés avant d’être fins prêts à recevoir des milliers de boutures de plants de canneberges. Ceux-ci ne pouvant absolument pas se permettre de manquer d’eau, un système d’irrigation permanent a donc été prévu. Afin d’être autonome et de ne pas épuiser les sources d’eau de la ferme, la gestion de l’eau se fait en circuit fermé c’est-à-dire que l’eau d’irrigation et des bassins submergés est récupérée, pompée et redirigée vers d’autres bassins pour usage ultérieur. Ils ont aussi été capables de réduire grandement leurs besoins en fertilisants, en herbicides et en pesticides tout en augmentant leur production en utilisant un pulvérisateur électrostatique à rampe latérale, qui accentue le pouvoir de couverture des gouttelettes. « C’est d’ailleurs au point de vue environnemental que l’entreprise s’est démarquée, selon Pierre Fortier. Nous sommes la seule cannebergière au monde à être certifiée ISO 14001, qui est une certification environnementale très stricte. »

Un suivi rigoureux est fait sur le plan de toutes les étapes de la production, et cette rigueur on la retrouve autant au chapitre de la gestion des finances qu’à l’organisation et à la répartition du travail.

Les Atocas de l’Érable cultivent actuellement 121 hectares (300 acres) de canneberges. De grosses excavatrices travaillent jour et nuit afin que s’ajoutent, l’an prochain, 24 hectares de plus qui seront dédiés à la canneberge écologique. D’ici trois ans, les producteurs prévoient que la récolte de leurs 66 bassins de canneberges atteigne environ 7 millions de livres, soit 1 % de la production mondiale annuelle.

« J’ai mis toutes mes énergies à mettre sur pied cette entreprise, sans compter les heures », ajoute M. Fortier. « Gagner le bronze, c’est peut-être une des choses les plus stimulantes qui me soit arrivée dans la vie. De voir notre travail reconnu par des gens qui sont spécialistes en agriculture, c’est très valorisant. »

« En agriculture ça prend des passionnés pour réussir, poursuit Pierre Fortier. Ceux qui ne le sont pas, changent de domaine. » Le 14 octobre dernier, nous en avons eu la preuve.

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